Impairs Et Passes

Jeffrey-Epstein-ce-qu-il-faut-savoir-de-l-affaire
Foncièrement, il n’existe rien de plus drôle que cette bonne vieille Américaine puritaine lorsqu’elle fait semblant de découvrir que la corruption et la luxure existent, en prenant le soin de bien se garder d’en faire un phénomène banal et inévitable. Non, braves gens, soyez-en sûrs, les réseaux de prostitution sont le fait de quelques âmes démoniaques, corrompues par l’argent, qu’il suffit de pendre haut et court à la tribune médiatique, comme jadis le Ku Klux Klan le faisait avec les « niggers » qui tombaient entre leurs pattes : c’est une condamnation pour l’exemple, pour l’idéal, et surtout pour la gloire de la religion, car les Etats-Unis sont une « nation sous l’autorité de Dieu » (« one nation under God », extrait du serment d’allégeance au drapeau des Etats-Unis), et tout citoyen américain est tenu de se référer à l’autorité divine bien avant – et bien au-delà – des plus prosaïques lois de la République.

C’est là l’immense abîme qui nous sépare de la civilisation américaine, et qui fait d’elle, en dépit de son immensité et de son opulence, une nation arriérée et obscurantiste, qui a surtout su faire preuve d’un étonnant génie dans l’hypocrisie « politically correct » et dans la valorisation populiste de ses travers les plus hideux. Nous nous y sommes tous laissés prendre un jour, et nous avons eu tort.
D’autant plus tort que cette mentalité américaine, diffusée subrepticement au travers de toute sa pop culture (films, séries télé, littérature d’évasion, musique pop, cultures urbaines), à la fois contrastée et cohérente, obscurcit jusqu’à nos jugements les plus intimes, jusqu’à la déontologie de nos médias. Il y a vingt ans, les jeux sexuels de Bill Clinton et de Monica Lewinsky, perçus dans leur pays comme un drame épouvantable, étaient dans nos contrées un  sujet de rigolade et de plaisanteries gauloises. Aujourd’hui, on ne rit plus, on n’ose plus même sourire en coin, et ce n’est même pas parce qu’il y a mort d’homme. On relaye sans les relire et sans y réfléchir les mots les plus absurdes, les rumeurs les plus invérifiables et surtout les accusations les plus arbitraires. On use et on abuse du mot « pédophilie », qui tend de plus en plus, en cette fin des années 2010, à désigner toute relation sexuelle impliquant une différence d’âge, et dont la plus jeune intervenante, obligatoirement « victime » doit simplement avoir moins de 40 ans. C’est là l’obsession récurrente de personnes mesquines et frustrées, qui n’ont rien de mieux à faire de leur existence que de refaire le monde à leur image sur les réseaux sociaux.

En vérité, de ce Jeffrey Epstein dont ni vous ni moi n’avions entendu parler il y a seulement deux mois, on peut affirmer fort peu de choses, et surtout pas qu’il était réellement un pédophile. Seuls quelques témoignages sans consistances de jeunes femmes intéressées en témoignent. La seule certitude que l’on a aujourd’hui, c’est qu’il était depuis très longtemps à la tête d’un réseau de prostitution proposant de jeunes femmes recrutées par lui et son assistante, et qu’il a été décidé en haut-lieu récemment de les sacrifier en place publique. Ne pleurons pas Epstein, il n’avait certainement rien d’une âme candide, mais il est aujourd’hui difficile de faire la part réelle de ses responsabilités. Beaucoup de fantasmes ont été avancés sur sa consommation personnelle de chair fraîche, mais il est bien évident que lui seul savait réellement ce qu’il en était. De par la multiplicité de ses partenaires, Jeffrey Epstein n’a sans doute pas eu beaucoup de témoins de ses perversités sur la durée, sinon cette prétendue « rabatteuse » qui est activement recherchée – bien qu’aucune charge n’existe contre elle. Mais outre qu’elle ne racontera rien, même si on la retrouve, il est peu probable qu’elle ait assisté à l’ensemble des réjouissances de ce Jeffrey Epstein, homme de l’ombre inconnu du public, mais qui avait su se faire l’ami de bien des puissants à travers le monde.

