April : L’Erreur Est Hymen

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Regards sur la Pop Féminine Coréenne #6 ————————————————————————–

 

Dès les premières images, montrant une cassette VHS flashy entrant dans un magnétoscope recouvert de fourrure rose, le ton est ici donné : back to the 80’s, une nostalgie clairement assumée en Corée du Sud, même si l’on peut se demander ce que cela peut bien évoquer au public adolescent auquel ce genre de clip s’adresse en priorité.
Nous nous retrouvons donc, n’ayons pas peur des mots, dans une Amérique vintage de pacotille où les six demoiselles d’April vont rejouer brièvement une série de poses ou de saynètes évoquant pour la plupart des séries télévisées américaines des années 80. Sur le plan vestimentaire, le tenues sont assez bien choisies, même si elles sont un tantinet trop extravagantes pour être le genre de choses que portaient de simples étudiantes. En ce qui concerne le décor dans lequel elles évoluent, on est nettement plus dans le bricolage inspiré mais néanmoins assez outrageusement fauché. Un même studio, au décor modifié selon les jours, sert tout à la fois de garage, de salon, de chambre, de salle de cours et de terrain de base-ball, où vivent et s’amusent nos lolitas échauffées, et nouvellement échauffées d’ailleurs.
Car April, jusque là, sans être pour autant un groupe de musique pour enfants, s’était beaucoup cantonné dans une esthétique « disneyenne » tout à fait prude et enfantine, s’y accrochant d’autant mieux que le groupe a connu beaucoup de changement de personnel jusqu’à son actuel line-up qu’on peut censément juger définitif. Depuis l’arrivée en 2016 de la très belle Chaekyung, devenue la leader du groupe de par son droit d’aînesse (car la hiérarchie au sein d’un groupe est d’abord basée sur l’âge, avant de l’être sur la popularité d’un de ses membres, ce qui entraîne d’ailleurs parfois quelques conflits d’ego), le groupe April s’est enrichie d’une personnalité sensuelle qui allait ouvrir le groupe a de nouveaux horizons plus volontiers salaces.

Sorti en début d’année, le single « The Blue Bird » explorait déjà pour la première fois une mise en scène plus mature, montrant les jeunes femmes élégamment vêtues dans de prestigieux hôtels luxueux à la française. Peut-être un peu brutal comme entrée dans l’âge adulte, les fans en avaient été un peu déconcertés. Aussi le nouveau mini-album est-il à l’opposé du précédent, aussi rouge que l’autre était bleu, aussi volage que l’autre était romantique, tout cela pour un hymne au papillonnage à peine voilé, porté par une mélodie légère et aérienne, qui fleure bon les grandes vacances.
Il faut dire qu’entre temps, il y a eu le phénoménal carton du single « Ildo Eobso » (« I’m So Sick ») d’APink et de son clip ultra-sexy (52 millions de vues sur YouTube, à l’heure où j’écris ces lignes), qui marquait là aussi la métamorphose d’un groupe de petites jeunes filles sages en divas provocatrices et sensuelles, pour la plus grande joie de leur public, majoritairement constitué de garçons.
Nul doute que ce succès fut déterminant pour April, même si leur agence n’a pas voulu pousser l’audace aussi loin qu’APink. Oui, les six nymphettes d’April sont désormais sorties de l’enfance, se maquillent et se mettent du rouge à lèvres, mais on ne va pas en faire des jeunes femmes délurées pour autant. Déjà, on les maintient dans cet univers américanisé qui a toujours été le leur, et on en fait des étudiantes de campus, studieuses (elles sont entourées de livres et de cahiers), mais aussi très excitées à l’idée de vivre leurs premiers flirts, se parant de vêtements et d’accessoires ultra-féminins, d’apparence sages mais néanmoins aguicheurs. Les regards se font coquins, audacieux, elles deviennent des « ideal girlfriends » tout à fait enviables, et on a beau savoir que tout cela n’est que du flan, on se laisse volontiers harponner le cœur par ces petites lolitas heureuses de vivre, perpétuellement souriantes et offertes, dont la grâce juvénile et la sensualité assumée tranchent si délicieusement avec les harpies névrosées que l’on côtoie sous nos tristes latitudes.

