So I’m Depressed A Bit

La nuit est froide et triste… Mais cela fait longtemps déjà qu’elle recouvre le monde, je devrais m’y être tout à fait habitué. J’arrive à un âge où l’on est censé se raccrocher aux habitudes. L’esprit est plus fermement ancré dans l’existence que le corps. Avant, c’était l’inverse. Avant, j’étais dans le vrai. Mais c’est précisément pour cela que j’ai commis tant d’erreurs.
Morcelée et éparpillée, en bouts de livres, en fragments de disques, en accessoires divers, servant à ranger les uns et à réparer les autres, mon existence parvint un soir à ce climax, alors que je regardais une fille adorable vivant à 8000 kilomètres dire à l’aveuglette des mots que j’ai attendu en vain pendant trois décennies. Cela me rappelle que cela ne peut ni se ranger, ni se réparer. J’ai pourtant passé des heures sans nombre à me réparer de tous les mensonges que l’on m’avait appris. J’ai renoncé à tous, sauf à un seul : Je voulais être heureux comme on me l’avait dit. Heureux avec quelqu’un, heureux dans une vie de couple ou une vie de famille. Des structures, des apparences, des squelettes pour soutenir la chair molle de nos attentes vaines.
Chercher la femme de sa vie. La trouver. La garder. Même si je ne suis pas beau, même si je ne suis pas glamour. Ça me semblait déjà le travail de toute une existence, bien qu’en fait, il suffit juste d’avoir quelque chose de plus. Un talent quelconque qui fasse son petit effet. Je ne sais pas comment je l’ai su. Je ne l’ai pas appris à l’école en tout cas.
Je me suis découvert un don pour l’écriture. Je l’ai travaillé très tôt, car j’avais lu cette phrase de Georges Brassens : « Sans technique le talent n’est qu’une sale manie ». Je n’avais pas envie d’être maniaque, certains s’en contentent pourtant, mais je voulais bien faire les choses. Je suis donc devenu très technique, pas assez sans doute car cela ne m’a pas permis de comprendre ce qu’il y avait de si technique dans l’oeuvre de Georges Brassens.
J’ai écrit, j’ai gratté du papier pendant des années; à présent, j’use des claviers. Je me disais, sans doute bercé par tel ou tel film, qu’un jour, une jeune fille viendrait, une jeune fille qui ne payerait pas de mine, sur laquelle je ne me serais pas forcément retourné dans la rue, mais qui deviendrait magique parce qu’elle me dirait : « J’ai lu ce que vous avez écrit, et j’en ai été bouleversée ».

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Tout commence au départ par le bouleversement, ou du moins, c’est l’idée que je m’en faisais. Je n’ai pas l’impression que les jeunes générations pensent ainsi. Elles calculent, elles mesurent, elles se dépucellent comme des ingénieurs conçoivent un barrage : efficacité, rentabilité, sécurité, développement durable. C’est bien parce que l’argent se fait rare qu’on ne revient pas à l’ancien système de dotation, car l’esprit est bien là.
Moi, je voulais seulement être bouleversé. Dans l’expression « tomber amoureux », il y a ce verbe « tomber », qui ne concerne plus guère aujourd’hui que les ivrognes des soirs de fête qui titubent trop près des fleuves et des rivières.
On ne tombe plus désormais, on tient même à ne jamais fléchir. Tout est affaire d’orgueil et de peur de l’humiliation, tout repose sur la nécessité de tenir la dragée haute aux autres, et qu’importe si cette nécessité de dominer est la plus dangereuse des faiblesses, la plus répandue des illusions. Quoi que l’on fasse, on ne domine jamais que ceux et celles qui consentent à se laisser dominer, et qui le font par intérêt personnel, par domination passive. Le jeu du docteur a laissé la place à une permanente partie de bras de fer, car le sexe aussi devient un sceptre, un levier de commandement, le symbole du pouvoir tyrannique des crispés et des impuissants.
Pour prendre du plaisir, en effet, il faut s’abandonner, il faut se laisser tomber entre des bras qui vous rattrapent. Mais qui y parvient encore ? Qui a suffisamment confiance aujourd’hui dans une intimité où règne en permanence des obsessions de surveillance, de suspicion, et de perpétuelles retenues émotives ? Se dit-on encore « Je t’aime » sans chercher sur le visage de l’autre l’ombre d’une félonie – voire de sa propre félonie reflétée ?