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Que sait-on de lui, en réalité ? Fort peu de choses… Issu d’un milieu relativement modeste, c’est un fou des mathématiques, il a fait de brillantes études en ce domaine,et s’orienta très tôt (à l’âge de 23 ans) vers la finance, d’abord comme trader pour le compte de la banque de valeurs Bear Stearns,  avant de fonder en 1982 son propre cabinet de conseils en placements financiers.
C’est là que commence sa véritable réussite, assez similaire par ailleurs à celle de beaucoup d’autres « self-made-men » à l’américaine : achats de biens, reprises d’entreprises en difficulté, très joli coup notamment réalisé en transformant une école désaffectée en résidence grand luxe dont il perçoit les nombreux loyers faramineux, et enfin, signe parmi tous d’une réussite exemplaire, délocalisation de son trust dans un paradis fiscal (dans un archipel des Antilles appelé les Îles Vierges, ironie involontaire ou peut-être pas).
Et voilà comment on devient milliardaire ! Il est important de garder ce court portrait en tête, car on juge aujourd’hui Epstein comme un « délinquant sexuel », un « manipulateur », un « pervers », ce qu’il était peut-être, mais nul doute qu’il était avant tout un homme d’affaires qui a ajouté à son trust une filiale tout à fait rémunératrice.
L’organisation méthodique de son système de recrutement démontre bien qu’il aborde cette activité d’une manière assez semblable à celles qui ont déjà fait sa fortune : il « achète » une jeune fille dans la misère, et la transforme, d’une certaine manière, en résidence de grand luxe, une résidence particulière, proposant une ou plusieurs nuitées à un prix raisonnable à des hommes de pouvoir, et donc d’argent.
Outre le plaisir qu’il pouvait trouver à jouer les DRH de son entreprise charnelle, il faut prendre toute la mesure de ce que le réseau de prostitution juvénile de Jeffrey Epstein pouvait apporter à ses affaires. On peut d’autant plus en avoir conscience que tout cela ressemble fort au cas de Madame Claude, en France, dans les années 70 : fournir des jeunes filles dociles et formées à des personnalités puissantes de la politique ou du monde des spectacles, c’est avant tout se faire des relations influentes. En dépit de son talent de spéculateur, Jeffrey Epstein ne serait peut-être pas devenu un aussi puissant milliardaire s’il n’avait bénéficié de l’appui reconnaissant de grands amateurs de lolitas, qui ont pu tout à fait lui ouvrir des perspectives financières. Epstein lui-même n’était pas en reste, puisqu’il semble avoir eu une intense activité philanthropique, et qu’il a même crée une fondation de recherche scientifique, qui a obtenu d’ailleurs quelques avancées médicales significatives sur les traitements de la maladie d’Alzheimer et de la sclérose en plaques.
Il ne me semble donc pas douteux que le Epstein Lolita Club était une entreprise occulte, mais déterminante dans la fructification de toutes ses autres affaires : une jolie petite invitée, souriante et disponible, permettait de mettre en dette envers Jeffrey Epstein n’importe quel personnage public ou exposé qui hésitait, de par sa renommée, à concrétiser ses fantasmes, de peur de finir comme Dominique Strauss-Kahn.
Grâce à ce harem secret, qu’il se faisait le plaisir d’orchestrer pratiquement à lui tout seul, Jeffrey Epstein a probablement construit son empire – mais un empire bien fragile, puisque l’un des pieds du trône était posé sur un sol particulièrement glissant. De plus, tout reposait sur sa propre discrétion : contrairement à un Trump qui colle son nom sur tout ce qu’il vend, Epstein dissimulait son empire sous le très anonyme nom de « The Financial Trust Company ». Tant de discrétion a hélas son revers : le jour où le nom réservé aux initiés se retrouve lâché à la une d’un journal, il devient la pochette-surprise du jour, l’attraction du mois, le bouc-émissaire de l’année.
