Nick La Peau Lisse

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Après la stigmatisation des hommes, des homosexuels, des juifs, des musulmans et des mangeurs de viandes, il semble que nous nous dirigions vers une nouvelle lubie qui permettrait à chacun, elle aussi,  de rendre les autres responsables de sa propre médiocrité. Sensiblement, ces derniers mois, le racisme resurgit dans les médias, sans refléter pourtant les problèmes d’actualité que l’on serait tenté d’accuser de mauvaise influence. C’est d’ailleurs un terrible constat d’échec pour tous les partisans de l’égalité que de voir les vieilles hostilités instinctives survivre à tous les discours moralisateurs, en se passant même d’un contexte défini. C’est terrifiant de voir ressortir, même pas dépoussiérées, les bonnes vieilles formules sur la couleur de peau, sur la race, sur les blancs qui ne sont pas sportifs, sur les noirs qui sont des singes, sur les asiatiques qui sont des mafieux, sur les juifs qui veulent acheter le monde, sur les musulmans qui veulent l’asservir, sur les migrants qui viennent s’enrichir avec le RSA, etc…
On peut se dire que c’est précisément parce que toutes ces haines sont infondées qu’elles renouvellent aussi peu leurs griefs. Il n’empêche qu’on aimerait bien entendre d’autres sérénades que celles qui consistent à lister les races inférieures, à la seule fin de se prétendre soi-même d’essence supérieure.
Il y a dans toute forme de discrimination la même rengaine mégalomane de personnes ordinaires, voire moins que ça, qui cherchent dans les lois naturelles ou dans la pureté du sang, une aristocratie de l’âme qui ferait d’eux les individus d’élite qu’ils ne sont pas et qu’ils ne seront jamais. Et encore, tout cela n’est véritablement qu’un prétexte, l’unique objectif étant de faire payer à d’autres le fait qu’on ait soi-même perdu au jeu de la vie.
Une chose est sûre : la différence devient un problème. Toute sorte de différence. Le mot d’ordre le plus collectif, c’est paradoxalement celui qui dit sous une forme plus souple : « Vive les gens comme moi, à mort tous les autres ! »

La bonne nouvelle, c’est que ça va rarement plus loin. C’est tellement primitif que ça peine à se dresser sur ses deux pattes, ça se maintient dans le règne animal. Nous avons eu la semaine dernière le triste exemple d’un Eric Zemmour qui trouvait que porter un prénom pas français en France avait quelque chose d’injurieux. Sur quoi se basait-il pour affirmer cela ? Mystère… Aujourd’hui, nous avons un obscur rappeur de YouTube qui appelle à pendre les blancs. Pour quelle raison ? Aucune en particulier… Pas de concept, pas d’autre message qu’un appel au meurtre mollasson et dépassionné. Derrière tout cela, rien d’autre que l’ego quelque peu boursouflé d’un imbécile qui n’a pas peur de traîner ses rêves de gloire dans le sang afin qu’on les distingue mieux dans la lumière.

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Car disons-le d’entrée de jeu : nous n’avons pas affaire ici à un véritable raciste anti-blancs, mais bel et bien à un idiot du village, à la tête probablement embrumée d’herbes prohibées et de souvenirs de films de série Z. S’il était besoin d’en avoir la preuve, il suffit déjà de contempler le pendentif qu’affiche ce triste bonhomme durant tout son clip : un Jésus crucifié, symbole du christianisme, et donc de la civilisation occidentale « blanche ». Symbole aussi de la colonisation, dont le prétexte initial était la conversion des sauvages, sans lequel l’esclavage des Noirs d’Afrique n’aurait pas pu être aussi « divinement » justifié. C’est en effet parce que l’on apportait la bonne parole et le message du Christ à ces populations tribales, soi-disant, que l’on pouvait se permettre d’occuper leurs territoires, de piller leurs richesses, de pousser l’action civilisatrice et pédagogique jusqu’au viol des femmes noires par les bons pères blancs, qui n’avaient pas encore le goût des petits garçons en ce temps-là, avec cette fameuse position sexuelle qui aujourd’hui encore conserve le nom de « missionnaire ».
Bref, c’est dire si ce jeune homme, s’il voulait être cohérent dans le racisme de sa démarche, commencerait déjà par chercher sa caution spirituelle dans les dieux païens auxquels croyaient ses ancêtres, et dont les fétiches, les sculptures et les accessoires de prière n’intéressent pratiquement plus que les Blancs, et particulièrement les antiquaires. Mais nul doute que ce rappeur ne doit pas être très calé dans l’histoire de son pays d’origine. Ce pays, d’ailleurs, c’est le Cameroun. L’homme chantonne, au début du clip, une petite ballade camerounaise. Nul doute qu’il ressent un attachement patriotique très fort pour le Cameroun.
Il a tort !
Car le Cameroun est un pays inventé par les Blancs, au XIXème siècle, à partir de quatre royaumes africains voisins (Adamaoua, Bamoun, Bodjongo, Garoua), arraisonnées et dominés par l’Allemagne. On y parle aujourd’hui officiellement ces deux langues épouvantablement blanches et coloniales que sont le français et l’anglais… Et voyez comme c’est drôle, ce monsieur chante sa chanson en français, et la sous-titre en anglais. Comment se fait-il qu’il n’ait pas pensé à s’exprimer en langue bantou, la langue historiquement liée au peuple noir de cette région d’Afrique ? Mais il est vrai que dans ses « lyrics », il ne parle que des Blancs et de quelques célébrités noires. Peut-être que les Noirs ordinaires ne l’intéresse pas ? Peut-être que la culture africaine lui semble méprisable, au fond ?

