DIA : Comme Sur Des Roulettes

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Regards sur la Pop Féminine Coréenne #10 ———————————————————————————

Retour grandement réussi pour le groupe DIA, qui signe un single efficace et qui a plutôt bien marché pour marquer le passage du groupe sur Kakao M, nouvelle appellation du label LOEN Entertainment, lui-même ayant succédé à l’historique Seoul Records. En Corée du Sud, quand il y a plusieurs labels, c’est souvent le même.
Les filles de DIA étaient pourtant partie avec un lourd handicap : la défection de Jenny, victime de très graves problèmes d’articulation au genou. C’est donc réduite à 7 membres, dont seulement 4 du line-up original, que DIA a porté durant plus d’un mois d’intense promotion télévisuelle, leur nouveau single « Woowa », qui fait suite à celui de l’été dernier intitulé « Woo Woo ». C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées…
Même sonorités, mêmes syllabes, et aussi même compositeur : Shinsadong Tiger, l’un de ces humbles artisans de la pop music coréenne, pondant un titre par mois et le vendant à qui en veut. Il signa les tous premiers tubes de DIA en 2015, avant de s’éloigner quelques temps, puis de revenir en 2018, pour une collaboration qui semble partie pour s’installer dans le temps.
DIA est un groupe assez à part dans la scène coréenne, tellement à part qu’il peine véritablement à trouver une audience stable. Il est vrai qu’alors que la plupart des girls-bands incorporent des filles assez homogènes, et s’en tiennent à une ambiance cohérente de sororité, DIA rassemble des personnalités très fortes et très différentes, ce qui n’a évidemment pas été pour le groupe sans tensions conflictuelles et guerres d’ego. D’abord principalement représenté par la sublime Chaeyeon, transfuge d’un précédent groupe, et comédienne de drama à ses heures perdues, la belle s’est faite grignoter sa renommée par la petite Yebin, musicienne, compositrice, et qui a lentement mais sûrement imposé au groupe un style musical très éloigné du R’n’B des débuts, volontiers plus romantique et enfantin. Ca n’a pas toujours été couronné de succès, mais la remise en 2018 d’une sorte d’équivalent coréen des NRJ Music Awards a clairement marqué la reconnaissance du métier, à défaut de celle du public, pour ce groupe de filles pas tout à fait comme les autres.
« Woowa » traite, comme pratiquement tous les morceaux de k-pop, d’une passion amoureuse bouleversante et déclarative, qu’il est doux d’entendre dans la bouche de jeunes filles qui ne nous accorderaient pas la moindre attention dans la rue.
La première des qualités du clip de « Woowa » est d’avoir été tourné dans un décor naturel, un « patinodrome » comme il est convenu de l’appeler en français, aux grands désespoir des fans de roller qui détestent que l’on parle de « patinage à roulettes ». Il faut dire que curieusement, malgré l’immense popularité du roller aux Etats-Unis, il n’y a pas vraiment de terme anglais pour désigner un lieu fermé où l’on pratique le roller. Le terme anglais le plus proche « Skating Rink », désigne la patinoire, et non pas le lieu qui l’héberge, et désigne tout aussi bien les patinoires gelées, servant pour le patin à glace.
De ce fait, la pratique du roller est en France presque exclusivement un sport en extérieur. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, où l’on privilégie le roller en patinodrome, ni dans le monde asiatique en général, qui a un goût prononcé pour toutes les activités ludiques et populaires visant à se casser la figure de manière spectaculaire.
en effet, tout ce que l’on voit dans le clip de « Woowa » est authentique, et se trouve dans un véritable patinodrome coréen, qui a soigneusement entretenu son design : du juke-box ancestral à l’armoire à esquimaux fluorescents devant laquelle pose Huihyeon, tout existe réellement, et ne reflète aucun décor construit pour ce clip.

Huihyeon1

L’équipe technique n’a donc eu qu’à travailler une image teintée de bleu et de rose, captant aussi la lumière naturelle des néons colorés, tout cela brillamment mis en scène par un montage dynamique, renforcé par une utilisation frénétique des travelling zoomés qui nous donnent véritablement l’impression de « tomber » vers chacune de ces adorables créatures. DIA est en effet un groupe particulièrement aguicheur, avec d’autant plus d’efficacité que la grande diversité des physiques et des styles de ces 7 péchés capitaux fait qu’il est quand même très difficile de ne pas en trouver au moins une à son goût : femme-enfant bourgeoise, comme Yebin, poupée malicieuse comme Chaeyeon, lolita sensuelle, comme Jueun, romantique classieuse, comme Eunice, bimbo urbaine comme Huiyeon ou popstar lubrique comme Eunchae. Quant à Somyi, plus jeune membre du groupe et parmi les dernières à l’avoir intégré, c’est un cas particulier sur lequel j’hésite à me prononcer. C’est par ailleurs une excellente vocaliste et une très bonne danseuse, mais on va dire qu’elle reflète assez le côté un peu « bizarre » de l’esthétique de DIA.

