La Nausée Pour Tous

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Les sorties du dimanche en famille ne sont plus ce qu’elles étaient… Même en des heures tragiques de l’histoire de France, le citoyen moyen et sa ménagère avaient à cœur, qu’ils soient favorables aux événements ou qu’ils en soient révoltés, d’offrir à leurs enfants des promenades dominicales ludiques, dans des campagnes ensoleillées et des jardins d’enfants interdits aux Juifs, où les bambins insouciants pouvaient jouer à une guerre moins conséquente.
Bien des années plus tard, il n’a jamais été autant question de l’intérêt de l’enfant, et pourtant, jamais autant de bonnes familles françaises, fières de leurs racines et de leur pedigree, fières de prestigieux ancêtres qui les dispensent de s’élever jusqu’à leurs hauteurs, n’ont autant rabaissé leurs progénitures à de sordides rôles politiques de boucliers humains et d’otages politiques.
Dans un pays où la manifestation est reine, et a servi au peuple depuis des temps immémoriaux à revendiquer ses droits, voici que la frange la plus caricaturale de la population française décide d’en faire un combat tourné contre les autres, les immoraux, les sous-hommes, les pervers, bref, ceux qui ne vivent pas normalement – puisque ces manifestants intellectuellement attardés prétendent représenter une norme.
Et soudain, comme jadis aux meetings d’un fringant Jean-Marie Le Pen qui savait jouer sur la corde sensible de l’après-Guerre d’Algérie, voici qu’une ribambelle de laissés-pour-compte aigris, issus de divers horizons (extrême-droite, vieille France, racistes, chrétiens fondamentalistes, homophobes, gaullistes sur le retour, etc…) se rassemble en une grappe compacte et infecte pour se targuer tous ensemble de vouloir imposer un avis moral et religieux sur un projet de loi républicain et laïc.
Déjà, ce simple mouvement de foule, à peu près aussi profond et réfléchi qu’une « ola » dans un stade de foot, a de quoi laisser perplexe. Ajoutons à cela qu’une vielle catin masculine et reptilienne, n’ayant jamais rien fait d’autre dans sa vie que de fréquenter des gens plus talentueux qu’elle, s’autoproclame meneuse et tête pensante, et, bénéficiant d’appuis financiers et médiatiques quelque peu mystérieux, se met à organiser à tour de bras diverses manifestations, rassemblant tout ce que l’hexagone peut encore compter comme vieilles ganaches hargneuses et comme familles aisées maurassiennes, lesquelles viennent sur la capitale par le biais d’une bonne centaine de cars touristiques (Là aussi, qui paye et qui gère la location et le voyage ?). Omniprésente, la marionnette Frigide Barjot, animée par d’invisibles tireurs de ficelles, se fait fort de rassembler cette populace haineuse sous l’égide de son catholicisme cool et branché, c’est-à-dire suffisamment vulgaire et ordurier pour que même les plus conservateurs du clergé y trouvent un côté moderne conforme à leurs opinions. Tout est censé être convivial et pacifiste, jeune et exalté comme à une fête paroissiale, sauf que les choses ne se passent pas exactement comme prévu.