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Ainsi, la relation amoureuse ne devient-elle plus qu’une longue partie de jeux de rôles, où s’affrontent les orgueils apeurés d’une triste jeunesse, qui voue un culte à l’aliénation, puisque l’aliénation a fait ses preuves dans tous les domaines, politique, économique, ludique. Pour beaucoup de jeunes gens, une relation doit ressembler à ces séries télés dont on s’enfourne cinq ou six épisodes à la suite, soi-disant parce que l’on veut toujours connaître la suite, mais plus surement parce qu’aucun de ces épisodes n’apporte réellement de satisfaction. Ils attendent que se passe quelque chose qui ne s’y passe pas, mais qui se passera peut-être dans l’épisode suivant, ou dans celui d’après. Habituées à cette perception-là, combien de jeunes femmes se disent que la journée du lendemain apportera plus de choses qu’aujourd’hui, finissent par en vouloir à l’autre d’une romance tranquille dont elles ne savent rien apprécier, parce que ce n’est pas assez fort, pas assez intense au sens netflixien du terme ?
Vivre, c’est désormais reproduire un modèle.
Aimer, c’est reproduire un autre modèle compatible.
Même une rupture nécessite un modèle à reproduire.
Consommatrices fabriquées, téléphages obsédées, avec toujours quelque part l’envie de réduire l’existence aux dimensions d’un écran pour qu’elle paraisse plus vraie, et pourquoi pas, songer au souhait informulé que cet homme, rencontré il y a peu, soit un criminel en puissance, un pédophile en fuite, un monstre à dénoncer, pour le frisson de la chose, avec la secrète envie de participer à son arrestation, et enfin pouvoir passer à la télé, être admirée, interrogée; dire qu’on a eu peur mais qu’on savait qu’il fallait le faire, et d’ailleurs on va fonder une association pour lutter contre les injustices, mais ce n’est pas pour faire carrière, non, non, pensez donc, c’est juste pour venir en aide aux personnes réellement en détresse…
Vision caricaturale ? Même pas… J’ai connu une jeune fille dont le regard plein de rêveries morbides s’appesantissait sur moi à la recherche d’un secret honteux dont la révélation aux yeux du monde ferait d’elle quelqu’un de célèbre et d’admiré, vaste ambition qui la poussait à fouiller mon téléphone, à garder précieusement sous Word les mails que je lui envoyais, au cas où il faudrait fournir un vrai dossier à la police. Enfin, elle avait installé un spyware sur mon PC pour chercher en vain dans mes archives ou mes historiques de navigation, pendant des jours, la tare pourvoyeuse de gloire qui n’existait que dans sa paranoïa.

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Elle avait l’expérience de ce genre de logiciels, elle en avait installé de semblables sur les ordinateurs de ses précédents petits amis, mais aussi sur celui de sa mère et de son frère. On ne sait jamais après tout, tout est bon pour se faire connaître… Ce qu’elle ne savait pas non plus, c’est que son programme était un peu trop lourd pour mon vieil ordinateur, qu’il bloquait absolument tout, et qu’il ne m’avait pas fallu longtemps pour le repérer dans le gestionnaire de tâches, et comprendre d’où cela venait.
Confrontée à sa culpabilité, la jeune fille avait beaucoup pleuré. Elle avait une réserve de larmes que je n’ai jamais vu chez personne d’autre. Elle pleurait des averses par petits spasmes qui semblaient des hoquets de vomissements. Mais elle ne faisait que pleurer de honte, pleurer d’avoir été démasquée, humiliée, découverte. Le mal infligé aux autres, le chagrin à l’idée de me perdre, tout cela n’avait aucune importance à ses yeux, mais qu’on eut ainsi si facilement mis à jour sa perfidie, cette perfidie même qu’elle cherchait vainement chez moi, cela lui était insupportable. Il eut fallu que je sois fourbe moi aussi, pour qu’elle s’admette enfin comme telle.
« Si tu veux, je te donne le mot de passe de toutes mes messageries, de tous mes comptes, tu n’auras qu’à les consulter, et comme ça, tu sauras tout toi aussi. »
Je n’avais pas ce genre de curiosité, et nulle envie de la rejoindre dans ce vice. Je refusai cette proposition indigne, elle ne m’en détesta que davantage.
J’aurais pu tout arrêter ce soir-là, je n’en ai rien fait, car même les larmes les plus égoïstes font mal à voir quand on s’en sait à l’origine. J’ai voulu pardonner, j’ai eu tort, comme à chaque fois que j’ai pardonné dans ma vie. La demoiselle s’est dit qu’elle m’avait roulé dans la farine, qu’elle était encore la plus astucieuse, et sans remords ni regrets, toute son attitude postérieure s’est échinée à parfaire ce besoin maladif de domination, de manipulation, jusqu’au gâchis suprême auquel j’ai mis fin un soir. Même en me forçant, il devenait difficile de s’illusionner sur ce triste petit personnage dont les sautes d’humeur relevaient d’une théâtralité de sitcom bien américaine, laquelle ne m’a jamais particulièrement convaincu, vu qu’elle ne faisait pas partie de mon univers.
Pourtant, nous aurions pu vivre une belle histoire, car cette jeune femme, terne et sans éclat, mal aimée mais qui aimait ce que j’écrivais, et ayant, au fond de ses yeux tristes et émouvants, un immense besoin de tendresse que je savais pouvoir lui fournir, n’avait rien de plus à débusquer chez moi que ce que je lui offrais bien volontiers. Il lui aurait fallu se laisser porter, s’abandonner, laisser son corps et son cœur se faire à cette douceur inespérée que j’apportais avec moi. Mais non ! Trop facile, trop dérisoire, rien à conquérir, aucun suspense, on ne voit pas des choses comme ça dans « Games Of Thrones ». Tout a un prix, tout doit se gagner. C’est comme ça dans tous les bons scénarios. La promesse d’une récompense illusoire vaut forcément mieux que le bonheur donné sans avoir à l’arracher de force…
Triste petite folle qui, un jour, tard, beaucoup trop tard, se réveillera en réalisant qu’elle a tout laissé filer, tout perdu, tant elle était occupée à empêcher le sable de couler d’entre ses doigts, juste pour se croire un instant de taille à dicter sa loi à l’univers.

