Convoi Exceptionnel, Cinéma Conceptuel

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J’ai fait ce soir quelque chose que je n’avais pas fait depuis de nombreuses années, j’ai été au cinéma. Pas une cinémathèque ou un cinéma d’art et d’essai, non, non, un vrai cinéma grand public, avec des vrais films de merde pour le tout-venant. C’est rare que je m’y rende, ou alors c’est qu’un ami balourd ou une copine attendrissante me forcent la main.
Ça fait quelques années que ça ne m’était pas arrivé, j’ai trouvé bien des choses changées, c’est devenu très laid. Certains ont été complètement refaits, en leur donnant des airs futuristes, éclairés d’un néon blanchâtre, ce qui leur donne un faux air de couloirs du métro de la ligne 14. Les cinémas ont été envahis par des distributeurs automatiques de pop-corn et autres sucreries américaines qui ont l’air aussi glauques qu’un épisode de « Happy Days ». Dans celui où je suis allé aujourd’hui, j’ai même aperçu, un peu en retrait, comme honteusement éloigné des spotlights, un petit rayon aux faux airs de chariot des 4 Saisons, proposant des snacks ainsi que des mini-saucissons. Sans blague, il y a des gens qui croquent du saucisson dans des salles de cinéma ?

Je parle beaucoup de nourriture, parce que le rayonnage de snacks représente à peu près 75% de la surface d’accueil du cinéma, à tel point que je ne sais pas si on y mange en regardant un film, ou si on y regarde un film en mangeant. Il y a même un glacier avec une dizaine de bacs de toutes les couleurs, et un type qui est apparemment payé pour attendre que des clients, qui ne sont pas venus pour manger une glace en plein mois de mars, lui en commandent une.
La caisse du cinéma est au bout de cet imposant rayonnage de victuailles, comme dans une cafétéria. On est presque surpris de ne pas en repartir avec un plateau.
J’ai compris le pourquoi de la présence du glacier quand je suis entré dans la salle de projection, qu’une climatisation perverse rendait chaude et desséchée comme un jour de canicule. Je respirais même avec difficulté. On sentait dans cet air vicié, étouffant comme un nuage de pollution, la volonté déterminée d’assoiffer le spectateur. Je me suis félicité d’avoir emporté avec moi une petite bouteille d’eau, mettant toujours un point d’honneur à ne jamais faire marcher le commerce quand il est agressif. Si tout le monde faisait comme ça…
Il n’empêche, quand je suis ressorti, j’étais bien déshydraté et j’ai préféré rentrer chez moi à pied. Même chargé d’hydrocarbures, l’air parisien reste frais, humide et venteux, et ça ne fait pas de mal après deux heures passées dans un four à pain.
Je m’étais débrouillé pour venir suffisamment tard pour éviter les spots publicitaires, mais pas suffisamment hélas pour rater les bandes-annonces, et comme à chaque fois, je suis resté confondu par les bouses infâmes qu’on tourne de nos jours et que des gens aillent les voir sans s’y s’ennuyer . J’ai regardé notamment la bande-annonce d’un film avec Nick Nolte, dont j’ai oublié le titre, racontant l’histoire, à ce que j’ai compris, d’une petite fille qui vit des choses formidables, quoique non sexuelles, avec son grand-père gâteux et agonisant, et qui l’accompagne dans les endroits où il a été dans sa jeunesse, pendant que la famille tout autour distribue des bons points et des sourires bienveillants. C’est de l’émotion lacrymale en diarrhée teintée de guimauve, encombrée de crucifix et de terreur de la mort, puant le faux amour évangélique. Heureusement que je n’avais rien mangé, je l’aurais vomi illico.
Après, il y a eu la bande-annonce d’un autre film, une comédie appelée « Shazam », et racontant grosso modo l’histoire d’un super héros qui est un gros beauf rigolard et qui en est fier. Il me semble que ça a déjà été fait. Il me semble aussi que les modèles originaux de super héros étaient déjà des gros beaufs, mais moins comiques, bien que ça s’appelle initialement des « comics ». Enfin, là, ça essaye d’être rigolo. Mais je ne sais pas quelle sorte de gens rit à d’aussi grasses pitreries. Je n’ai pas ça dans mon entourage, en tout cas.