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C’est en effet une tâche difficile que de défendre une cause visant à refuser des droits élémentaires à une frange de la population, sans que cela ne tourne au lynchage ou aux dérapages verbaux. Déjà, les plus extrémistes ne participent à cette manifestation que dans l’optique de décharger leurs pulsions violentes sur n’importe quoi de réticent. Les catholiques pratiquants, eux, ont à cœur de rappeler que les lois de Dieu prévalent à celles des hommes. Les droitistes ne cherchent qu’à déstabiliser le gouvernement ; les élus de droite à reconquérir un électorat qui se détourne d’eux. Enfin, les nostalgiques de la France d’avant-guerre voient là un moyen de hurler leur haine du temps qui passe et d’un pays qui évolue sans eux. Toutes ces motivations incohérentes, décervelées, ne peuvent se retrouver que sur un seul dénominateur commun : la haine.
En ce sens, nous voyons poindre en cette deuxième décennie du siècle un véritable renouveau du Pétainisme, d’une mentalité rétrograde héritée de celle du Maréchal Philippe Pétain, chef de l’Etat français durant l’Occupation allemande, entre 1940 et 1944. Cet ancien héros de la Première Guerre Mondiale s’était proposé pour négocier l’armistice avec l’armée allemande, et avait été nommé président du gouvernement provisoire, installé en zone libre dans la ville de Vichy.
Philippe Pétain avait 84 ans au moment où il prit le pouvoir. Il apparaissait comme l’homme de la situation : pondéré, expérimenté, ferme mais juste. En réalité, Pétain éprouvait une profonde sympathie pour le régime nazi, avec lequel il partageait un certain nombre de valeurs communes, de celles propres à émouvoir le cœur d’un militaire issu d’un milieu rural aisé. Certes, il eût préféré que la France soit une alliée d’Hitler, et non un pays soumis, mais durant ses quatre années de pouvoir, il eût à cœur de bien démontrer à l’occupant qu’il n’était plus l’ennemi d’hier.
Entre autres, Pétain développa une philosophie toute personnelle, qui ne dût pas déplaire au Fuhrer s’il en eût connaissance. Il était question d’un retour à la terre : revalorisation de la France rurale, de son histoire paysanne, et de ses valeurs traditionnelles, comme la famille et la religion. On lui doit notamment la création de la Fête des Mères, célébration toujours en vigueur. Enfin, il fut l’initiateur de ce slogan devenu historique : « Travail, Famille, Patrie ».
Bien que Philippe Pétain fût désavoué à la Libération et mourut sénile dans une forteresse isolée, les quatre années de propagande rétrograde auxquelles il se livra avec un zèle exemplaire laissèrent bien des traces dans la société française, particulièrement en zone libre où les Nazis n’avaient pas fait beaucoup de mal, et où la population avait apprécié ce retour aux sources si radicalement opposé au développement industriel qui métamorphosait avec une rapidité inédite le paysage français.
Jusque dans les années 80, il s’est pondu régulièrement une littérature de totale mauvaise foi qui tentait de réhabiliter le Maréchal, au nom de valeurs dont le besoin se faisait soi-disant de plus en plus sentir dans le monde moderne. On trouve encore une grande partie de ces ouvrages dans des ventes paroissiales ou au cours des Journées d’Amitié. Un hasard, sans doute…

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Aussi étrange que cela paraisse, le récent débat sur le mariage gay a entamé une brutale résurgence d’idées profondément pétainistes, et que l’on pensait abandonnées depuis fort longtemps.
Deux éléments principaux sont à l’origine de ce sinistre anachronisme : d’abord, l’apparition d’Internet, qui a permis à un grand nombre de farfelus et de passéistes aigris de se fédérer au travers de forums actifs, de réseaux sociaux et de sites de désinformation. Se croyant jusque là marginaux finis, certains extrémistes ont pu développer tout un communautarisme virtuel, basé sur des échanges de propos haineux et diffamatoires qui, hélas, sont presque impossibles à modérer. Cette soudaine liberté de défoulements épistolaires ont donné à ces quelques milliers d’imbéciles l’assurance que leur cause était juste, et partagée par le plus grand nombre. Leur radicalité s’en est d’autant plus accrue que, comme dans bien d’autres contextes, leur existence virtuelle était d’une intensité qu’ils peinaient à retrouver dans leurs vies personnelles, généralement vides ou insipides. D’où un besoin d’action, de transfiguration, particulièrement intense et dangereux.
Ensuite, le douloureux quinquennat de Nicolas Sarkozy a vu les dérapages racistes de toutes sortes, émanant même parfois des ministres eux-mêmes, briser quelques unes des valeurs républicaines les plus élémentaires. Sarkozy fut le tout premier président de la Vème République à chercher ouvertement à incarner toute une frange de l’extrême droite, afin de pouvoir récupérer son électorat. C’est d’ailleurs grâce à elle qu’il a accédé à la charge suprême.
De là est né ce qu’on a appelé « la droite décomplexée », en fait une radicalisation de la droite libérale vers une politique rétrograde pré-gaulliste, offrant le double discours d’une démarche économique progressiste et d’une idéologie sociale extrêmement passéiste et protectionniste, stigmatisant l’immigration et glorifiant l’identité française. Si les représentants de cette radicalisation droitiste (actuellement, Jean-François Copé, pour l’UMP et Marine Le Pen, pour le FN) sont moins des idéologues prononcés que des opportunistes prêts à faire feu de tout bois, il n’en est pas de même pour leur électorat, qui, par effet de catharsis, dérive encore plus à droite non seulement sur le plan des idées, mais aussi en ce qui concerne les méthodes, de plus en plus agressives et procédurières. La conviction des foules droitistes se mesure désormais en propension à la haine. Les propos les plus odieux fleurissent sur certains forums, quand ce ne sont pas de purs appels au meurtre. En ce sens, la manifestation du 24 mars contre le mariage gay a flirté dangereusement avec le principe d’un coup d’état fasciste : démonstration de force, heurts volontaires avec les forces de l’ordre, victimisation des agresseurs, appels à des sanctions envers la Préfecture de Police (?!). L’hypocrisie des participants semble ne pas connaître de limites…
Et plus inquiétant encore, des personnalités politiques de premier plan, comme Jean-François Copé, Laurent Wauquiez, Nadine Morano et même Christine Boutin, dont le numéro grossier d’évanouissement atteint des sommets dans le ridicule, sont solidaires de ces débordements, et les justifient au nom d’une légitimité démocratique totalement illusoire. De tels actes de collaboration en rappellent d’autres de plus sinistre mémoire…

