La Perversion Des Martyrs

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Il faut se défier des apparences. Qui croirait que cette face cauchemardesque de sorcière précocement flétrie cache le cœur généreux d’une amie, d’une véritable amie ? Une de ces amies que l’on peut appeler à n’importe quelle heure du jour et de la nuit parce qu’on a un petit souci d’argent et qui répond le cœur léger : « Pas de souci, je te fais un virement de 380 000$, tu me rendras ça quand tu pourras »… 

C’est une bien belle histoire, dommage qu’elle ne soit pas vraie, et que ce prêt généreux ne soit que le cache-misère habituel de la corruption hollywoodienne, une manière d’acheter le silence d’une victime d’agression sexuelle qui pourrait ruiner une carrière, même si on hésite à parler de carrière pour cette actrice de série Z, qui ne serait pas là où elle est sans son papa, et dont le rôle de vierge effarouchée, abusée dans la candeur de ses vingt-deux printemps par un producteur porcin, n’est assurément pas le meilleur rôle.
Il faut dire qu’une bonne comédienne se doit de saisir les opportunités, et après deux décennies à tourner dans des navets dont on serait bien ennuyés si on nous demandait de ne citer les titres que de deux d’entre eux, celle qui put, dans les années 90, passer vaguement pour une jolie fille vieillit désormais à l’image de son paternel, le réalisateur de films gore Dario Argento, dans le dessèchement crispé et rabougri d’une âme consumée par les nerfs et psychologiquement tourmentée. De ce fait, pour quelqu’un dont la réussite n’a jamais dépendu que d’un physique agréable et à la mode de « gothic girl » pseudo-dominatrice, la chute est brutale et les propositions de tournages doivent terriblement se raréfier. Alors mettez-vous à sa place ! Ce rôle de martyr suceuse de goret, elle le sentait bien. mais hélas, il faut croire que sa tête était un peu trop grosse pour son auréole.

Asia Argento a voulu incarner un symbole, elle y est parvenue au-delà de ses attentes. Elle est au final le vrai symbole d’Hollywood, et de sa duplicité sournoise, car depuis les débuts du cinéma, les mythiques studios ont toujours privilégié la réussite à l’Américaine, celle qui se fait à coups de dollars et de bites, propulsant en idoles répugnantes des ambitieuses catins au talent inégal et qui n’ont d’autre souci que de polir et d’aseptiser leurs images, parce qu’hélas, ça se voit et ça se voit trop bien qu’aucune étreinte intéressée, en échange d’un rôle ou d’une renommée, ne les effraye réellement. Qui se souvient que Marilyn Monroe avait épousé son producteur, alors sexagénaire ? Qui se souvient que Jean Harlow se vendait au plus offrant et se dévêtait sur demande ? Le cinéma américain, dans toute sa grandeur, n’existerait pas sans les putains et leurs souteneurs… C’est dire si la respectabilité de chacune, de chacun, doit être savamment tissée pour rester une valeur marchande dans une nation puritaine, hypocrite et barbare. Weinstein n’est tombé que parce qu’il a voulu trop en faire, et les avoir toutes, mais il ne s’est guère mépris sur leur nature profonde. Déjà, d’autres ont dû prendre sa place, et poursuivre son commerce avec plus de discrétion et moins d’appétit.
Cela n’empêche évidemment pas les affinités les plus électives, d’autant plus qu’il coûtait peu à des actrices reconnues et désormais célèbres de dénoncer leur pourvoyeur de renommée. Toutes ont loué leur corps et leur savoir-faire horizontal durant les premières années de leur carrière, lorsqu’il s’agissait de se faire un nom parmi les milliers d’autres jolies filles prêtes à toutes les bassesses pour être portées aux nues. Une fois leurs services généreusement rétribués, elles n’ont plus qu’une obsession : faire croire qu’elles doivent tout à leur talent et à la pureté christique de leurs vocations. Démarche puritaine au possible, et pas facilement convaincante alors que certaines de ces stars du grand écran sont aussi refaites au scalpel ou botoxisées que des actrices pornos en recyclage cougar.