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Au final, nous devenons peu à peu des animaux pervers, noyés dans de virtuels labyrinthes, où forcément la bonne voie sera la plus tortueuse, la plus périlleuse, et sera de ce fait justement rétribuée, c’est certain.
Avez-vous déjà vu le regard d’un chat qui a faim ? Un chat qui attend ses croquettes ? On remarque souvent ses miaulements, ses frottements et ses ronds de jambes, mais on ne fait pas tant que ça attention au regard de l’animal.
Il est terrible, pourtant, ce regard, tant il évoque une panique liée à l’impossibilité d’exprimer la peur irrationnelle ne pas être nourri, même si les repas tombent tous les jours aux mêmes heures sans exception. Le chat est un animal qui tient à ses habitudes, mais vit dans la terreur qu’elles s’interrompent. Ses miaulements ne sont que des cris primaux, le chat communique d’abord avec son regard. Il ne comprend pas le langage articulé, ce n’est pour lui qu’une récurrence de sons, mais il sait qu’un échange d’informations peut se faire en plongeant ses yeux dans les nôtres. Ce qui donne parfois cette impression qu’il y cherche tout ce qu’il ignore, qu’il envisage confusément toute la mécanique de dialogue qu’implique le système question/réponse. Le regard d’un chat affamé exprime cela : la question, l’attente, le besoin de formuler ce qui est pour lui informulable.
Il me semble que dans la rue, dans les transports en commun, les gens ont de plus en plus ce regard-là, même si, à l’inverse du chat, ils auraient tendance à le détourner si on les fixe. L’être humain est lui aussi un animal très peureux, souffrant de diverses peurs irrationnelles, qui correspondent de plus en plus à quelque chose de faux qu’il a lu quelque part. Mais cette peur contextuelle n’en est pas moins souveraine, elle nous enferme, elle nous claquemure dans des angoisses d’hommes préhistoriques ayant tout à redouter de la tribu d’à côté.
Sur ce plan-là, il ne faut pas négliger la terrible influence de la société américaine, qui repose sur la libre circulation des armes et sur la défiance permanente des citoyens envers eux-mêmes, régulièrement alimentées par des tueries universitaires perpétrées par les puceaux du campus, et dont la récurrence obsessionnelle tient presque de la fête folklorique. L’Amérique est une société patriarcale et religieuse, où l’on s’impose exclusivement par intimidation ou par un commerce agressif, et dont l’actuel président est un parfait archétype. C’est, depuis un siècle, une culture populaire qui nous colonise au point d’écraser de ses indigestes burgers cinématographiques et télévisuels notre patrimoine culturel européen et l’histoire de notre civilisation.
Tout ce marketing pop made in USA, nous le buvons quotidiennement sans jamais le diluer, jusqu’à en oublier qui nous sommes, jusqu’à oublier notre histoire, nos ancêtres, l’expérience transmise de siècles en siècles, et sans laquelle nous ne serions jamais sorti des temps carolingiens. L’évolution repose sur un point de départ, mais quand ce point de départ est seulement le business du moment, l’économie mondiale, les névroses racialiste et machiste d’une culture étrangère, ou un blockbuster débile qui ressasse des personnages de BD vieillots, il n’y a plus de passé, il n’y a plus d’expérience, il n’y a plus d’art ni de littérature, et surtout, il n’y a plus de poésie, car la poésie se nourrit de la connaissance du monde et de la richesse de patrimoines qui, eux, n’ont jamais cherché à se vendre.