Vous remarquerez que je ne dis pas le nom de ce jeune homme, précisément parce que c’est exactement ce qu’il cherche : à faire circuler son nom. Or, ce type n’est absolument personne, il n’y a pas à se souvenir de lui, malgré le mal qu’il se donne – et inutilement – pour marquer les esprits. D’ailleurs, ce n’est pas son vrai nom, c’est un collage de deux prénoms américains. Son véritable pays de référence, c’est l’Amérique… Le pays le plus esclavagiste au monde, le seul qui ait dû être contraint à une guerre civile pour mettre fin à l’esclavage. Le pays qui a inventé le Ku Klux Klan ! Quoi de plus logique, n’est-ce pas, quand on nourrit une haine de la race blanche, que de se donner un nom américain, de faire un morceau dans un genre musical américain, de tourner un clip inspiré des thrillers américains ?…
Bref, on l’aura compris, tout ça n’est que le mauvais buzz d’un pauvre toto bien décidé à faire parler de lui, et qui ne va pas tarder à le regretter. Car en effet, ce genre de choses fonctionne quand on a du talent. Orelsan avait pu se faire connaître grâce au single « Sale Pute », qui donnait dans une misogynie grossière, mais il y avait du texte, il y avait un interprète qui savait enchaîner les mots (en dépit de sa dramatique couleur blanche). Là, le souci, c’est qu’il n’y a rien, un « flow » monotone et linéaire, déclamant un texte faiblard torché probablement un soir de beuverie, où se trouvent défoulés les aigreurs et les frustrations d’un petit Noir qui aurait donné n’importe quoi pour être Blanc.

Ce qu’il y a de plus dramatique dans ce clip, c’est que ce n’est même pas tant que ça une propagande contre les Blancs, c’est bien plus une propagande contre les Noirs, c’est une incitation au racisme dans ce qu’il a de plus traditionnel. Car si je résume les neuf interminables minutes de ce clip d’une rare indigence, il s’agit d’un jeune homme blanc, innocent et non armé, qui est capturé, violenté, torturé et exécuté par deux hommes noirs armés, et sans autre motivation que le sadisme pur. Enfin, pas si pur que ça, d’ailleurs, car il y a dans toute cette mise en scène minable un côté porno gay amateur qui témoigne d’une homosexualité refoulée et tourmentée chez ce rappeur gringalet qui ne sait comment donner une image virile de sa chétive personne.

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Le symbole phallique de l’arme à feu est ici la représentation assez jouissive d’une érection sans doute plus vaillante que celle dont est réellement capable ce pauvre petit bonhomme aux rêves douteux de Justicier-Dans-La-Ville (un fantasme de WASP – White-Anglo-Saxon-Protestant – soit dit en passant, et ce n’est pas Charles Bronson ou Chuck Norris qui me contrediront).
Déjà, par quel miracle ce jeune homme que l’on enferme dans un coffre de voiture avec un blouson et un tee-shirt en est-il extrait torse nu et en slip ? À quoi donc sert cette nudité soumise et apeurée, sinon à éveiller de bien étranges pulsions chez de jeunes Noirs, dont la cause racialiste ne me semble pourtant pas originellement liée au sado-masochisme homosexuel ?
Les femmes sont quasiment absentes de cette vengeance symbolique, c’est à peine si l’on en aperçoit une, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’incite pas à la gaudriole. La mort et le sexe sont ici, selon notre ami rappeur, une affaire de mâles entre eux.
Si ce jeune homme va en prison suite à la diffusion de ce clip, au moins sera-t-il assuré de ne pas être totalement dépaysé par rapport à son idéal…