2004 Cannes Film Festival - "The Heart Is Deceitful Among All Things" - Premiere

Mais Asia Argento n’appartenait que modérément à ce monde-là, petit cafard italien mégalomane et instable, pressée de faire oublier ses premières armes dans les navets de son père, et qui sont un douloureux passif pour une future féministe. Dario Argento a en effet établi sa postérité avec des films qui montrent des femmes, assez souvent en bas noirs, se faire violer, torturer, trucider de manière sanglante et imaginative, avec un vague côté « video art » typique des années 80, aujourd’hui suffisamment ringard pour inspirer encore une piteuse nostalgie chez une poignée de cinéphiles de fonds de caves.
Le cinéma de série Z était assurément la vocation première d’Asia Argento, qui, hélas pour elle, est née un peu trop tard, ce cinéma ayant été lentement mais sûrement été éradiqué par l’apparition du magnétoscope. Fini les nanars fauchés du cinéma de quartier ! Pas bien grave… Hollywood, c’est tout aussi mauvais et c’est mieux payé ! Et voilà notre petite catin partie chercher son destin, avec l’esprit aussi ouvert et béant que ses orifices.
Elle sut néanmoins se mettre à l’abri de la destinée éphémère des femmes de sa condition, en multipliant les aventures avec des célébrités ou des demi-célébrités, dont elle eut par ci par là des enfants dont il n’est pas certain qu’elle se soit beaucoup occupée. C’est en 1997, selon elle, qu’Harvey Weinstein aurait abusé « oralement » de sa personne, ce qui ne l’aurait pas empêchée de continuer à avoir des relations « consenties » avec lui pendant cinq ans, persuadée qu’il pouvait détruire sa carrière… Ce à quoi, on a quand même envie de répondre : « Quelle carrière ? ». Parce que pour ma part, la dernière fois que j’ai vu Asia Argento sur une affiche de cinéma, c’était en 2001 pour « Les Morsures de L’Aube ». C’était d’ailleurs aussi la première fois que je la voyais, je ne savais même pas qui c’était, avant cela… On peut censément se demander si Harvey Weinstein pouvait vraiment détruire cette carrière très anecdotique, mais en tout cas, il faut admettre qu’il ne l’a guère favorisée.
Je comprends qu’Asia Argento en garde un souvenir amer, mais coucher avec un producteur, c’était le B.A.-BA de son métier, et l’histoire a prouvé aussi que la jeune femme aime assez se faire entretenir. Son tableau de chasse compte assez peu de smicards… Un chanteur, un metteur en scène et plusieurs comédiens qui pouvaient eux aussi favoriser sa renommée. Sa dernière relation sérieuse connue était Anthony Bourdain, chef cuisinier plus âgé qu’elle de vingt ans, et animant un show télévisé à succès, et qu’elle semble avoir poussé au suicide, lors d’un séjour qu’il fit à Paris, où il apprit la relation de sa dulcinée avec le journaliste Hugo Clément, devenu d’ailleurs, suite à cette aventure, un fanatique du véganisme et de la défense des animaux, des névroses dans l’air du temps mais dont Asia Argento sut se faire l’ambassadrice il y a déjà bien des années. L’influence mauvaise qu’Asia Argento a pu exercer sur ceux qui ont naïvement pensé s’en faire aimer démontre la haute toxicité de la comédienne, qui n’a même jamais exprimé un sentiment quelconque de culpabilité après la mort d’Anthony Bourdain, qu’elle juge probablement seul responsable de son acte. Sans doute que même de leur suicide par désespoir, Asia Argento juge les hommes seuls coupables, seuls responsables, seuls criminels…

Autant de jalons sinistres d’une existence fondée sur une ambition perverse et sur la nécessité de la rendre respectable aux yeux du public. Le témoignage d’un jeune garçon abusé, dont elle tenta d’obtenir le silence par des moyens on ne peut plus weisteinniens, a sans doute définitivement jeté bas cette idole féministe un peu hâtivement autoproclamée, et on ne peut que s’en féliciter. Sandra Muller, la journaliste de troisième zone responsable de la campagne de délation #BalanceTonPorc, est à cette occasion prudemment sortie des limbes médiatiques où on s’était efforcé de la jeter, pour défendre becs et ongles Asia Argento, et répéter avec le déterminisme aveugle d’un taliban devant les chars américains, que rien n’arrêtera le mouvement #MeToo, qui était pourtant déjà bien à l’arrêt avant cette affaire-là, faute de pouvoir mener quelque part.
Toute cette vague de féminisme puritain et réactionnaire, ce féminisme de droite, voire d’extrême droite, qui brandit ses concepts et ses néologismes fumeux comme autant de sourates coraniques, ne repose en fait que sur la probité tacitement admise de ses victimes mortifiées, de ses ambassadrices éplorées, dont petit à petit le monde mesure la duplicité, la perversité, la mythomanie chronique et le narcissisme ambitieux. Car #MeToo n’est pas seulement une cause, mais un tremplin pour des carriéristes et des ambitieuses, qui entendaient bien réussir en imposant la culpabilité du mâle, comme jadis le faisaient les Jésuites envers les chrétiens ordinaires qui osaient ne pas se sentir personnellement coupables de la crucifixion de Jésus, car il n’est pas un outil de manipulation des masses plus diablement efficace que la culpabilisation des masses, dont le prédicateur ou la prédicatrice devient par opposition la tempérante figure de raison, armée du pouvoir redoutable et néanmoins illusoire, de donner l’absolution ou d’ordonner l’exécution.
Il ne faut pas chercher dans un imaginaire patriarcat les raisons mêmes pour lesquelles l’homme s’est toujours défié de la parole féminine, et ne croyait que modérément aux femmes qui se disaient violées. Asia Argento prouve hélas que de telles hésitations sont légitimes, car pas plus que l’homme, la femme n’est un ange de candeur, car le narcissisme, le besoin d’attirer sur soi les regards, ou d’atteindre une renommée par tous les moyens, est un vecteur puissant de mensonges et d’instrumentalisations de l’empathie publique.
En ce siècle où une personne peut sortir de l’anonymat et se faire connaître dans le monde entier simplement en racontant n’importe quoi devant des caméras ou sur une vidéo YouTube, on ne peut plus – et on ne pourra plus jamais – croire qui que ce soit sur parole, et particulièrement les personnes qui se prétendent d’injustes victimes en attente de compensation. J’avoue ressentir une grande colère envers les médias, particulièrement les chaînes d’infos qui ont besoin de matériel à faire tourner 24h/24, et qui tendent leurs micros et leurs caméras à n’importe quelle hystérique un minimum convaincante, quitte même à en recruter certaines, comme l’a fait incompréhensiblement France Info.

