Le Chevalier De La Contrescarpe

benalla

Il sera dit qu’en juillet 2018, 66 millions de Français, élevés pourtant aux romans d’espionnage et autres Belmondades musclées, auront subitement découvert que des personnages haut placés de l’Etat font un peu ce qu’ils veulent, comme ils veulent, et habillés comme ça leur chante. Tout ébaubis, ils se seront alors rendus compte que tout le monde n’est pas assujetti pareillement aux lois, et qu’il existe des services secrets aux méthodes pas toujours très régulières. La fin justifie les moyens, comme on dit… Néanmoins, comment autant de gens peuvent sincèrement espérer que non seulement on va lyncher l’homme, mais qu’on va se débarrasser d’un élément aussi compétent ?
Car nous avons beau être encore conditionnés par d’innombrables cas de violences policières abusives, cela fait déjà une bonne trentaine d’années que les CRS ne comptent plus dans leurs rangs des sadiques à demi-fous ou des rescapés de la Collaboration. Depuis la mort dramatique du jeune Malik Oussekine, on a discrètement mais sûrement changé un peu l’état d’esprit de la police française. Je ne vais pas prétendre qu’on en a fait des libertaires ou des intellectuels, mais nous sommes loin désormais de ce que pouvaient être leurs collègues aujourd’hui à la retraite. Le bitume a scellé les pavés, les lance à eaux et les grenades lacrymogènes ont cédé la place à des méthodes plus manuelles, et la systématisation des manifestations et des pillages a fait de ce système de contestation une routine-défouloir qui ne possède au final plus grand chose de subversif. On mange des merguez, on casse des vitrines, et on danse le tango avec les CRS, avant de rentrer chez soi le ventre plein, les poches aussi, et quelques bleus qui sont autant de médailles. Ajoutons à ce palmarès quelques gardes à vue formatrices, qui donneront la dimension christique d’un prisonnier politique à n’importe quel jeune homme avide de faire son intéressant avec les filles. De temps en temps, un machin fumigène part d’on ne sait où et s’en va crever l’œil d’un glandu qui passait par là. Mais après tout, au royaume des aveugles, les borgnes sont des princes consorts, et une cause politique sans martyr n’est pas une vraie cause politique.
Il est vrai qu’on trouve pire que la France comme état policier et répressif. On peut y occuper des facs pendant des mois, y organiser des cartels de drogue dans n’importe quelle banlieue, et y remplir des caisses noires dans n’importe quel parti politique, et même si on passe par la case prison, on a l’opportunité d’y apprendre avec un imam quelques notions de djihadisme qui permettent une élégante (re)conversion.

C’est dire si pour les opposants au gouvernement, la tâche est rude pour faire passer les uniformes bleus pour des chemises noires. Et pourtant, ça ne décourage pas les militants les plus acharnés de l’extrême gauche ou de l’extrême droite, allez savoir, ça devient difficile de les distinguer…
Heureusement, il y a cette merveilleuse invention qu’est le téléphone-qui-filme. Le type qui a eu cette idée de placer une caméra dans un téléphone ne savait pas à quel danger il exposait le monde. Car grâce à nos smartphones, nous pouvons tout filmer mais mal, tout voir mais flou, tout mettre en ligne mais fractionné.
Car le vrai souci, c’est celui-là : on fait dire un peu ce que l’on veut à une vidéo de 2 minutes. On y voit des agents frapper un manifestant, mais on ne sait pas ce que ce manifestant a fait juste avant. On assiste au tabassage d’un garçon et d’une fille, mais on ne sait pas s’ils se connaissent, s’ils sont ensemble, et s’ils sont tabassés pour la même raison.
On a juste une tranche de scénario, il n’y a plus qu’à inventer tout le reste, selon les codes du cinéma américain populaire, cela va de soi…
Pourtant, il suffit de gratter un peu la pellicule pour constater qu’on est loin des 25 images par seconde…

Par exemple, la même scène a été filmée d’un autre angle, la vidéo n’est pas dure à trouver sur YouTube, et a d’ailleurs été diffusée par les chaînes infos. En dehors du complément visuel à un merry-go-round fort instructif, cette autre version est plus intéressante, car elle démarre plus tôt, et on y voit les deux futures victimes lancer toute une bordée de projectiles à la tête des CRS, jusqu’à ce que ceux-ci foncent vers eux. Et là, la réaction de ces deux jeunes gens est étrange : ils fuient quand on les charge, mais s’immobilisent et se laissent tomber au sol quand on les rattrape. En fait, ils agissent comme s’ils avaient déjà reçu des coups…
On les a décrits au début comme des touristes, des passants, des âmes pures et innocentes dans ce monde de brutes. Or, ce sont tout simplement des comparses de celui qui les filme, c’est-à-dire des militants de La France Insoumise, parti populiste de plus en plus rejoint par de nombreux antisémites et néofascistes soraliens, depuis que Jean-Luc Mélenchon a fait une allusion à la « communauté » dont dépendait selon lui Léa Salamé.
Tout cette mise en scène a en fait été soigneusement préparée pour inciter la police à sortir de ses gonds, et faire croire ainsi qu’elle se défoule sur des innocents. Le seul truc, c’est que ces jeunes gens, dans leur pêche à la propagande, n’imaginaient sans doute pas ferrer un aussi gros poisson…

