Aphex Twin : Ruines Électroniques

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Il nous avait laissé il y a 4 ans avec un « Syro » un peu amer, qui nous avait donné à penser que l’artiste arrivait au bout d’un genre musical dont il était un des pionniers, et à l’image duquel il s’était lentement perdu dans la recherche absurde de l’abstraction ultime.
Après plus d’un quart de siècle d’une carrière en dents de scie, principalement marquée par des EP’s entrés dans l’Histoire et des LP’s interminables et ennuyeux, Aphex Twin revient donc au format court qui lui réussit le mieux avec un nouveau maxi intitulé « Collapse », et qui se ressource aux bases du genre électronica (appelé plus volontiers IDM aux États-Unis), c’est-à-dire une techno arrachée au dancefloor et taillée pour le salon, renouant avec le jazz, mais aussi avec les grands ancêtres  du genre électronique : Tangerine Dream, Kraftwerk, Klaus Schulze, Tim Blake, Edgar Froese sans oublier notre Jean-Michel Jarre national.

Une musique donc cérébrale, peu soucieuse du fond et de la forme et qui plonge la mélodie dans des logarithmes mathématiques tissant une sorte de géométrie sonore dans l’espace. La mélancolie est ici inévitable, d’autant plus que les rythmiques mécaniques y appliquent leur oppression résignée.
Pour illustrer  le morceau « T69 Collapse », Aphex Twin a confié musique et logo à un jeune vidéaste qui a fait un travail exceptionnel au niveau des textures, incorporant des paysages naturels filmés par drones (villages de pierre, châteaux, jardins, visions de ciel dégagé) à des textures plus synthétiques et des animations 3D pulsionnelles et hallucinées. Un travail remarquable et inquiétant, même si, comme moi, on n’est pas forcément très fan de ce genre de performance tenant plus du feu d’artifice virtuel que du cinéma expérimental.

Néanmoins, cette rencontre audiovisuelle entre passé et futur – même si nous avons là affaire à une idée du futurisme qui date un peu – dégage une indéniable poésie , et témoigne encore, près de vingt ans après son âge d’or, de la créativité de Richard D. James, le sculpteur sonore qui se dissimule sous le nom d’Aphex Twin.
On sera plus ou moins nostalgique de ces sonorités âpres et autistes qui ont marqué de leur sceau les très lymphatiques années 90, mais on reconnaîtra là un style qui vieillit bien, une patte sonore cherchant à refléter, comme l’avait dit à l’époque le défunt producteur Mark Bell, « des ruines intérieures ».
Une démarche à laquelle on peut ne pas être sensible, mais qui a le mérite vous inciter à la méditation, à la contemplation, et au détachement des tensions sociales et idéologiques de notre époque, tant il est vrai que la musique, dès qu’elle vous emmène au-delà des émotions de base, vous oblige à vous détacher de tout, pour un instant, et à vous retrouver vous-même là où il n’est plus question d’empathie humaine.
Ni tout à fait un rêve, ni tout à fait un cauchemar, « T69 Collapse » est un voyage astral et hypnotique et lancinant qu’emprunteront avec bonheur tous les esprits curieux de l’insolite.

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Ci-dessous, le clip de « T69 Collapse ».

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