Le plus triste finalement, c’est de se rendre compte qu’il y a en France des personnes d’origines africaines, qui ne sont pas des descendants d’esclaves, dont les ancêtres n’ont pas été aussi malmenés que dans les champs de coton de Virginie, mais qui adhèrent à la cause noire d’un autre continent tout en consommant culturellement et aveuglément tous les produits d’un « entertainment » blanc américain, qui ne songe qu’à abrutir les gens en les enchaînant à leurs bas-instincts.
Au nom de ce qu’a pu subir la population noire à l’autre bout du monde, un triste couillon du Val-de-Marne, imprégné d’un sentiment d’injustice qui n’est pourtant pas le sien, n’hésite pas à se mettre en scène comme oppresseur, persuadé que les gens vont comprendre, faire le rapprochement où penser réellement qu’on peut comparer Malcolm X et Michael Jordan, comme si c’était la même autorité blanche qui avait tué l’un et poussé l’autre à faire du sport.
En même temps, nous payons tous le prix de la confusion des idées qu’on a laissé fleurir sur la toile, et de la trop grande attention que nous accordons à tous les geignards en quête de reconnaissance qui veulent exhiber leur vision biscornue de la réalité ou de l’Histoire.
Nous n’osons plus faire taire les gens qui ne savent pas de quoi ils parlent.
Ce rappeur en est le plus éloquent exemple. Ce n’est pas parce qu’il est Noir, parce qu’il est un enfant d’Afrique, qu’il est forcément compétent pour parler de la cause noire, suivant d’ailleurs la même logique qui fait qu’on ne demanderait pas à Louane de donner son opinion sur la guerre de Cent Ans. Il faut cesser de tendre des micros aux imbéciles, aux narcisses, aux opportunistes, simplement pour faire de l’audience ou pour remplir le maigre éphéméride d’une chaîne d’infos essoufflée.
Autant la censure de ce clip me semble problématique si on n’en donne aucune justification, autant l’immense battage médiatique que l’on fait autour de ce cas isolé me semble excessif, d’autant plus excessif qu’il entraîne contre l’auteur de cette vidéo une chasse à l’homme qu’on s’est bien gardé d’exercer contre Eric Zemmour.
Tout le fond du problème de ce clip, ce n’est pas qu’on y voit un Blanc se faire tuer par deux Noirs. Le souci, c’est qu’en France, un Noir sera peut-être tué par des Blancs qui auront vu ce clip, au nom d’une tension raciale étrangère, qui se retrouverait, encore une fois importée, dans un pays où elle n’a pas lieu d’être.
Contrairement à ce qui est dit par les chaînes d’infos, ce clip n’a pas été retiré de YouTube, ou plutôt il a été réuploadé le 26 septembre par un autre compte qui prétend le remettre en ligne « pour mémoire ». Partant de là, ce clip n’a pas fini de circuler, et de fasciner les abrutis de toutes les couleurs de peaux, surtout si la censure le pare d’un masque subversif qu’il n’a jamais réellement eu.
Il n’y a derrière ce clip aucune réelle idéologie, mais il ne sera vraiment pas dur de lui en coller une. Déjà, tous les Suprématistes Blancs pourraient en faire un modèle de film de propagande. Marine Le Pen elle-même n’a pas dû regarder le clip en entier, sinon elle en aurait acheté les droits pour le diffuser en meetings afin de galvaniser ses troupes. Et comme il est fait par des Noirs, il n’y a aucune accusation de manipulation qui soit possible. C’est une balle dans le pied de la civilisation noire, que n’importe qui peut se refiler comme illustration de n’importe quoi. Comment ne pas penser à « Birth Of a Nation », ce film muet de D.W. Griffith sorti en 1915 aux USA, et qui fit tant l’éloge du Ku Klux Klan que les spectateurs, en sortant de la première, s’en allèrent pendre des Noirs du voisinage, avec l’assurance de défendre une juste cause ?
Cela, c’est l’Amérique.
Nous ne sommes pas en Amérique.

On ne pouvait hélas imaginer un document aussi ouvertement suicidaire que ce clip imbécile. Souhaitons seulement que cette apologie du crime racial n’en génère aucun, et que le caractère suicidaire de cette démarche se limite à la carrière artistique de son auteur, laquelle, je pense, ne manquera à personne.

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