Partant de cela, il n’est pas étonnant que, sachant qu’il serait lynché en place publique, Jeffrey Epstein ait préféré se suicider. Il ne risquait probablement que quelques mois de prison, tant finalement, il n’y a contre lui que des témoignages et de bien fragiles preuves matérielles. Rien de plus difficile à prouver, de nos jours, que le proxénétisme. La prostituée et son client peuvent être surpris en pleine intimité. En fouillant dans leurs téléphones, on peut trouver des traces de leur transaction. Mais l’instigateur de cette transaction est absent, on ne peut le poursuivre pour avoir mis deux personnes en contact…
Mais aux USA, même sans charges réelles, la justice aime à s’charner et à livrer chaque détail de son enquête aux médias. L’impact de cette diabolisation était sans doute beaucoup plus dangereuse pour Jeffrey Empstein, pour l’empire qu’il avait créé et pour ce réseau de jeunes dentelles qui doit encore compter bien des clients. Toutes ses entreprises auraient été amenées à déposer le bilan. Il lui fallait disparaître pour que son empire lui survive. Et cet homme qui a vécu, quelque part, le rêve charnel délirant de bien d’autres hommes, ne se voyait sans doute pas ni revenir à la case départ, ni renoncer à cette dose quotidienne de sexe et de caresses dont il a déjà dû se sentir douloureusement privé durant son incarcération. Si Harvey Weinstein s’est apparemment fort bien accommodé d’être chassé du paradis, il est probable que Jeff Epstein l’a beaucoup plus difficilement vécu. Il est probable d’ailleurs que son entrée dans le troisième âge l’angoissait quelque peu. Tous les milliards du monde ne sauraient hélas redonner au corps humain la vigueur de ses vingts ans.
Je n’ai pas été surpris de son suicide, je m’y attendais assez vu son profil. N’en déduisez pas pour autant que le personnel carcéral est plus stupide que moi : pour avoir pu sortir deux jours avant sa mort et rédiger son faramineux testament à destination de ses continuateurs anonymes, Jeffrey Epstein a dû graisser pas mal de pattes pour qu’on le laisse partir en paix. Il y a bien plus idéal comme carrière que celle d’un gardien ou d’un directeur de prison. Nul doute qu’après leurs licenciements, les responsables des « dysfonctionnements » ayant permis le suicide d’Epstein trouveront, sur un compte secret, de quoi se reconvertir avec bonheur.
Néanmoins, pour en finir avec ce personnage si « made in America », il est intéressant de noter que Jeffrey Epstein, qui fut assez riche pour s’acheter le consentement de toutes les jeunes filles – ou presque – qu’il approchait, et qui s’en est certainement cru le maître, en était finalement bien plus l’esclave, puisqu’il n’a pas su survivre à la fin de son réseau, et à la probabilité d’une fort longue période de chasteté. La femme a hélas toujours sur nous cette capacité terrifiante à laisser dans son sillage une absence angoissante qui rend assez vains tous les efforts que l’on a déployés pour la conquérir et la garder. De cette solitude à chaque fois plus glaciale, de ces chagrins douloureux et inoubliables qui ne sont que rarement réciproques, naissent, je crois, beaucoup de violences, d’âpretés, de perversités et de désespoirs qui minent de plus en plus les rapports entre hommes et femmes.

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Mais pour autant, il n’est évidemment pas question de faire passer Jeffrey Epstein pour une victime. Il fut corrompu et corrupteur, sans doute assez froid dans ses manières, et sans grande estime pour celles qu’il rejetait après usage. Sa chute brutale n’est guère volée. Mais pour autant, toutes les jeunes filles qu’il a mises sur le marché sont-elles pour autant des « victimes » d’un « prédateur sexuel » ?
C’est évidemment bien plus compliqué que ce raccourci puritain. D’abord parce qu’Epstein n’est pas véritablement un violeur. La première femme qui l’a accusé de viol, Jennifer Araoz, raconte que pendant un an, Jeffrey Epstein la payait 300$ par semaine, juste pour parler avec elle, et qu’après de menus tripotages auquel elle ne voulait pas donner suite, il avait fini par la prendre de force – au bout d’un an, donc, et 15 600$ de consultation orale. Si cette jeune femme dit la vérité, ce serait assurément le plus mauvais investissement qu’ait pu faire Jeffrey Epstein. Pour justifier sa très grande candeur, Jennifer Araoz dit qu’elle attendait, en échange de ses conversations passionnantes et chichement rémunérées, qu’Epstein fasse d’elle une actrice.