Ceci étant dit, je reste quand même interloqué de me prendre dans la figure toute la promo des daubes hollywoodiennes alors que je suis venu voir le dernier Bertrand Blier, et je ne trouve pas ça spécialement normal, et encore moins agréable.
Il faut dire que le cinéma n’est plus tellement un lieu agréable. De plus, je suis tombé sur une promotion à la con, les Journées du Cinéma, ou le Printemps du Cinéma ou je ne sais quoi du Cinéma, justifiant qu’on vende des places à moitié prix, ce qui est dramatique dans le sens où tous les crevards s’y précipitent. J’ai donc hérité, dans cette salle peu remplie un dimanche soir, d’une brochette de jeunes puceaux cantonnés au fond de la salle, venus voir à moindre frais un film avec Depardieu parce qu’il est drôle, sauf que le film justement n’est pas très drôle et parle de sujets qui échappent à la jeunesse. Il y avait donc une gêne chez ces jeunes gens qui riaient trop forts, commentaient l’action, et ont fini par se prendre un « Fermez vos gueules, petits cons ! » qu’ils n’avaient pas volé. L’un d’eux y répondit en sortant son smartphone et en téléphonant à un pote comme s’il était tout seul dans sa chambre.
Dix minutes plus tard, ramené par un spectateur, l’agent de sécurité évacuait cette petite bande de couillons en mode rebelle-à-4€, qui sortirent en prenant des attitudes de rappeurs roulant des épaules, ce qui était assez comique vu la maigreur décharnée de leurs silhouettes, recouvertes de vêtements swag au moins trois tailles au-dessus de la triste réalité de leurs carcasses rongées précocement par les nerfs.
En dehors de cet incident, il y eut quelques rageurs qui quittèrent le film en plein milieu, mettant un point d’honneur à partir avec brutalité et fermeté, comme si on tentait de leur refiler une camelote. Je n’avais pas vu ça depuis « Inland Empire » de David Lynch. Là, ça a été la pire hémorragie que j’ai jamais vu : la moitié des spectateurs était partie aux deux tiers du film, avec en moyenne une défection toutes les dix minutes. Impressionnant !
On ne s’en doute guère, mais quitter la salle avant la fin, c’est un acte douloureux. Le lâcheur a beau vouloir donner à sa sortie un certain panache, une certaine désinvolture, le regard qu’il jette en arrière lui fait prendre la mesure du nombre de tous ceux qui restent, absorbés par ce qui se passe sur l’écran, indifférents à cette silhouette grognonne qui passe devant eux et dont ils auront oublié la fugitive existence quelques minutes plus tard.
Ceci dit, ne vous y trompez pas. Un film où les spectateurs quittent la salle avant la fin est généralement un très bon film, ou plus exactement un film qui vaut mieux que le public qui va habituellement au cinéma. L’air de rien, les gens sont profondément formatés pour réagir de manière tout à fait prévisible au déroulement d’un film. Beaucoup avouent qu’ils regarderont un mauvais film jusqu’au bout, parce qu’ils veulent quand même savoir la fin. Un film dont ils ne veulent pas savoir la fin, c’est généralement un film dont ils n’ont pas compris le début. C’est le froissement de l’orgueil qui amène le cinéphile de base à fuir un spectacle qui le confronte à ses propres limites. Un vrai navet, ça rassure. Un navet ne cache rien de sa médiocrité, il valorise le spectateur en ne cherchant pas à duper son public. C’est un mauvais plat, mais la recette est bonne et éprouvée. C’est quand la cuisine elle-même devient expérimentale que l’homme qui se félicite de comprendre des histoires simples réalise qu’en fait, il ne sait pas en comprendre d’autres, et forcément, il se vexe.
Le film que je suis allé voir aujourd’hui est un film vexant pour pas mal de gens, et d’autant plus vexant que son réalisateur se fait rare, et que son style pourtant fortement codifié finit par être oublié du public cinéphile, qui abuse trop de la quantité pour se préoccuper encore de qualité. Il suffit que l’image soit belle, que l’émotion soit à fleur de peau, qu’il y ait un cocktail savamment dosé de romantisme, de sexe, d’action et d’idéologie réactionnaire pour que le cinéphile de base s’estime satisfait et s’enlise dans cette ornière déclinable à l’infini.