Il est vrai que jamais auparavant, on n’aura assisté à une telle confusion des idées, aggravées encore par le fait qu’une grande partie des personnes manifestantes s’essayaient pour la première fois de leur vie à une manifestation, et en reproduisaient, fort curieusement au vu de leur engagement à droite, les clichés les plus typiques véhiculés par l’extrême gauche : des flics qu’on juge criminels et vendus à la solde du pouvoir jusqu’au gouvernement accusé de dictature, on ne croirait jamais que de tels propos émanent de personnes de droite conservatrice, et donc plutôt sensibles à une politique réactionnaire d’obédience hégélienne.
En tant qu’homme de gauche, né et élevé dans un milieu de droite, j’ai toujours eu la sensation que les maniaques de l’Ordre, qu’il soit nouveau ou ancien, sont le plus souvent des personnes extrêmement chaotiques psychologiquement parlant, pour qui le besoin d’ordre est une nécessité pour leur équilibre, et qui s’imaginent assez naïvement que tout le monde fonctionne comme eux. Je suis plus que jamais persuadé de cela après les événements de ce dimanche.

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Que dire, déjà, d’une manifestation qui se veut une opposition citoyenne à un projet de loi sur le mariage gay, et tout au long de laquelle on peut voir des centaines de drapeaux français brandis bien haut, quand ce ne sont pas des fanions régionalistes ou des fleurs de lys royalistes ? Qu’est-ce que l’identité nationale (ou régionale, ou monarchique) a donc à voir avec le débat sur le mariage gay ?
Mieux encore : une partie des contestations remet en question la capacité des couples homosexuels à élever un enfant de manière équilibrée, attestant donc que la disparité sexuelle des parents est nécessaire à l’enfant pour forger son identité (sans doute pour qu’il puisse décider s’il est un garçon ou une fille ?). Les plus extrêmes laissent même entendre qu’un couple homosexuel ne pourrait s’empêcher de faire rentrer un enfant dans leurs jeux sexuels (avatar classique d’une pensée quasi-médiévale qui refusait de voir dans l’homosexualité autre chose qu’une pulsion sexuelle irrépressible et contre-nature).
Et pourtant ce public, si fermement convaincu qu’une personne homosexuelle est incapable d’amour et inapte à la vie parentale, a une réaction plutôt étrange quand on lui tend un micro. Quelque éclair de lucidité semble lui souffler qu’avouer publiquement son homophobie devant une caméra serait une postérité lourde à assumer; aussi ce public dit-il, avec une moue un peu écœurée :
– « On ne les empêche pas de s’aimer, mais juste de se marier. »
Sans pour autant justifier cette incohérence : le mariage est la célébration de l’amour, en théorie, donc si on reconnaît aux homosexuels le caractère amoureux de leur relation, comment peut-on leur refuser la célébration de ce même amour par le mariage ?
Mais la stupidité des manifestants ne s’arrête pas là. Combien de fois, ces derniers mois, avez-vous vu ou entendu une personne dire cette phrase en préambule de ses revendications : « J’ai des amis homosexuels. » ?
C’est à se demander quelles fréquentations ont les homosexuels ! En voilà des amis sur lesquels on peut compter… Vous, qui me lisez, vous avez certainement des amis, n’est-ce pas ? Apprécieriez-vous que ces amis fidèles, attentionnés, s’absentent un dimanche pour participer à une manifestation soutenant que vous êtes un sous-être ne disposant pas des mêmes droits qu’eux-mêmes ?
En vérité, on l’aura compris, « J’ai des amis homosexuels. »  est un euphémisme pour « On va dire que je ne suis pas homophobe ». C’est là un exemple particulièrement raté de langue de bois, visant à faire croire à une prise de position totalement antinomique de la contestation sociale à laquelle on se livre. Autant aller au défilé du 1er Mai organisé par le Front National, et prétendre ensuite devant les caméras qu’on a des amis togolais qui sont sans-papiers…