C’est là une pensée qui, effectivement, n’a rien à voir avec la prostitution…
Mais il est vrai que la pathétique et lacrymale performance de Jennifer Araoz sur ABC démontre qu’elle n’a vraiment pas de talent en ce domaine, et qu’il s’agit là surtout d’essayer d’obtenir une compensation financière. Il est d’autant plus difficile de croire sa version des faits que la jeune femme ne précise pas vraiment si elle a cessé de le voir après, ou si elle est entrée dans le harem, ce qui signifierait que son viol ne l’a pas tant traumatisée que cela.
Néanmoins, cette demoiselle très matérialiste est un exemple type de la complexité de la nature humaine. Jeffrey Epstein était certes un tentateur habile, qui cherchait avant tout à donner à des jeunes filles issues de milieux modestes le goût de l’argent – un goût qui est aussi le sien, puisque son père n’était qu’un simple jardinier. De ce fait, la corruption ici est somme toute assez éloignée de la notion de vice. Ce qu’Epstein cherche à inculquer, c’est que le sexe permet de gagner facilement beaucoup d’argent, et même s’il est révoltant qu’il propose cela à une jeune fille de 14 ou 15 ans, si celle-ci a des envies très concrètes de devenir actrice, il faut bien admettre qu’il sème sa mauvaise graine en terre fertile.
Car pas plus que l’homme, la femme n’est totalement à l’abri d’une corruption première ou d’un tempérament précoce : ça ne touche évidemment pas tout le monde, mais il y a forcément des jeunes filles qui s’en sont accommodées, et soyons réalistes, cela a même dû être le cas de la plupart d’entre elles. Il y a eu dans la vie de Jeffrey Epstein moins d’une dizaine de jeunes femmes l’accusant d’agressions ou de proxénétisme. C’est peu par rapport à toutes celles qu’il a pu employer. C’était d’ailleurs son intérêt de ne pas leur laisser un trop mauvais souvenir, pour éviter justement des représailles tardives et médiatisées. Il est probable qu’il a su se montrer généreux envers ses employées du mois, et que leur période de rodage horizontal a débouché pour la plupart sur un changement de catégorie sociale, voire un beau mariage ou du moins un mariage avantageux.
Une chose est sûre : si Jeffrey Epstein avait agressé sexuellement 1500 adolescentes, il y aurait aujourd’hui au moins 1000 plaintes. Or, au final, il n’y en a véritablement pas plus d’une quinzaine, ce qui semble plus préoccuper la presse à sensations que la Justice.
Alors d’où vient toute l’hystérie autour de cette affaire, sordide certes, mais qui ne concerne jamais que le plus vieux métier du monde ?

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Il vient du simple fait qu’à notre époque, on confond terriblement deux notions très différentes : « l’immoralité » et « l’illégalité ».
Or, ce qui est immoral n’est pas forcément illégal, et ce qui est illégal n’est pas forcément immoral. Commettre un adultère ou inciter une jeune personne à la débauche – ou dans le cas présent au matérialisme induit par la débauche -, c’est totalement immoral – mais ce n’est pas illégal. Garer sa voiture devant un panneau d’interdiction de stationner ou fabriquer de la fausse monnaie, c’est illégal, mais ça n’a rien de particulièrement immoral.
Ce qui est illégal sans être immoral fait l’objet d’une répression ou d’une amende. Ce qui est immoral mais pas illégal n’est pas réprimé par la loi.
C’est là que se trouve toute l’ambiguïté de cette affaire – et de beaucoup d’autres, car beaucoup de gens se réfèrent à la morale – et souvent à des interprétations très personnelles d’une morale assez intangible -, alors que seule la loi prévaut, et encore pas toujours. Car la prostitution, comme la consommation de drogue ou les promenades dans les catacombes, c’est illégal, mais ça n’est pas vraiment réprimé, parce que cela fait partie des choses qu’on peut difficilement interdire – et encore moins prévenir.
Ainsi Jeffrey Epstein était un individu parfaitement immoral sur tous les plans, mais il ne pouvait être condamné que sur ce qu’il a réellement fait d’illégal, soit :
– Une agression sexuelle, mais à condition qu’elle puisse être prouvée – ou que celui qui l’a commise avoue l’avoir faite. Cette dernière option a hélas suivi Jeffrey Epstein dans la tombe.