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Je rappelle pour mémoire l’exemple particulièrement parlant, et fort comparable à celui d’Asia Argento, de la chroniqueuse Lisa Beaujour, qui animait l’an dernier sur France Info, un mini-programme de sensibilisation féministe, et qui y relaya la théorie absolument farfelue d’une sociologue autoproclamée qui prétendait que si la femme est généralement plus petite et plus menue que l’homme, c’est parce que ce dernier l’a privée pendant des siècles de consommation de viande. Une fake news digne du Gorafi, qui a fait autant bondir les biologistes que les historiens. Devant le scandale, France Info a prudemment mis fin au programme, mais Lisa Beaujour continue à intervenir dans d’autres séquences où elle persiste à insuffler plus discrètement sa propagande mensongère, et ce avec la bénédiction de l’argent public. Or, cette personne n’a rien à faire sur une chaîne d’informations, elle n’a ni l’objectivité requise ni la neutralité de réserve, et serait certainement mieux à sa place sur RT aux côtés de Frédéric Taddei…
Le féminisme, qui est à la base une doctrine politique qui milite pour l’égalité des droits, est actuellement pillé, récupéré, accaparé par toute une génération de psychotiques fanatisées, qui seraient mûres pour l’Islam radical ou le catholicisme intégriste, si ces religions avaient été plus respectueuses des femmes. Dans leur obsession sexiste et autocentrées, beaucoup se disent, et parfois même se croient, représentantes des idées de gauche, mais il ne faut pas se leurrer : leur propagande puritaine, misandre et sexiste est typiquement un discours de droite d’avant Mai 68, et s’attaque aux fondements même de la République et de la Libre-Pensée, moins d’ailleurs par idéologie mûrement réfléchie que par pur égoïsme, cet égoïsme inquisiteur que l’on retrouve dans l’Histoire à la base de toutes les haines, et qui vise à poursuivre et à persécuter ceux qui ne sont pas semblables à soi.
Le propre du puritanisme n’est pas seulement de stigmatiser le sexe par moralité religieuse, il implique aussi une perversion propre, hypocrite, qui pousse à la décadence parce que c’est la décadence, à la saleté parce que c’est sale, et qui fait que ce que l’on retrouve d’atrocement pervers dans la duplicité d’Asia Argento, on le retrouvera sans nul doute dans des profils similaires, où l’amère lucidité de se savoir une partisane du mensonge implique psychologiquement le besoin d’un défoulement privé libérateur qui peut prendre des formes redoutables, et, si elles sont connues, nuire à des causes qui ne sont pourtant pas toujours indéfendables. Asia Argento aujourd’hui, Sandra Muller, Caroline de Haas ou Lisa Beaujour peut-être demain : nous n’en sommes qu’au début de la révélation de la boue intérieure de toutes ces ambassadrices autoproclamées de la cause féminine que l’on a un peu trop vite érigées en symboles, et qu’on regardera un jour telles qu’elles sont réellement.
L’affaire Asia Argento nous en donne un premier avant-goût, et c’est là ce qui en fait une nouvelle délectable et prometteuse. Tout finit toujours par se voir chez des personnalités perverses et narcissiques, dès lors que leur masque d’argile d’amazones éprises de justice sociale se met à fondre sous le feu ardent des médias, et révèle enfin la hideur absolue de leurs âmes tourmentées et procédurières…

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