Somiyi

Esthétique qui, présentement se manifeste aussi, par cette étrange séquence du jukebox, qui ouvre et termine le clip de « Woowa ». Séquence sans doute un peu improvisée, suite à la découverte tardive de ce juke-box dans le patinodrome. Mais elle introduit aussi la nouvelle personnalité d’Eunchae, qui, depuis son arrivée en 2016, restait dans un rôle effacé et discret  de petite jeunette encore un peu joufflue. Sa prestation déjà très sexy dans « Woo Woo » avait révélé alors l’éveil d’une féminité capiteuse inattendue, que la jeune fille pousse à son paroxysme dans ce nouveau clip. Elle en fait beaucoup, peut-être même trop, mais on se souvient que dans « Woo Woo », Jenny avait été pareillement mise en avant, et Jueun également dans « Goodnight », à la fin de l’année 2017, toujours dans ce souci de permettre aux membres du groupe moins renommée que Chaeyeon et Yebin de rattraper leur retard en popularité.
Admettons-le néanmoins, les performances de Somyi et Eunchae dans ce clip sont peut-être un peu « too much », pour ne pas dire franchement vulgaires. Était-ce recherché ou non ? Difficile d’être catégorique, d’autant plus que tout ça s’inscrit effectivement dans ce souci de singularisation de chaque personnalité du groupe. DIA, au final, est moins un groupe qu’une associations de jeunes femmes issues de divers horizons, et ayant chacune un univers propre. C’est à la fois leur carte maîtresse, et sans doute ce qui déconcerte un peu le public coréen, qui aime assez en général que les girls bands aient l’air de sœurs ou de cousines de la même famille. Avec DIA, le message est clair : « Nous ne sommes pas tes petites sœurs, mon gars ! ».

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« Woowa » est donc un clip volontairement provoquant, et assez en phase avec la tendance la plus récente de la kpop féminine, qui revient assez ouvertement ces derniers mois sur un érotisme post-hip-hop très lourdaud. Mais ce conformisme aux valeurs du moment semble avoir bien profité à DIA. Eunchae fut même assez brièvement l’objet d’un culte nouveau de la part de fans de groupes plus volontiers sexués (comme Momoland, Exid ou Red Velvet).
À cela s’ajoute l’indéniable talent des jeunes femmes dans l’art d’aguicher. Regards coquins et effrontés, gestes évocateurs sans toutefois être osés, sourires prometteurs, émotions fortes et extraverties, les sept sirènes de DIA offrent un incroyable panel de la séduction féminine la moins ambiguë. Ce n’est pas toujours très fin, ni très léger, mais c’est efficace, et servi par un montage très sophistiqué. Car même si on n’y prête guère attention au premier visionnage, « Woowa » est un clip terriblement sophistiqué, dont chaque seconde, chaque plan, chaque centimètre carré de peau ou de tissu, est soigneusement prévu et calculé, de même que les teintes et les couleurs, explorant toutes les variétés chromatiques entre le bleu, le rose et le violet. On peut trouver ça sans doute un peu froid, voire même glacial, mais la qualité de la performance mérite d’être soulignée.
Cette sophistication permet un contrôle total de chaque plan, chaque image, rien n’étant laissé au hasard, au point même que l’on peut faire d’interminables arrêts sur image, qui ont pour la plupart la qualité d’une véritable photographie live, ce qui permet notamment d’admirer cette autre sophistication qu’est le choix vestimentaire, particulièrement abouti et recherché.

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Comme on le voit, tout ici repose sur le contraste du noir et du rouge, avec la peau claire sous l’éclairage blafard des néons, un peau bien plus claire que la réalité puisque les membres de DIA, comme la plupart des Coréennes, ont plutôt un teint de peau doré – à l’exception de Yebin qui est naturellement pâle. La mode féminine actuelle en Corée du Sud, privilégie cette blancheur caucasienne, et développe des trésors de créativité en poudres cosmétiques, d’une perfection rarement atteinte auparavant.
Cette capture d’écran montre bien l’uniformité des couleurs, et la très grande variété des formes : bustiers, jupes, boléros, pantalons sont choisis de manière à ce que chaque fille soit vêtue différemment en dépit de choix strict des couleurs. Le petit bolero rouge de Jueun est une pure merveille qu’hélas, elle ne ressortira pas pour les prestations télévisées. Ce n’est pas la première fois que la jeune femme cultive un look latin qui lui va généralement à ravir.
Bien entendu, qui dit mode dit France, puisque nous sommes, paraît-il, des références universelles en matière d’élégance, même si on peut en douter en voyant l’aspect carnavalesque de la Fashion Week et des défilés de haute couture. Ainsi, la très belle Eunice s’affiche-t-elle, à un moment, avec un collier Chanel, tandis que sa consœur Huihyeon va plus loin dans le top tendance en affichant le logo « J’Adore Plein », phrase en français même si elle se réfère au couturier allemand Philipp Plein, qui aime à jouer avec la signification française de son nom de famille, dérivé pourtant de l’authentique nom d’une petite bourgade en Rhénanie.