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Dix-huitième long-métrage de Bertrand Blier, « Convoi Exceptionnel » n’est précisément rien de tout cela. C’est un film sans réellement de début, ni de fin, partant comme souvent d’un pitch embryonnaire pour s’épanouir dans un surréalisme glacé, faussement absurde, parcouru par des acteurs vieillis, exigeants, dont les figures connues sont malmenées, distordues, fragilisées, saignées à blanc dans une poésie dérangeante. Il faut avoir un peu de bouteille, pour jouer chez Blier, et ne pas avoir peur d’y écorner son image. Le réalisateur fait souvent des miracles. On se souvient de l’incroyable performance d’Alain Delon en ivrogne autodestructeur dans « Notre Histoire », de celle d’Anouk Grinberg en écolière banlieusarde dans « 1, 2, 3, Soleil » ou en putain amoureuse dans « Mon Homme », de Jean Carmet en psychopathe tueur de femmes dans « Buffet Froid », de Josiane Balasko en objet de passion charnelle dans « Trop Belle Pour Toi ».
Blier a aussi connu quelques échecs : Coluche médiocre et balourd dans « La Femme De Mon Pote », et le duo raté Jean Dujardin/Albert Dupontel, incapables eux aussi de sortir de leurs personnages dans « Le Bruit Des Glaçons ». Neuf ans après ce dernier film, Bertrand Blier effectue aujourd’hui son retour avec le souci de ne pas trop prendre de risques en ce domaine. Depardieu est son acteur fétiche depuis ses débuts, Blier le connait sur le bout des ongles. Christian Clavier a acquis avec l’âge une gravité qui lui faisait défaut dans sa jeunesse, et qui se prête merveilleusement à l’univers de Bertrand Blier. Avec des professionnels aussi chevronnés, et qui ont déjà à plusieurs reprises tournés ensemble dans des rôles très variés (dont ceux d’Astérix et Obélix), l’alchimie ne pouvait que fonctionner, et en effet elle fonctionne.
« Convoi Exceptionnel » est un bon film, tout à fait typique de son auteur, auquel on ne reprochera véritablement que deux choses : une tendance un peu trop grande à revisiter des personnages et des situations déjà abordés à plusieurs reprises, et une ambiance, ou plus exactement une teinte d’images, de polar télévisé des années 80. Tourné à Bruxelles, qui ressemble fort à Paris dans ce film, et assez souvent en pleine nuit, « Convoi Exceptionnel » évoque principalement trois films : « Buffet Froid », « Les Acteurs » et « Les Côtelettes ».
De « Buffet Froid », Bertrand Blier emprunte l’errance nocturne d’êtres à la dérive, le climat policier marqué par des complicités de circonstances et des trahisons entre amis, et le goût prononcé pour les strangulations. Du film « Les Acteurs », il imite le scénario vif et décousu, enchaînement de saynètes sans forcément beaucoup de cohérence, à la seule fin d’offrir à chaque personnage une scène qui le mette en valeur. Des « Côtelettes », il reprend le personnage digne et mortifié de Farida Rahouadj, sa compagne, à nouveau sublimée par un Blier enamouré.
Tout cela est évidemment tout ou partie de la patte artistique de Bertrand Blier, mais on ne peut s’empêcher de songer que ces relectures de scènes classiques ne sont pas aussi vibrantes que les versions dont elles s’inspirent. On regrette surtout, en fait, que Blier ne retrouve pas fatalement l’inspiration première. Malgré quelques beaux moments de poésie, et quelques truculences gauloises appréciables, la prose de « Convoi Exceptionnel » n’atteint pas le lyrisme exacerbé des précédents films. Je ne suis même pas sûr qu’il restera quelques citations notables de ce film, non pas que Blier ait bâclé son travail, mais en s’aventurant autant dans des terres familières, il était plus ou moins contraint de faire aussi bien, sinon mieux, et on ne peut pas dire qu’il y soit parvenu.