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Or, on nous répète depuis si longtemps que l’on n’a que faire des patrimoines européens et de la connaissance du monde que nous estimons suffisant d’en connaitre ce qui flatte nos bas-instincts : savoir qu’il y a des films à effets spéciaux en Amérique, des jeux vidéos au Japon, et des actrices pornos blondes dans les pays de l’Est. Cela suffit à la plupart des gens qui se croient ouverts sur le monde, et qui font de leurs divertissements préférés une culture urbaine à la taille de leur cerveau. L’important est d’en être fier, et d’en tirer orgueil, d’impressionner les autres avec quelque chose qui n’est ni impressionnant, ni très personnel.
Et l’amour dans tout ça ? Qu’en reste-t-il, sinon ce que les écrans nous en montrent, afin d’apaiser nos craintes ou de personnaliser nos rêves ? J’arrive à un âge où ma notion des sentiments, héritée de vingt siècles de civilisation, n’est même plus ringarde, tant elle est tout bonnement oubliée. Comment s’en souviendrait-on, d’ailleurs ? La frustration est plus rentable que l’idéal, le sentiment d’injustice provoque plus d’impulsions d’achat que l’hédonisme. Les amoureux sont une clientèle médiocre, ils n’ont besoin que d’être ensemble. Les restaurateurs et les fleuristes sont les seuls à s’en réjouir. Ailleurs, on a bien compris que les sentiments de solitude, de rejet, d’incompréhension, incitent à la consommation, et qu’il faut coûte que coûte perpétuer ce besoin maladif d’une compensation. Ainsi, le divertissement devient lentement l’antithèse de ce qu’il est censé être depuis sa conception : il ne divertit plus, et bien au contraire, il aliène, il angoisse par sa propagande malsaine, il entretient le mal-être, l’âpreté des rapports humains, la peur panique de la sexualité, le besoin permanent de tendre vers un rôle social à peu près impossible. Et il faut que ça dure, que ça dure encore, que soient mobilisées toutes les soirées disponibles de Mr & Mme Toutlemonde, il faut placer le téléspectateur dans une addiction à quelque chose qui n’est conçu que pour être addictif, mais il est important que cela se fasse dans la douleur et la stérilité, car il ne faut pas que se dégage une seule impression d’accomplissement, ni après un épisode, ni après cinq. Il faut attendre celui d’après, celui encore après, et celui qui suit. Il faut piétiner pendant 60 épisodes dans une psychologie morbide taillée pour nos paranoïas, et qu’on pense réaliste simplement parce qu’elle nous correspond, même si elle ne nous correspond que parce qu’on nous l’a inculquée artificiellement par le biais du divertissement, de celui-là, d’un autre ou d’un autre encore. Il ne faut pas caresser le moindre espoir : aucune de ces fictions ne veut votre bien-être.
Ainsi, nous sommes tous programmés pour tourner en rond, tels des disques rayés, rassurés par cet horizon limité et par cette répétition quasiment mécanique de ces spectacles, et bien entendu, des publicités qu’ils véhiculent. Vingt fois sur le métier nous remettons un ouvrage qui n’est pas le nôtre, et qui n’a d’autre but que de nous occuper l’esprit en nous vidant la cervelle.

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Parler d’amour devient difficile. Les élans du cœur n’ont pas la cote sur Instagram, alors quel intérêt ? Vivre d’amour et d’eau fraîche, ça ne rapporte pas 10000 followers. La notion même de couple, de famille, se doit d’être une bonne affaire dont on puisse se vanter, dont on fasse une interminable source de selfies. À quoi bon s’aimer, si personne ne like notre story ?
Je me suis souvent buté à ces névroses d’un temps nouveau, et il est difficile de ne pas se sentir atteint par cette aliénation progressive au communautarisme. En situation amoureuse, je perds de ma rhétorique. Les mots veulent sortir et ils n’y arrivent pas, car ils savent leur peu de valeur marchande, la basse cote de leur désintéressement, le caractère fortement impopulaire de leurs envies. Bien des femmes ne jaugent un homme qu’à la lumière du potentiel de réussite d’une routine bien morne. Combien de gens au final, ne rêvent d’une vie à deux que pour s’ennuyer en compagnie, de la même façon qu’ils le font déjà seuls ?
J’ai voulu écrire, je crois, dès le départ pour parler à toutes ces jeunes filles dont je tombais amoureux, et qu’il fallait courtiser sans aborder de questions profondes. Je ne sais pas forcément parler de ce qui n’est pas essentiel quand je suis amoureux. Or, la femme que j’aime ne me juge en général que sur ce que je vaux comme bruit de fond, comme échappatoire au silence. L’homme idéal doit avoir, pour beaucoup de femmes, les qualités d’un téléviseur. Ce n’est hélas pas ma spécialité.
Une fois, j’ai voulu tout dire, tout raconter, tout expliquer. J’en ai fait, je ne sais plus… 30 pages, 50 pages, peut-être plus ? Je voulais juste ne rien cacher, ne rien taire… Dans ce monde où nous sommes tous à nous mentir constamment les uns les autres, ça me semblait important d’être vrai, d’être pur, juste pour elle, juste pour lui dire : « J’ai gardé tout ce trésor au fond de moi pendant toutes ces années à la seule fin de te l’offrir un jour »…
Je sais qu’en ouvrant mon mail, et en faisant défiler le texte avec la molette de la souris, elle a fait : « Pffffffffffffou… ».  J’avais sorti ma plus belle plume, je lui avais dit des choses merveilleuses, mais elle n’a vu que le bloc rectangulaire des caractères qui défilaient sur son écran et qui n’en finissaient pas. Les mots semblent toujours interminables quand on n’a pas vraiment envie de s’y intéresser…