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Pour que cette subtile métamorphose soit pleinement aboutie, il fallait un single fort et enthousiasmant. « Yeppun Ge Joe » (« Pretty Sin », finalement renommé à l’international « Oh My Mistake » sans doute par pudibonderie) est un hymne synth-pop assez bien calibré pour ce projet, dont les sonorités ouvertement new-wave ont vraiment quelque chose d’immédiatement réjouissant et passéiste. Une rythmique minimale et glacée, qui se retrouve tendrement réchauffée par les voix féminines et haut perchées des lolitas d’April. Les claviers y sont discrets, brumeux, volontiers glamour, parfois recherchant ouvertement des teintes kitschs ou easy-listening. Une musique douce, légère et néanmoins nerveuses, au phrasé vivace et empressé, et qui n’a d’autre prétention que d’incarner l’âge d’or de la féminité puérile.
Le clip demeure une merveilleuse illustration de cet état d’esprit. Tout y évoque avec une précision d’entomologiste la mode et les décorations du début des années 80, avec le souci de tout maintenir dans des teintes pâles jaune-rose-orangé, censées évoquer l’image des VHS des années 80 – assez inexactement d’ailleurs, les couleurs sur les VHS étaient parfois au contraire très intenses et baveuses. Mais on comprend que l’idée générale de l’aspect graphique, que l’on croise d’ailleurs dans les clips d’autres groupes similaires, est de paraître délavé par le temps.
Ce côté vintage renforcé par de nombreux accessoires d’époque – ou imitations d’époque – est pour beaucoup dans le charme de ce petit clip, auquel on reprochera juste de donner parfois dans une surenchère déco qui ne correspond à rien de ce qui pouvait se trouver à l’époque. Trop de paillettes, de fourrures, de photos punaisées aux murs, de cartes postales avec des noms américains, prouvent que le mieux est l’ennemi du bien. Soucieux de rendre le plus crédible possible la reconstitution, les réalisateurs du clip ont inclus bien trop de détails, mais on reste  interdits et admiratifs en songeant aux nombreuses heures qu’ont nécessité la fabrication de tels décors à la seule fin d’un clip de 3 minutes.
Néanmoins, plus on revoit ce clip, plus hélas on en voit les maladresses, ce qui est un peu dommage, car c’est quelque part un travail remarquable qui sublime la beauté des six jeunes femmes. Le passage le plus douteux est finalement celui qui tente de figurer un terrain de base-ball, fausse scène extérieure tournée en studio (et ça se voit beaucoup), où la délicieuse Na Eun arbore à la main gauche un gant de base-ball qui m’a l’air tout bonnement taillé dans du carton épais. De même, dans les scènes où les jeunes filles se restaurent dans une sorte de bar américain, on a peine à croire que ces silhouettes menues et sans nul doute contraintes quotidiennement à un régime draconien, soient en mesure d’avaler, même à six, l’impressionnante quantité de burgers géants et de milk-shakes qui s’étalent sur leur table commune.
Néanmoins, ne faisons pas de mauvais procès à ce clip, car « Pretty Sin / Oh, My Mistake » ne se veut nullement réaliste, le changement constant de couleurs des lentilles de ces jeunes filles, d’un plan à l’autre, en témoigne suffisamment, de même que tous les effets d’images VHS, à la fois soigneusement reproduits et sobrement utilisés, qui serreront certainement le cœur de tous ceux qui, comme moi, ont grandi avec cet appareil déjà relégué au rang des souvenirs qu’est le magnétoscope, et dont les innombrables défauts, qui nous faisaient enrager à l’époque, ont marqué toute une génération, et ont fini par susciter une nostalgie.
Il faut prendre le clip de « Pretty Sin / Oh, My Mistake » pour ce qu’il est : un hommage vibrant aux rêveries adolescentes des années 80, baignées de séries et de films américains qui ont fait croire à des millions et des millions de jeunes gens que la vie était plus belle dans le pays de Donald Trump, pas encore président à cette époque, mais déjà riche et célèbre, déjà un emblème bien plus réaliste du mode de vie américain.

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Il faut prendre le clip de « Pretty Sin / Oh, My Mistake » pour ce qu’il est : un hommage vibrant aux rêveries adolescentes des années 80, baignées de séries et de films américains qui ont fait croire à des millions et des millions de jeunes gens que la vie était plus belle dans le pays de Donald Trump, pas encore président à cette époque, mais déjà riche et célèbre, déjà un emblème bien plus réaliste du mode de vie américain.
Ce single est extrait du 6ème mini-album d’April, « The Ruby », qui est clairement leur meilleur disque à ce jour, même s’il s’inspire assez ouvertement des derniers opus de Lovelyz, APink et DIA. Il reste sans doute encore au groupe à se forger une réelle personnalité musicale, mais indéniablement, elles sont sur la bonne voie.

Ci-dessous, la prestation live télévisée d’April qui m’a semblé la plus réussie. Chaekyung y est particulièrement torride.

Mini-album : « The Ruby » (DSP Media, Inc). Disponible via le site Asiaworldmusic.fr ou dans la boutique parisienne Musica.

 

 

 

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