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Sur la musique elle-même, puisqu’il n’est pas tout à fait incongru d’en parler, « Woowa » marque un très inattendu retour aux sources de l’acid house, marquée par une rythmique très new-beat, et par un gimmick récurrent avec le son « Hit Orchestra » parfaitement daté fin années 80, et dont je ne cache pas qu’il faut un petit moment pour s’y faire, étant donné que ce n’est pas là une palette sonore qui a engendré beaucoup de nostalgie. Néanmoins, il faut bien remarquer que ce choix musical a permis à DIA de sortir son single le plus dynamique, le groupe essuyant souvent la critique d’être un peu trop mollasson, et d’abuser des ballades.
Néanmoins, le refrain poppy et la chorégraphie pas totalement dénuée d’humour  ramènent à la personnalité musicale la plus essentielle de DIA, groupe qui, bien que se cherchant souvent des proximités sonores avec d’autres formations coréennes plus volontiers investies dans un R&B à l’américaine, garde obstinément un pied dans un esprit pop rock/bubblegum.
On notera le break après le premier refrain basé sur un sample de flûte berbère, que les filles accompagnent de quelques gestuelles qui renvoient plutôt à la danse indienne, mais toute origine contrôlée, c’est une trouvaille sympathique qui donne un peu plus de corps au morceau
Le refrain est exclusivement chanté par Yebin et Jueun, qui semblent être progressivement devenues les deux directrices artistiques du groupe, étant toutes deux musiciennes (Yebin est guitariste, Jueun est claviériste).
« Woowa » n’est pas venu seul, il accompagne le 5ème mini-album de DIA, « Newtro », et donc le premier sous la signature de Kakao M. Un EP tout à fait dans l’air du temps, où l’on trouvera, outre le single « Woowa », trois nouvelles compositions, « No », « 5 More Minutes » et surtout « Crescendo », bluette romantique et groovy, écrite par Yebin & Jueun, et qui s’inspire assez ouvertement du son particulier de LOOΠΔ.
« Newtro » est un peu court, même si la version instrumentale de « Woowa », qui clôt le mini-album, permet de se rendre compte encore mieux que le morceau est d’une composition plus complexe que ce qu’en décèle l’oreille à la première écoute.  Mais c’est un disque tout à fait sympathique, qui s’inscrit dans la droite lignée de leur précédent opus, « Summer Ade », tout en ayant soin de se mettre à la page des dernières tendances sonores de la k-pop. C’est en plus un bel objet, un digipak à la teinte métallisée rouge, présentant un album photo de grande qualité et des goodies très attrayants.
Bref, DIA a brillamment réussi son come-back, et on espère les revoir à l’automne prochain, en compagnie de Jenny, dont on regrette l’absence inattendue, même si la beauté ravageuse de toutes ces demoiselles serait de nature à vous faire tout oublier.

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Pour conclure, comme d’habitude, par une prestation live qui permet de bien saisir toute la qualité de la chorégraphie, j’avais assez l’embarras du choix, tant les jeunes femmes ont arpenté les émissions de télévision et les chaînes YouTube pratiquement tous les jours pendant deux mois. J’ai sélectionné cette fancam de l’émission M Countdown du 29 mars dernier, où les membres de DIA avaient choisi un dressing-code noir, très élégant et presque gothique.
Cette chorégraphie est, comme il se doit, sexy et provocante, mais elle est extrêmement complexe, les membre de DIA étant soumises à des positionnements stricts, jouant tantôt avec la géométrie, tantôt avec la perspective. C’est ce qui la rend intéressante, mais aussi très difficile, d’autant plus que les lois de l’esthétique exige que ces sept jeunes filles exécutent ce tour de force en talons hauts. Il faut souffrir pour être belle…

– Album : « Newtro » (MBK Entertainment / Kakao M). Disponible via le site Asiaworldmusic.fr ou dans les boutiques parisiennes Musica.

Jueun & Yebin2

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