Nous sommes le 1er mai, lors d’un défilé célébrant la Fête du Travail, et dont le tracé ne passe pas par la place de la Contrescarpe. Ces militants se trouvent donc dans un endroit où ils n’ont pas à être, la police tente de les chasser et ils refusent d’obtempérer, cherchant volontairement à résister. Ce qui est, à la base, un assez mauvais calcul…
Dés lors qu’on refuse d’obéir aux ordres d’un représentant des forces de l’ordre, on s’expose à être arrêté, malmené et dégagé par la force. C’est le principe même de la police, et si elle ne pouvait pas agir ainsi, il ne pourrait pas y avoir de police.
Le problème ne se tient pas dans cette pathétique bagarre, où en dépit de l’arrestation musclée de ces deux gamins, il n’y a ni blessure, ni sang qui coule, ni membres fracturés, et où on voit très bien que les policiers ne frappent que du plat de la main.
Le problème, c’est le Chevalier de la Contrescarpe : Alexandre Benalla, qui se croit plus anonyme qu’il n’est, alors qu’on le voit partout, même à vélo, aux côtés du Président de la République. L’homme a un visage auquel on ne prête pas attention, ça fait partie d’ailleurs partie des conditions nécessaires à sa profession, sauf que c’est plus dur de glisser sur les synapses du bon peuple quand on est filmé un peu partout et tous les jours aux côtés du chef de l’État.
Pourtant, Benalla n’est pas une nouvelle recrue. Il s’occupait déjà de la sécurité sous François Hollande, et il ne faut pas douter qu’il ait traité les demeurés de la Manif Pour Tous avec la même fermeté que les sociopathes de la France Insoumise. Seulement voilà, cette longue et valeureuse expérience lui a valu une montée en grade qui lui interdit dorénavant d’aller donner un coup de main aux copains comme au bon vieux temps. Il n’avait donc pas à intervenir, et son action méritait une mise à pied – minime – qu’il a subie. Affaire classée, ou alors, s’il faut lyncher tous les coupables dans cette histoire, commençons donc par ceux qui au même moment ont brûlé des McDonald’s, dégradé des objets de bien public et souillé des immeubles séculaires de graffitis débiles.
Au final, on reproche surtout au Chevalier De La Contrescarpe d’avoir revêtu une armure et un blason qui n’étaient pas les siens, ceci pour plus de transparence, ce qui s’est révélé, on le voit bien, une assez mauvaise idée. Néanmoins, qui s’imagine encore que l’homme chargé de la sécurité du Président de la République n’a pas le droit d’enfiler tous les uniformes nécessaires à sa tâche ? Qui s’imagine encore que la vie du Président est suspendue aux limites imposées par un règlement intérieur d’un Ministère, auquel par ailleurs il commande ?
Cela veut-il dire que le Président a tout pouvoir ? En théorie, non. En pratique, oui, vu qu’encore une fois, la fin justifie les moyens, et quantités de services de renseignements, de contre-espionnage, d’espionnage, de surveillance d’ennemis politiques pourraient en témoigner, puisque eux aussi ne sont pas censés exister.

Ce qui me gêne dans cette histoire, c’est que cette vidéo a été tournée le 1er mai, et ne ressort comme par hasard que le 18 juillet, soit trois jours après la victoire des Bleus, et donc après le rejaillissement de popularité dont a profité le Président de la République. Ceux qui ont dénoncé de sa part une récupération politique seraient bien avisés de réaliser que cette vidéo, à sa manière, en est une autre, bien plus vicieuse, bien plus infâme. Inutile de demander qui est derrière, c’est indiqué plus haut…
Par ailleurs, je ne suis pas un militant politique, je n’ai ma carte dans aucun parti, je ne me rends jamais ni à un meeting, ni à une manif, mais j’accorde dans ce contexte-ci ma sympathie et mon soutien à Emmanuel Macron et au gouvernement, car c’est une chose tout à fait condamnable, même si l’intérêt du pays l’exige, que d’offrir à son Chevalier une armure trop grande pour lui, mais il est à mon sens bien plus condamnable et répugnant de recourir volontairement à des méthodes de manipulations d’image et de propagande qui sont dignes de celles de l’ex-Union Soviétique…

Moi, je suis reconnaissant d’une seule chose à Emmanuel Macron, c’est de s’être présenté. Parce que s’il ne l’avait pas fait, le deuxième tour des élections se serait joué entre Marine Le Pen et François Fillon. Est-ce que ça aurait fait davantage rêver les militants de la France Insoumise ? Est-ce qu’on aurait passé, cette année, un été moins caniculaire ?
Moi, au deuxième tour des Présidentielles, je suis allé voter Macron et j’en suis particulièrement fier, parce que je n’ai guère envie de voir un jour un parti d’extrême droite se hisser à la fonction suprême, par la bêtise conjuguée des modérés incapables de s’unir et des gauchistes en mal de révolution, peu conscients que le premier sang qui y coulerait serait le leur.
Alors si je peux faire quelque chose pour reculer cette terrifiante éventualité, je m’en porterai mieux – et j’ai la faiblesse de penser qu’il en sera de même pour mon pays…
Le problème, pour moi, ce n’est pas Macron. Le problème, ce sont tous les autres. Macron, c’est l’Histoire qui continue, comme avant, avec les mêmes travers, ni plus ni moins. Les autres partis, eux, sont tous dans le délire ou dans les choux, et ça, sur le plan démocratique, c’est très dangereux. Les partis d’opposition les plus forts, en France, ce sont aujourd’hui l’extrême droite et l’extrême gauche – et une extrême gauche très proche de l’extrême droite de par un antisémitisme habile et une admiration à peine voilée pour la dictature de Vladimir Poutine. C’est une situation inédite et dramatique, car aucun de ces partis ne serait jamais capable de gouverner, et déclencherait volontairement ou non une terrible guerre civile.
Alors, Emmanuel Macron, ça n’est ni le messie ni Jupiter, mais je ne vous cacherais pas que j’aime autant qu’il soit là, quand je vois les faces bestiales et les méthodes indignes de ceux qui veulent prendre sa place coûte que coûte…

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