Malgré cet essoufflement créatif dans la rhétorique, que l’on espère temporaire, Bertrand Blier signe globalement un film bien meilleur que « Le Bruit Des Glaçons », parsemé de scènes inégales, mais dont certaines confinent assurément au sublime. Les rôles de femmes sont particulièrement réussis, le monologue de Farida Rahouadj, narrant sa difficile enfance, avec les yeux emplis de larmes scintillant dans une demi-obscurité, est bouleversant, et plus encore, l’étonnante prestation d’Alexandra Lamy, cantonnée jusque là dans des roles fort agaçants de fille vulgaire et extravertie, et dont Blier fait une veuve bourgeoise, cherchant à noyer dans une débauche charnelle le chagrin qui la cueille à la moitié de sa vie. Ce n’est pas exagéré de dire que Bertrand Blier consacre sa plus belle plume à ce monologue, qu’Alexandra Lamy interprète avec une justesse, une authenticité et une sobriété qui m’ont particulièrement ému. Pour moi, cette scène est clairement la meilleure du film.
Je l’ai dit, mais je le redis : Christian Clavier fait aussi une performance remarquable, moins dans un rôle à contre-emploi que dans un aboutissement à la fois réaliste et sordide de son personnage fort éprouvé de bourgeois guindé et colérique. Il est par ailleurs bien moins bavard dans ce film que dans la plupart des autres. C’est surtout son regard qui est saisissant : noir, creusé, exprimant une détresse profonde et muette, de plus en plus impossible à dissimuler au fur et à mesure que le récit progresse. On le retrouve en manipulateur raté, dépassé par les événements, rôle qu’il a souvent affectionné, mais débarrassé du prétexte de la comédie. Brutalement transféré dans un réalisme crû, son personnage apparaît dans toute sa hideur nombriliste, dans tout l’écœurement de son égoïsme.
En comparaison, la performance de Gérard Depardieu apparaît un peu faible. Blier a assez dit lors de la promotion que Depardieu n’apprenait pas son texte et se le faisait dire au cours du tournage via une oreillette. Hélas, quelque chose se voit de cette prise de distance, de cette abstraction intérieure qui donne un sentiment d’absence, d’inattention, chez un acteur pourtant charismatique. Certes, son personnage est primaire, un peu ahuri à la base, mais il y a des scènes plus intenses où l’on sent très clairement que Depardieu ne donne pas toute sa mesure. C’est d’autant plus frappant que son partenaire, lui, s’investit totalement dans son personnage, et que ce contraste ne joue pas en la faveur de Gérard Depardieu.
Alex Lutz semble lui aussi un peu ailleurs, ou du moins assez mal à l’aise dans son rôle. C’est à la fois dommage et étrange, car c’est un acteur tout à fait talentueux, même dans des rôles sans intérêt. Sa fadeur ici semble incompréhensible.
En revanche, j’ai découvert dans ce film Audrey Dana, qui semble avoir depuis près de quinze ans une carrière prolifique dans le genre de longs-métrages français ultrachiants que je ne vais jamais voir, mais qui rayonne véritablement dans ce film, tellement parfaite en personnage de Bertrand Blier qu’on croirait presque qu’il l’a modelée lui-même. Je serais assez enthousiaste à l’idée qu’elle tourne à nouveau dans ses prochains films. C’est une recrue inespérée.
On notera également la très touchante interprétation de Guy Marchand dans un rôle hélas très bref de producteur malchanceux réduit à la mendicité. Ironiquement coiffé d’un chapeau évoquant son rôle populaire de Nestor Burma, il interprète un personnage totalement à l’opposé de ce fameux détective : loser, minable, pathétique, ruiné, abandonné, sans plus aucune dignité. Il y est extraordinaire, mais il est dommage qu’il ne fasse qu’une apparition.