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Mais même quand on fait court, ça ne va jamais, ça n’est jamais ce qu’il aurait fallu dire. Cette autre m’avait dit une fois qu’elle aimait bien trouver des cartes postales dans sa boîte aux lettres, quand elle revenait de vacances. Elle était très riche, elle partait souvent en vacances. Alors chaque fois, je lui écrivais une carte postale, que je passais de longues heures à choisir. J’essayais de lui dire des jolies choses, que son homme ne lui dirait pas, car il avait une moto, et l’intelligence estropiée qui va avec. J’essayais d’apporter le reste, ce qui manquait à son bonheur, ce qui faisait défaut à sa romance. Je le savais bien que j’avais quelque chose de plus, alors je le donnais librement, sans contrepartie. Je l’envoyais par carte postale. Ça me suffisait, ça me comblait même. Ça avait l’air de lui faire tellement plaisir…
Un jour, j’ai glissé sa carte dans une enveloppe, et sur sur le papier blanc, j’ai écrit son nom, son adresse, dans une jolie écriture romantique, et j’ai disposé les lettres de telle manière qu’elles forment un grand cœur. Je trouvais cela vraiment joli. J’étais fier de moi en allant poster l’enveloppe.
Quand nous nous sommes revus, elle s’est montrée très glaciale, elle n’a pas parlé de la carte qu’elle avait trouvée à son retour, alors qu’elle m’en parlait toujours. Quand je lui ai timidement posé la question, elle m’a dit :
« Je l’ai trouvée de très mauvais goût. Comment as-tu osé faire une chose pareille ? Imagine que mon copain tombe dessus ? Qu’est-ce qu’il penserait de moi ? »
« Il penserait sans doute que tu as bien de la chance d’être tellement aimée, alors que tu le mérites aussi peu. », ai-je trouvé la force de répondre.
Par la suite, je n’ai plus décroché le téléphone, quand elle appelait. Elle n’a jamais laissé de message.

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Je ne m’en suis pas fait pour elle, ni pour les autres. L’amour ressemble souvent à du travail bénévole, on s’y investit pour se donner bonne conscience, même si la cause est stérile ou a peu de chances d’aboutir. Aimer, cela a toujours du sens, c’est tout ce que la société nous pousse à faire qui n’en a aucun, c’est ce que déploient les morales qui nous opposent qui est contre-nature. Ce que l’on veut n’arrive jamais, et l’on se jette dans ce que l’on redoute, de peur de se faire avoir, de peur de manquer son coup.
Et pourtant, en amour, c’est tellement bon de se faire avoir… Celles qui veulent tout contrôler, tout diriger, tout prévoir, ne savent pas ce qu’elles ratent…
Moi, par contre, je n’ignore rien de ce dont la vie m’a privé. En quoi étais-je différent des autres ? Je l’ignore, je crois avoir simplement gardé mes rêves d’adolescence parce que la réalité des relations amoureuses ne me convenait pas. Pourtant, à l’âge d’or de mon innocence, où je me contentais de peu, où tout était à découvrir, à expérimenter, j’étais un jeune homme qui se faisait facilement jeter au bout de quelques mois. Sans explications, d’ailleurs. On n’avait rien à me reprocher. J’avais pourtant besoin de savoir pourquoi, j’aurais voulu qu’on m’explique, puisque j’étais le même homme au début et à la fin de la relation. Mais elles n’avaient rien à dire. « Ça vient de moi. » est une phrase que j’ai beaucoup entendu, une phrase qui n’expliquait rien, même à celle qui la prononçait. Bien des années plus tard, je pense simplement ne pas avoir été assez « télévisuel », peu intéressé de vivre des choses qu’on voyait à la télévision, de ces clichés bêtas et convenus, de ces situations types qui rassurent par leur permanence. J’aimais assez l’idée qu’on s’invente une vie commune, une passion qui ne soit rien qu’à nous. Les filles ne se demandaient pas si ça leur plaisait ou non. Elles se disaient que ça ne ressemblait pas trop à ce qu’on voyait dans les séries télévisées, et donc que ça devait être plus ou moins de l’arnaque. Les femmes aiment assez à suivre leurs envies les plus arbitraires, sauf celles qu’elles devraient véritablement suivre.