– Une relation avec une personne en deçà de la minorité sexuelle, qui aux Etats-Unis, varie selon les États entre 16 et 18 ans – mais là aussi, il faut en apporter la preuve, ce qui est facile avec des prélèvements ADN dans les heures qui suivent le rapport, mais presque impossible après – à moins d’avoir surpris les amants ou filmé les débats.
– Une activité de proxénète – avérée dans le cas d’Epstein mais non prouvée, car même un carnet d’adresses avec des noms de personnalités ne prouve rien, sinon que Jeffrey Epstein était en contact, entre autres, avec le prince Andrew. Rien ne prouve que ce dernier soit son client.

Le cas est d’ailleurs similaire à celui d’Harvey Weinstein ou de Dominique Strauss-Kahn, tous deux des dragueurs lourdauds et agressifs, ce qui est immoral, mais pas illégal. De ce fait, aucun de ces deux hommes n’étaient réellement passibles de lourdes peines. Au final, aussi graves que soient leurs actes, ce sont surtout des fautes professionnelles.
C’est précisément parce qu’il y a une prise de conscience collective de ces failles dans la Loi que l’on en appelle à la morale pour pouvoir atteindre des gens qui abusent de leur pouvoir ou de leur argent, et parce qu’aussi la morale est, souvent, l’opinion du plus grand nombre, et donc une expression de la démocratie.
Sauf que la morale est en fait une arme terriblement dangereuse. D’abord parce que les foules, comme les individus, sont tout à fait capables de se tromper ou d’être manipulées. Internet est d’ailleurs une formidable machine à fédérer des gens autour d’idées ou de causes totalement farfelues. Il y a des centaines de milliers de gens en ce début du XXIème siècle qui croient le plus sincèrement du monde que la Terre est plate ou que le monde est dominé par les Illuminati. À eux tous, ils forment une nation éparpillée qui, si ses membres se rassemblaient en un même lieu géographique, formerait le premier pays complètement fou de l’Histoire.
Ensuite, la morale se réfère souvent à une émotion, pulsionnelle, primale, et malgré son pouvoir de fédérer un très grand nombre d’individus, l’émotion n’est pas le reflet de la sagesse collective, mais celui de l’accord de nos individualités. Un groupe de personnes peut se retrouver triste dans une fête ou hilare lors d’une cérémonie funèbre, ça ne veut pas dire que la fête est sinistre ou l’enterrement joyeux. Bien sûr, une émotion peut se propager, faire boule de neige, et se transmettre à d’autres individus, influant sur le déroulement des faits. Mais généralement, cette catharsis mène à une coupure avec la raison, et surtout avec le réel. D’autant plus que la compassion ou le sentiment d’injustice, dès lors qu’ils s’inscrivent dans une catharsis collective, répondent au même type de pulsions arbitraires que le viol ou l’agression sexuelle : toute démarche qui part de la frustration et de la rancœur est une perversion narcissique qui se raccroche à un prétexte moral pour défouler ses bas-instincts.
Aussi derrière le procès d’un soi-disant « délinquant sexuel pédophile », se déroule médiatiquement deux procès plus perfides et rétrogrades : celui du sexe tarifé et celui de l’argent qui achète tout, deux domaines où les États-Unis sont pourtant parmi les plus performants au monde. Et à ce procès, les stars sont ces quatre ou cinq femmes qui disent avoir été « victimes », sans le début du commencement d’une preuve, et qui après avoir prostitué leurs corps, prostituent aujourd’hui leurs âmes, étalant sans la moindre dignité leurs larmes forcées et leurs visages de madones inconsolables, cachant derrière d’énormes lunettes noires, leurs yeux goguenards de catins triomphantes, sentant presque, au plus profond d’elles-mêmes, leurs hymens se reconstituer.
Et pourtant, est-ce si grave de louer son corps et donner du plaisir en échange d’argent, quand on a du plaisir à revendre et pas un sou en poche ? Qui donc, à part Dieu et ses âmes damnées, s’en offusque encore ?
