L’Homme Qui Revient De Loin [Poisson Solo & Dorian Brumerive]

mhb

Au départ, l’idée de cette chanson m’est venue lors de mes vacances à Bordeaux, début septembre. Lorsque je n’ai pas l’occasion de traîner devant le PC, j’aime assez me coucher plus tôt en regardant sur mon smartphone quelques vieilleries télévisuelles sur le site de l’INA. C’est ainsi que j’ai découvert un feuilleton fantastico-policier de 1972, « L’Homme Qui Revient De Loin », fidèle adaptation d’un roman du feuilletonniste Gaston  Leroux écrit en 1917.
Gaston Leroux est mondialement connu pour « Le Mystère de la Chambre Jaune » et « Le Fantôme de l’Opéra », mais son oeuvre est abondante, et reflète les qualités et les défauts de la littérature populaire de son époque. Le réalisateur de ce feuilleton avait choisi une adaptation très académique, où l’époque 1900 était soigneusement reconstituée, et qui fut tourné dans les Yvelines, principalement dans la propriété du château de Breteuil, dont la propriétaire en ce temps-là était actrice, et joue un rôle dans ce feuilleton.
Au-delà de son intrigue, l’aspect visuel de cette fiction, à la fois très Belle-Epoque et très années 70 quant au grain de la pellicule, m’a convaincu rapidement que nous avions là de quoi faire un clip pour Poisson Solo, que de ce fait nous avions aussi un titre de chanson. Et puis à quoi bon en faire mystère ? J’ai eu un gros crush pour Marie-Hélène Breillat, ici dans un rôle de petit oiseau psychiatrique, victime de hantise, d’hallucinations et d’une santé fragile. J’ai toujours eu un faible pour ce genre de filles maladives, bien que l’expérience m’ait enseigné à de nombreuses reprises à quel point ces fleurs pâles sont diablement empoisonnées, et jouissent au final d’une santé physique bien meilleure que la mienne. Mais bon, il reste le rêve, et rêver ne fait de mal à personne, pas même à soi.
J’ai eu l’idée d’écrire une chanson qui ne serait pas à proprement parler une chanson sur le feuilleton, mais qui s’inspirerait de son climat, de la teinte de sa pellicule, de ses personnages, mais c’était encore flou dans ma tête, j’attendais en fait que Poisson Solo me propose l’ébauche d’une mélodie, ce qu’il a fait un mois plus tard. Il n’y avait alors qu’une basse un peu funky et la programmation rythmique de base, mais j’avais déjà un titre à lui proposer, et de quoi monter un clip. Quelques semaines de travail nous ont amené à enregistrer, écrire et présenter ce nouveau titre, dont nous ne sommes pas mécontents :

.
Musicalement, nous avons fait du chemin, car dans un premier temps, j’étais favorable à ce que l’on exploite le groove naturel de sa démo pour nous diriger vers une chanson plutôt jazz-funk, reflétant ainsi la chaleur des années 70. Puis, insatisfaits, nous avons plus envisagé un funk froid façon début 80. Quelques expérimentations et arrangements plus tard, il nous est apparu évident que cette mélodie se prêtait mieux à des sonorités électronique new wave, et notamment à celles du groupe britannique OMD.
Ensuite, il y eut les paroles, ce qui était bien plus ma partie. J’avais d’abord une autre idée de thématique, autour de l’idée que « revenir de loin » pouvait être interprété comme une expression de la maturité. Passé un certain âge, nous revenons tous de loin. L’idée était donc de poser des mots sur cette sensation d’avoir passé un certain cap dans la vie.
Mais tandis que je cherchais mes phrases en écoutant la version instrumentale définitive, je me suis retrouvé curieusement déphasé, pas inspiré, pas enthousiaste face aux bribes qui naissaient de mon imagination.
Dans un cas comme ça, il ne faut pas s’acharner. La nuit porte conseil, comme dit le dicton, et c’est effectivement ce qu’elle fit.
Le lendemain, j’y voyais plus clair. Il y avait dans cette chanson une mélancolie imprévue. Il faut dire qu’en se rapprochant d’OMD, on l’avait un peu cherché. Mais je compris que je n’arrivais pas à écrire les paroles, parce que je n’étais pas dans la bonne tonalité. Je ne voulais pas écrire une chanson triste, mais c’en était pourtant une, il fallait donc que je m’y fasse. D’accord, mais comment ?
J’ai repensé alors à Marie-Hélène Breillat, dont le fulgurant début de carrière fut brusquement interrompu par une dépression suicidaire, qui l’amena à être internée durant de longs mois en clinique psychiatrique, avant de renoncer définitivement au cinéma. Le personnage qu’elle joue ici semble assez étrangement annoncer les durs moments qui l’attendent. Je me suis rappelé alors que l’expression « revenir de loin » signifie avant tout « revenir de là d’où on ne pensait jamais revenir ».
Je suis donc resté sur cette interprétation-là, j’ai imaginé un homme revenant auprès d’une femme, voire d’une famille, abandonnée bien des années auparavant. Il vient reprendre sa place, sans être sûr qu’on le reprendra. Il veut surtout soulager sa conscience, se désolidariser du jeune homme qu’il a été. Demander pardon. S’excuser, c’est déjà quelque chose pour lui, même s’il est inexcusable.
J’ai voulu cristalliser le moment précis, où il dit enfin, sous la forme la plus simple et donc la plus sincère, des mots qui lui tiennent à cœur, qu’il a dû remâcher durant tout le chemin et dont il va enfin pouvoir se débarrasser, avec l’idée que cela pourrait peut-être, même de manière dérisoire, soulager la femme qu’il a aimée.
Si la mélodie de Poisson Solo dégage une mélancolie new-wave, elle n’est pas non plus uniquement dans l’affliction et le regret. La rythmique sautillante peut évoquer une forme d’espoir, de battement de cœur soutenu. J’ai voulu limiter mon texte à ce moment même où cet homme mise tout sur sa franchise, en essayant d’y faire passer son impérieuse envie de rattraper des années de gâchis. Celle qu’il a abandonnée lui donnera-t-elle sa chance ou non ? Je n’ai pas voulu donner de réponse. Juste montrer un peu de cet homme qui revient de loin, qui a presque tout perdu et qui va peut-être tout perdre dans la minute qui suit. Mais avant cela, il se délivre, et c’est de cette délivrance que nous sommes témoins.
De ce fait, je me suis considérablement éloigné du scénario du feuilleton, de sa charmante interprète et de Gaston Leroux. Néanmoins, la gravité, la détresse, exprimées via ces extraits, répond assez bien émotionnellement, me semble-t-il, à ce que j’ai choisi de raconter.
Je me suis également fort éloigné de moi-même, puisque je ne crois pas avoir vécu de situation semblable, je suis même assez peu du genre à quitter le confort pour l’aventure. Mais il est vrai que j’ai un faible pour les gens qui essayent de refaire leur vie, peut-être parce que ça prouve qu’ils sont soucieux de la réussir…

LYRICS

Le hasard a fait que cette chanson est la 100ème composée par Poisson Solo, depuis le début de son projet en janvier 2016. C’est ce qui s’appelle une bonne moyenne. N’hésitez pas à découvrir le reste de son travail sur sa page Facebook. 🙂

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s