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Puis d’éternel largué, je suis devenu progressivement l’éternel largueur. Cela s’est fait naturellement, sans le moindre calcul, à la seule lumière de l’expérience. Les signes avant-coureurs de la dérive d’une relation finissent par se reconnaître comme les répliques d’un séisme. J’ai fini par regarder bien en face ce que je ne voulais pas voir. Et je sais par expérience que plus j’attends, plus ce sera douloureux. Alors, je taille souvent dans le vif, pour en finir.
Il m’a fallu larguer à mon tour pour me rendre compte à quel point c’est difficile de quitter quelqu’un, d’autant plus difficile qu’il faut avoir l’air plus déterminé qu’on ne l’est vraiment. Même quand je ne suis pas amoureux, je ne suis évidemment pas indifférent. Je ne pleure pas sur le moment, je pleure plus tard, seul, en me demandant confusément si je n’ai pas commis une tragique erreur.
Là, aussi, j’ai pu voir qu’entre hommes et femmes, les réactions ne sont pas les mêmes, à moins qu’il ne s’agisse que d’une différence de générations. Quand je la subissais, la rupture me plongeait dans le chagrin, dans l’affliction. Je suppliais, je demandais une deuxième chance, j’allais dormir en bas de chez elles, je refaisais, seul et larmoyant, les trajets de promenades inoubliables. Il m’est même arrivé de refaire un de ces pèlerinages dans la forêt de Saint-Cloud, dix ans plus tard, moins éploré mais toujours mélancolique, dernier dépositaire d’un souvenir qui n’intéressait que moi. À aucun moment, je n’avais de réactions d’orgueil, de colère, de rancune. Le monde s’effondrait, et plus rien n’avait de sens, pas même la vengeance… Je n’avais d’autre sentiment qu’une profonde détresse, une culpabilité terrible et le sentiment évidemment illusoire d’avoir gâché une magnifique histoire sans comprendre comment.
Quand je suis passé de l’autre côté de la rupture, j’ai vu un spectacle bien différent. De l’orgueil, encore et toujours de l’orgueil, parfois de la honte et de l’humiliation, mais aucune détresse, aucun chagrin, et surtout aucun sentiment amoureux. Je reste assez persuadé qu’une femme est incapable d’amour, ou du moins qu’elle et moi ne donnons pas le même sens à ce mot. Je me rappelle d’avoir lu, sur certains visages, des regards furibonds de chiens qui aboient derrière les portails des pavillons de banlieue, d’essuyer des injures stupides, des méchancetés aigres, des promesses de vengeance parfois tenues, des coups de pieds, même. Aucune ne m’a supplié de rester. Aucune n’est venue dormir en bas de chez moi parce qu’elle n’arrivait pas à faire le deuil. Nous n’avions pas les mêmes valeurs, pas les mêmes douleurs non plus, je crois.
Pourtant, il y a eu quelques fois où je me serais laissé fléchir par des sentiments vraiment forts, ouvertement exprimés. Mais non, elles n’étaient pas tristes, elles enrageaient, et elles n’enrageaient pas que je les quitte, elles enrageaient d’être quittées, comme si c’était pour elles une humiliation publique qui ne saurait arriver qu’à la lie de la société.
C’était d’autant plus dur à vivre pour moi que je me suis toujours donné du mal pour rompre avec une attention et une douceur dont on a rarement fait preuve envers moi dans ma jeunesse. Toujours ce souci de faire les choses le mieux possible, ne serait-ce que parce que le monde se porterait mieux si tout le monde avait cette préoccupation.