Mais le pire, chez tous ces pense-petits obnubilés par eux-mêmes, ce n’est pas leur opinion, avec ce qu’elle révèle de nombrilisme, d’ignorance crasse et de superstitions. Certes, les imbéciles se prennent toujours pour des références, des modèles d’équilibre et de réussite, le fait n’est pas nouveau.
Le pire, chez ces gens-là, qui se veulent des familles exemplaires, normatives, c’est de voir à quel point ils se montrent totalement irresponsables envers leurs propres enfants, qu’ils contraignent à participer à ces manifestations, alors qu’ils ne sont ni en âge de prendre position sur un sujet qui ne les concerne pas, ni de force à supporter une marche de plusieurs heures, par un temps glacial, au sein d’une foule compacte et survoltée. On les exhibe comme des trophées, comme si la fertilité était une preuve de bon goût ou de standing élitiste, comme si la valeur d’une famille se mesurait au nombre et à la docilité de ses membres…
Spectacle répugnant que ces pauvres têtes blondes dressées comme des chiens à s’exhiber dans un concours canin. Dans dix ans, dans vingt ans, que penseront ces enfants devenus adultes, quand ils se souviendront de l’épreuve que fut cette manifestation ? Et forcément, parmi tous ces enfants, il s’en trouvera fatalement qui seront homosexuels, n’en déplaise aux naïfs qui pensent que « ce genre de choses n’arrive pas chez nous »… Comment pourront-ils respecter leurs parents, après ce qu’ils ont fait ? Comment vivront-ils cette souffrance profonde que de savoir que leurs chers parents ne les jugeront jamais comme des citoyens à part entière ?

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Je pense particulièrement à une dame assez hideuse, au physique comme au moral probablement, que l’on a vu lors de plusieurs journaux télévisés, essuyer les yeux de ses enfants, touchés par des gaz lacrymogènes, tout en reprochant aux CRS, d’une voix forte au trémolo forcé, d’oser s’attaquer à des enfants.
Lorsque le journaliste lui demande des détails, cette femme raconte, scandalisée, qu’elle a tenté de pénétrer sur les Champs-Élysées et que les CRS ont alors balancés des gaz dans leurs directions. C’est honteux, non ? Oui, c’est honteux… Pour elle !
La Préfecture avait clairement refusé que la manifestation ait lieu sur les Champs-Élysées qui, par ailleurs, ne sont pas un lieu qui accueille habituellement les revendications collectives. En voulant y pénétrer en dépit de l’interdiction, cette femme s’est mise volontairement en infraction. Elle s’exposait donc à être interpellée d’une manière ou d’une autre, et, ce qui est plus grave, elle a entraîné sciemment ses enfants dans cette mise en péril, espérant probablement qu’ils lui serviraient de passe-droit, un peu comme on réclame une place assise dans l’autobus.
Débordés par les tentatives d’invasion, les CRS ont fait ce qu’ils pouvaient, c’est-à-dire qu’ils ont fait un balayage au lacrymogène pour calmer tous ces excités. Comment cette femme ose-t-elle accuser la police, alors que si ses enfants ont reçu du gaz lacrymogène, c’est à cause d’elle, et d’elle seule ? Comment peut on vouloir donner des leçons de lucidité aux autres en étant aussi aveugle sur soi-même, au mépris même de la santé de ses enfants ? Au passage, je ne connais aucun couple homosexuel qui serait capable d’une telle inconséquence envers des enfants dont ils auraient la charge…

Il est facile d’accuser les forces de l’ordre, alors que l’on fait soi-même tout pour chercher des mortifications valorisantes. Le maître mot de cette manifestation aura été d’ailleurs cela : bafouer les règles ! Et ce par le biais :
– Du refus de se cantonner au tracé originel de la manifestation, au risque de mettre en péril le droit républicain à la protestation publique.
– Du dérapage contrôlé de la contestation sociétale d’un projet de loi vers une attaque aveugle et haineuse du gouvernement dans son ensemble, en lui déniant la légitimité de son pouvoir, ce qui est fondamentalement une attitude anti-démocratique.
– D’une volonté préméditée d’en découdre avec les forces de l’ordre.
– De la présence inutile et irresponsable d’enfants, parfois encore dans des poussettes, alors qu’une telle manifestation peut être dangereuse pour eux.
– De la volonté, enfin, de se livrer à un simulacre de coup d’état, au mépris des règles démocratiques élémentaires de la République.