En France, bien entendu, où l’on s’acharne à importer des conflits spécifiquement américains qui ne nous concernent pas, on a voulu ouvrir une « enquête préliminaire » : c’est là un des concepts les plus amusants de notre Justice. Il s’agit d’enquêter en surface pour savoir s’il y a des raisons d’enquêter plus profondément. Dans ce contexte, c’est encore plus drôle, car il n’y a ni victimes, ni agresseurs, ni plaignantes. On en est au point où on fait un appel d’offre : « Y’a-t-il des victimes dans la salle ? Ce serait chouette qu’il y en ait, parce qu’il y aurait trois ou quatre cochons friqués qu’on pourrait lyncher en place publique, et ça permettrait aux chaînes d’infos d’augmenter leurs tarifs publicitaires ».
Mais bien que la France soit trop souvent soumise aux modes américaines, notre gauloiserie ancestrale rechigne à cette nouvelle chasse aux sorcières, qui n’est pas dans sa nature.  L’appel aux victimes est resté lettre morte, bien qu’il ne fasse aucun doute qu’Epstein comptait bien des francophones dans sa clientèle. Mais il est déjà moins probables que les jeunes hétaïres, elles, étaient françaises. Cela n’a pas empêché toute cette jeune génération biberonnée à Netflix et au « Projet Crocodile » de laisser libre cours à ses névroses et à ses paranoïas diverses et prévisibles. Je n’ai guère d’estime pour les proxénètes, mais j’en ai encore moins pour les grenouilles de bénitier.
En vérité, qu’une femme loue son corps, ça ne me dérange pas. Que des hommes au physique moyen ou à l’âge avancé payent une jeune femme pour pouvoir vivre ce qui leur est interdit, ça me semble une compensation guère condamnable. Mais que ceux et celles qui ne font ni l’un ni l’autre, ceux qui s’abstiennent ou celles qui ont des problèmes de tuyauterie militent ouvertement contre la liberté sexuelle en la criminalisant, et ce simplement parce que la frustration leur est plus douce si plus personne ne d’éclate au lit, ça, voyez-vous, ça me dérange énormément.
À mon sens, chacun fait ce qu’il veut de son corps et de son argent, et l’Etat ne devrait même pas s’en mêler outre-mesure. Bien des attitudes d’hommes face à des inconnues, déplorables et dénoncées en pure perte, baisseraient significativement si la prostitution était légalisée et encadrée, mais une grande partie de la foule misandre actuelles ne veut surtout pas que l’homme aille chercher ailleurs le bonheur qu’elle lui refuse.
C’est cette volonté de maintenir l’humanité dans une abstinence paranoïaque qui me rend particulièrement hostile le féminisme réactionnaire des « Américonnes ». Il n’y a pire engeance que ceux et celles qui veulent obliger les autres à vivre comme eux (ou elles). Les prédicateurs sont aussi des prédateurs, à leur manière, ils posent les bases d’une dictature de la pensée, dont il faudrait bien plus régulièrement saper les fondations.
Je n’ai pas voulu, avec cet article, prendre la défense d’un proxénète pervers et affairiste. J’ai simplement voulu dire que celles qui veulent diaboliser cet homme à outrances ont les mêmes qui, jadis, regardaient brûler avec extase les sorcières ou les Noirs que l’on attachait sur des bûchers. Il y a ainsi toute une populace malveillante et rétrograde qui survit à tous les régimes, à toutes les époques, et qui maintient vivace une barbarie chrétienne digne de l’Inquisition au travers de ses discours et de ses actes, et c’est en la combattant âprement que l’on fait avancer les mœurs et la civilisation.
Nous avons plus que jamais besoin d’en finir avec la névrose de l’immoralité, pour en finir une bonne fois pour toute avec la morale religieuse. Or, aujourd’hui la morale religieuse n’est plus en tenue de bonne sœur, mais s’habille chez Jenyfer. Elle n’est plus dans la Bible, elle est sur Netflix. Son cœur n’est plus au Moyen-Orient, mais en Amérique. Elle ne brandit plus la croix, elle enchaîne les tweet haineux.
Mais aujourd’hui comme hier, la morale religieuse est l’incarnation même de la perversion de l’esprit, et elle ne songe qu’à convertir, qu’à écraser, qu’à dominer tous ceux et celles qui n’abondent pas dans son puritanisme.
Nous ne nous laisserons pas faire…

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