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J’ai longtemps vécu d’espoir, mais les échecs accumulés, les années de souffrance dont rien ne console, le temps qui vous amène lentement à l’âge de raison, les premières marques de décrépitude physique, ôtent peu à peu l’éventualité de se réaliser sur le plan amoureux, faute de matière première qui tienne la route. Tout est devenu trop pervers et trop compliqué. Je pensais que vouloir quelque chose de simple et d’essentiel me mettrait à l’abri des tourments qu’engendrent des fantasmes plus ambitieux, mais non, c’était encore trop demander…
Sept milliards d’habitants sur cette planète, mais malgré tout, on peut traverser la vie sans rencontrer quelqu’un qui nous va. Chacun ne songe qu’à tirer son épingle du jeu, mais il y a plus de joueurs que d’épingles. Notre cœur nous envoie souvent, il est vrai, dans de mauvaises directions, mais pour en avoir moi-même essayé beaucoup, je n’ai pas la sensation qu’il existe une voie royale.
En fait, l’amour repose simplement sur trois points nécessaires : l’attirance physique, le partage de sentiments et la compatibilité du caractère et du mode de vie. Ce dernier point, d’ailleurs, est le plus essentiel, même si on le juge rarement comme tel. Mais de toutes manières, un seul de ces points venant à manquer, tout est perdu d’avance. Dans le temps, les couples tenaient mieux contre l’adversité, car ils faisaient contre mauvaise fortune bon cœur. Aujourd’hui plus personne n’a envie de se sacrifier ou d’être patient. Il n’y a que ceux/celles qui ont une peur panique de la solitude qui s’acharnent à maintenir sous dialyse une relation vouée à l’échec. On ne veut faire aucun effort, on attend que l’autre en fasse, et comme l’autre se dit exactement la même chose…
Je n’ai pas dû naître au bon siècle. Ma libido s’est éveillée au pire moment qui soit, pile à cette époque où l’on m’expliquait que je vivrais mes premières émotions dans une gaine de latex, pour cause de pandémie d’origine simiesque. L’aseptisation était alors une nécessité, elle est devenue depuis une norme et une esthétique. Quelqu’un, un jour, a décidé que la toison en friche, c’était mal, c’était sale même quand c’est propre. On a désherbé nos organes sexuels façon Monsanto, et on a incroyablement jugé que cela était beau, et que tout le monde devait en faire autant. Adieu à nos buissons d’amour, ils m’ont beaucoup manqué ces dernières années, mais en ce début du XXIème siècle, on passe vite pour un pervers quand on trouve simplement que la nature est bien faite.
J’aimais beaucoup faire l’amour, mais tant de poupées plastifiées, épilées, résignées, écœurées, redoutant l’orgasme comme si cela faisait l’effet d’un AVC, fonçant à la salle de bain dès la fin de l’étreinte pour se récurer le frifri avec des produits empestant l’eau de Javel, m’ont petit à petit fait perdre mon enthousiasme pour un naturel qui ne revient plus à force d’être chassé – ni au galop, ni au petit trot. Combien d’années que je ne me suis pas dit, en entrant dans des draps, que je copulais avec une handicapée ?
L’amour n’est pas là, la passion amoureuse n’est plus là, quelque chose s’en est allé, en nous volant la poésie des instants précieux. Dix minutes de conversation avec une femme de ce siècle et de ce pays me suffisent pour me rendre compte à quel point je vais m’ennuyer avec elle, m’ennuyer au lit, m’ennuyer devant la télé, m’ennuyer en vacances, m’ennuyer jusqu’à la mort, puisque même les adultères seraient tout aussi ennuyeux.
Nous n’avons plus rien à nous donner.

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Je me souviens, il y a quelques années, de cette mode éphémère des « Free Hugs », des « câlins gratuits », proposés en général par des jeunes femmes qui ont été très probablement les premières à balancer les porcs, lors de la grande foire au cochon d’il y a deux ans.
En bon français, je râle beaucoup, mais je ne propose rien. Aussi, ai-je toujours un faible, du moins en première instance, pour ceux qui arrêtent de râler et qui proposent quelque chose. C’est rarement très sérieux, mais je m’en voudrais de ne pas leur donner une chance.
J’avais testé une fois le concept du « Free Hug » avec une jeune fille que je trouvais à mon goût, place Saint-Michel. Elle avait jeté ses bras autour de moi et pressé son corps mince contre le mien, j’ai baissé ma tête sur son épaule, je me rappelle l’odeur fraîche de sa peau. Nous ne nous regardions pas. Le début de l’étreinte était troublant, j’en garde un agréable souvenir, mais comme rien ne la justifiait, rien ne la provoquait réellement, nous nous sommes figés. Elle, désireuse de bien faire sentir qu’elle ne se donnait pas, restait raide et tendue. Moi, soucieux de ne pas la brusquer, je veillais à ne pas la serrer, à ne pas faire courir mes mains. Rien de tout ceci ne ressemblait à un câlin, même enfantin. Nous avions surtout l’air de deux personnes qui prennent la pose pour un photographe. Je me rappelle m’en être senti triste, m’être dit que même avec les meilleures intentions du monde, cette société ne savait plus produire autre chose que de la frustration.
Nous sommes restés ainsi quelques minutes, puis craignant d’être trop long, je me suis dégagé, je l’ai remerciée, je lui ai dit au revoir, et je me suis détourné. J’étais pressé de continuer mon chemin, je ne voulais pas la voir prendre quelqu’un d’autre dans ses bras…
Je n’ai jamais renouvelé l’expérience. Cela soufflait trop le chaud et le froid à mon goût, et ces câlins gratuits donnaient juste envie de payer pour en avoir de meilleurs. Je me suis dit  – et je me dis encore – que cette initiative venait trop tard. Trop de défiances, de tensions, de rancœurs et d’irrespects entre hommes et femmes ont miné durablement des êtres pourtant complémentaires, mais qui ne cesseront plus de se regarder les uns comme des violeurs, les autres comme des hystériques.
Heureusement, il reste le rêve, un rêve calibré et donc forcément malsain, mais pas davantage que le reste du monde, dont il est forcément l’émanation. Le rêve entretient la flamme et donc le souvenir d’un instinct essentiel qui ne doit pas mourir, même si l’on s’en détourne, même si je ne serai plus là pour en profiter si un jour nos petits enfants ou nos arrière-petits enfants retrouvent la pleine raison des sentiments. Je leur souhaite de piétiner avec dégoût le souvenir moisi des années 2010, et de se gausser sans fin des orgueils boursouflés qui nous ont si longtemps aveuglés.