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Ce dernier point a fait l’objet de révélations tardives mais confirmées par la presse : la bande à Frigide Barjot n’ambitionnait rien moins que de faire dérailler cette manifestation vers une sorte de « printemps français » calqué sur le modèle des « printemps arabes » qui ont déferlé sur le Moyen-Orient ces dernières années !
Une rêverie délirante, et pour tout dire, totalement schizophrénique. Car non seulement, les « printemps arabes » ont été des protestations spontanées de gens du peuple (c’est-à-dire en aucun cas des manifestations organisées par une association et autorisées par une préfecture) contre une dictature en place (soit pratiquement l’inverse de ce qu’a été la manifestation du 24 mars), mais en plus, et là c’en est presque comique, tous ces manifestants de droite, généralement islamophobes et révoltés par le nombre de maghrébins présents en France, se sont tous motivés comme un seul homme pour appliquer en France un modèle de contestation arabe ! À ce niveau-là, ça n’est même plus de l’inconscience, c’est de la confusion mentale…
Et il est encore plus inconscient d’avoir pensé, un seul instant, que ces quelques centaines de milliers de petits bourgeois qui n’ont jamais rien fait de difficile dans leurs existences allaient trouver soudainement l’énergie et la puissance d’un soulèvement populaire tout entier, qui est généralement le fruit de nombreuses décennies d’oppression…
Ce qui fait la force d’un peuple révolutionnaire, hélas, trois fois hélas, c’est le désespoir d’une existence misérable, opprimée, et sans aucun avenir. Que peuvent en savoir nos manifestants franchouillards pour l’Ordre Moral qui, en fait de misère, n’ont jamais connu que la misère intellectuelle ?

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À ce délire printanier, les organisateurs de la Manifestation en ont ajouté un autre, numéraire cette fois-ci. Ils prétendent sans rire avoir compté plus d’un million de personnes dans leurs rangs. Un million de personnes, c’est peu ou prou la moitié du nombre d’habitants à Paris. C’est-à-dire que si on les écoute, dix des 20 arrondissements de Paris auraient tenu sur la seule avenue de la Grande Armée ! Soyons sérieux…
Il y avait probablement, comme lors de la précédente manifestation en janvier, 300 000 ou 400 000 personnes, ce qui fait quand même largement de quoi recouvrir une avenue entière à perte de vue. C’est un chiffre éloquent, mais même le multiplier par deux ou trois ne le rendrait pas plus éloquent.
Qu’est-ce qu’un million de personnes dans un pays qui compte presque 66 millions d’habitants ? Qu’est-ce qu’un soixantième de la population peut espérer imposer à un pays tout entier ?
Il y a au moins 60 millions de personnes en France qui sont favorables ou indifférentes au mariage gay. Plusieurs pays européens ont déjà voté cette loi, tous finiront par le faire. Les mœurs actuelles l’exigent, et il serait vain de se dissimuler que bien des tractations financières lucratives naîtront de cette nouvelle loi, suffisamment en tout cas pour venir à bout des réticences de la plupart de nos hommes d’affaires.