Audrey Dana

Enfin, après ce tour d’horizon du casting, je conclurai cet article sur la thématique du film, en partant déjà du pitch de base : deux hommes plus très jeunes se retrouvent obligés de suivre un scénario meurtrier qui leur est communiqué au fur et à mesure par des inconnus. Ce postulat de départ se noie néanmoins en milieu de film, et il n’est rapidement plus question de scénario, mais d’une histoire, celle d’une vie ou de plusieurs vies qui s’entremêlent mais ne mènent nulle part.
On a beaucoup ergoté sur l’absurdité de ce postulat, mais il est loin d’être aussi absurde qu’on ne le pense, il obéit même à certains codes très académiques du symbolisme. Les personnages ici sont des hommes et des femmes parvenus à un âge suffisamment avancé pour ne plus rien attendre ni espérer de l’existence. Ils ont « merdé », selon le terme utilisé à plusieurs reprises dans le film. Leur besoin de se raccrocher à un scénario compense le fait que leurs vies n’aient suivi aucun canevas, et qu’ils aient été au final victimes des circonstances : Taupin pleure la femme qu’il a perdue, Foster se plaint de celle qui lui reste. L’un est riche, l’autre est pauvre, mais ils partagent une même insatisfaction de leurs existences. Sans être viscéralement des assassins, cette opportunité de tuer quelqu’un, sans même qu’il y ait de raison ou d’intérêt personnel en jeu, excite en eux une joie féroce de nuire à leur prochain. il semble que ces vies arbitraires, qu’un scénario leur demande d’interrompre, les console d’avoir raté leurs propres existences. Mais tout comme leurs destinées, le scénario leur échappe, il finit même par échapper à ceux qui l’écrivent, une équipe de rédacteurs de séries télévisées, soucieux de plaire au public mais ayant au final chacun leur propre idée de ce que le public attend. Tout cela suggère que rien n’est jamais écrit, et que si nos destins nous échappent, c’est qu’au final il est vain de prétendre les écrire pour nous ou pour les autres, car l’histoire qu’on veut consigner, le destin qu’on veut suivre, profitent de nos erreurs pour échapper à notre contrôle et nous mener là où ils veulent.
La dernière partie du film est assez déconcertante, l’histoire semble repartir à zéro et les rôles sont redistribués : Taupin devient un riche bourgeois et Foster est un SDF vivant dans la rue. Une nouvelle intrigue naît de cette nouvelle rencontre, mais tout cela, encore une fois, débouche sur un meurtre, avec le même assassin et le même complice. Une façon, à mon sens, de laisser entendre que les disparités sociales ne font pas de nous autre chose que ce que nos mauvaises pulsions nous poussent à devenir, de toutes manières. Taupin et Foster sont deux ratés, deux « connards » égoïstes, voués à s’utiliser l’un l’autre pour commettre l’irréparable. Changez les rôles, modifiez le décor, revoyez les circonstances, cela mènera au même résultat avec quelques variantes négligeables. On sent que Bertrand Blier accorde volontiers plus de compassion au plus pauvre des deux, qu’il éprouve une tendresse prononcée pour les êtres que la vie a brisés sans leur donner la moindre chance, mais il n’en est pas moins lucide sur le fait que personne n’est totalement étranger à son destin, et que derrière toute déchéance, se cachent les mauvais vices, les orgueils malsains, la bêtise crasse qui fera toujours chuter celui ou celle qui s’y abandonne.

« Convoi Exceptionnel » est donc un film beaucoup plus intéressant qu’il en a l’air, même si c’est assurément l’un des plus inconfortables de Bertrand Blier, car on y passe avec frénésie de l’humour noir au drame humain, sans forcément arriver à suivre. On ne rit jamais bien longtemps, la détresse est au coin de la prochaine scène. Ce côté bipolaire, en montagnes russes, aggravé d’une bande son dépressive et omniprésente, peut parfois agacer, mais on y retrouve sensiblement la très forte influence d’Henri-Georges Clouzot, dont le cinéma tourmenté fut le secret de la vocation de Bertrand Blier.
C’est un film hanté par la vieillesse et la mort, le regret et le gâchis, et qui sur ce plan-là, s’inscrit dans la lignée du « Bruit des Glaçons », qui abordait déjà ces thèmes obsessionnels. Le duo d’acteurs est plus réussi dans « Convoi Exceptionnel », même si ce qu’il y a de meilleur dans le film donnera à n’importe quel fan de Bertrand Blier un sentiment plutôt malaisé de déjà vu. Néanmoins, on ne s’y ennuie pas, on retrouve un univers qu’on apprécie, et une qualité cinématographique dont Bertrand Blier est sans doute le tout dernier représentant. Hâtons-nous d’en profiter…

Bande-annonce :

 

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