D’ici là, petite fille des antipodes, redis-moi que tu as lu ces lettres que je ne t’ai pas écrites, et qu’elles t’ont rendu heureuse, même si ce n’est pas vrai. Redis-le-moi encore une fois; si tu savais à quel point cela faisait longtemps que j’attendais ça…

J12

 

7 commentaires sur « So I’m Depressed A Bit »

    1. Ah, mais ce n’est pas tout à fait le même travail, ni la même intention. 🙂
      On n’écrit pas de la même façon à une personne qui nous est chère et à une flopée d’inconnus qui ont bien plus de raisons de trouver tout ça longuet. J’ai le souci d’intéresser, d’être compréhensible, de dégager des idées qui ne sont pas les plus évidentes. Là, en plus, il a fallu que j’axe totalement les thématiques autour des figures imposées par les images de la vidéo de la demoiselle, qui ont été à la base de l’idée de ce texte. J’ai passé d’ailleurs plus de temps à le retoucher qu’à l’écrire. Tout ça demande une sophistication, un travail de rédaction, de découpage, qui joue beaucoup dans la qualité qu’on peut trouver à mes textes, mais qui ne caractérisera pas – ou beaucoup moins – des correspondances privées, liées à des problèmes conjugaux. 😉
      Donc oui, je puis tout à fait être ennuyeux en privé, et je suis même à peu près certain d’en avoir ennuyé pas mal avec mes mails. Une relation, c’est toujours un peu anxiogène pour moi. J’ai souvent eu l’impression de devoir écoper avec des mots un bateau qui prenait l’eau. 😉

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      1. D’accord, s’il s’agissait de régler des problèmes relationnels je comprends l’ennui de ces correspondances.
        Moi j’étais plus partie sur les moments heureux et magiques, ceux qui donnent des ailes au bateau où même les mots n’arrivent plus à suivre .. ☺

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      2. Oh, malheureusement, il y a toujours des problèmes à régler. Ce serait trop beau que l’on s’écrive pour le simple plaisir de s’écrire. 🙂
        Les moments heureux et magiques ? Oui, il y en a eu… Enfin, je crois… Ca remonte à longtemps, je ne me souviens pas bien… 😀

        Aimé par 2 personnes

    1. J’en ai écrit, en effet, mais c’était souvent dans un contexte impliquant une absence prolongée ou un éloignement géographique. En fait, quand on vit une histoire au jour le jour, il n’y a pas trop besoin de s’écrire, et quand j’ai des déclarations à faire, je les fais plus volontiers oralement. Il me semble que c’est tout de même mieux. C’est important aussi de sortir la relation du formalisme littéraire. 😉
      On m’a aussi écrit de très belles lettres, ce sont les seules que j’ai gardées d’ailleurs, les miennes sont, en théories, perdues…
      Et puis de nos jours, on s’envoie des mails, on ne s’écrit plus de lettres. Plus de feuille de papier pliée, plus d’écriture appliquée… La poésie en prend un sacré coup…
      Je ne suis pas sûr d’en réécrire jamais d’autre. Mais je suis heureux d’avoir écrit toutes celles que j’ai envoyées. Je crois qu’une des plus belles choses que j’ai écrites à une femme, c’est « Je voudrais être le plus bel homme sur Terre pour n’être qu’à toi ». Je le pensais vraiment, en plus. Si Satan avait voulu acheter mon âme en échange de la jeunesse et de la beauté éternelle, j’aurais été vendeur. Mais bon, ces choses-là n’arrivent guère en ces temps modernes… 😉

      Aimé par 2 personnes

  1. Merci pour ce moment…;)
    Très agréable lecture. Cela exprime bien, toutes les frustrations, les déceptions liées aux relations hommes-femmes d’aujourd’hui mais aussi aux relations tout court. Tout est superficiel et ça ne fait qu’empirer.
    En tout cas, j’ai bien ri, car tu as une façon de dire les choses avec humour et légèreté.
    Bon, je n’ai pas trop réfléchi à tout mais je reviendrais peut être après avoir avalé ce tout.

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