J’ai envie de demander à tous ces gens qui ne supportent pas que les autres ne vivent pas comme eux : qu’est-ce que vous espérez ? Comment pouvez-vous être aussi naïfs ? Quand comprendrez-vous que vous êtes les reliquats d’un monde en train de mourir ? Que vous ne partagiez pas les valeurs institutionnelles, je puis le comprendre, moi-même, je me sens rarement en phase avec ce siècle. Mais pourquoi ne pas simplement vivre à votre façon, et laisser les autres mener leur existence comme ils le veulent ? Qu’avez-vous donc besoin d’être les moutons du troupeau français tout entier pour pouvoir exister selon vos principes ? Êtes-vous donc aussi faibles que cela ?
Chacun d’entre nous porte en soi des valeurs morales, plus ou moins héritées, plus ou moins acquises par une expérience personnelle. Aucune n’est totalement inutile, aucune non plus ne convient obligatoirement à tout le monde… Que nous puissions tous choisir celles en lesquelles nous nous reconnaissons, indépendamment de tous les autres, ça n’est sans doute pas un mal… Du moins, c’est mon opinion.
Il est cependant facile de réaliser que plus nous avons de mentalités et de valeurs différentes, et bien des choses que nous faisons sont en adéquation avec l’épanouissement de ces différences, plus le simple fait de se comprendre, de cohabiter, de coexister, devient chaque jour plus difficile qu’avant, parce que désormais le voisin, la mère, le fils, l’épouse, sont des terres étrangères, toujours moins familières qu’on le souhaiterait. Là aussi, on peut regretter une époque où les choses étaient plus simples, mais je pense que l’on s’enrichit plus volontiers aux côtés de quelqu’un de différent qu’aux côtés de quelqu’un semblable à nous – une personne que nous n’aimerions et ne respecterions que pour cette simple raison : parce qu’elle serait un reflet de nous-même, ce qui ne serait jamais qu’une forme dévoyée de narcissisme…
Nous devons nous respecter et nous apprécier grâce à nos différences, et non pas en dépit d’un manque de similitudes. Je ne comprends pas ce qui pousse des gens à vouloir que d’autres n’aient pas les mêmes droits qu’eux. Personnellement, je ne suis pas homosexuel, mais je peux comprendre et partager la souffrance d’un homosexuel, parce qu’il est un être humain au même titre que moi, pareillement sensible aux souffrances de la vie.
Justement, si je suis attiré par les femmes, j’ai conscience que cela s’est toujours imposé comme une évidence, et ce, aussi loin que je me souvienne. Il se trouve que cette attirance, que je n’ai pas vraiment choisie, se trouvait en accord avec les règles fondamentales de la société. Je n’ai donc jamais eu à me battre pour que soit acceptée ma vie amoureuse.
Pour autant, ça ne m’empêche pas d’imaginer la détresse profonde d’un homme (ou d’une femme) qui ressent, avec le même sentiment d’évidence que j’ai pu ressentir moi-même pour le sexe opposé, une attirance extrême pour les personnes de son propre sexe, et qui réalise alors, à un âge où il est difficile de l’admettre, que la société où il vit n’est, d’une certaine manière, pas la sienne, et ne l’accepte pas pour ce qu’il est.
C’est précisément pour que la société évolue enfin sur ce plan, et que les valeurs familiales évoluent avec elle, que le mariage pour tous est un acte nécessaire, pour que ne se sentent plus exclues des personnes qui n’ont pas choisi de l’être. Qui plus est, le mariage religieux conservera à lui seul le caractère sacré qui était le sien dès le départ, et que tant de gens ont peur de voir disparaître, et s’en trouvera même revalorisé aux yeux de beaucoup de personnes, même non croyantes ou non pratiquantes…

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Refuser la réalité des choses, c’est sombrer corps et biens dans un nouveau Pétainisme, dans un passéisme moisi dont ne subsiste finalement qu’une image d’Épinal aux charmes surannés, aux valeurs caduques qui n’ont de grandiose qu’un apparent simplisme, souvent intolérant et hypocrite.
Les temps passés n’étaient pas aussi complexes que le monde moderne. Les solutions d’hier ne pourront donc jamais servir à résoudre les problèmes d’aujourd’hui, et encore moins ceux de demain. Il faut s’inspirer du passé, car il est riches d’enseignements, mais ne jamais le copier ou le reproduire à l’exact, car à l’image de n’importe quelle expérience vécue, le passé doit être assimilé, transformé, adapté à une époque de plus en plus mobile et fugace.
Quel que soit le prestige de notre héritage, l’important dans la vie, c’est d’apprendre. Nous avons tout à apprendre, en fait.
Apprendre à comprendre l’autre, celui qui est différent, celui qui a choisi une autre façon de vivre, apprendre à respecter les différences qui sont les fondements de la diversité de notre société, et apprendre aussi que la haine n’est justifiée par rien, et surtout pas par des valeurs morales, qui sont bien souvent, trop souvent, les fanions de ceux qui n’ont aucune moralité.
Le Pétainisme s’était crû moral, lui aussi, et cette très haute opinion de la moralité avait poussé le Maréchal à ne jamais remettre ses intentions en question, sous prétexte qu’on ne pouvait, selon lui, faire le Mal en voulant faire œuvre morale. Le jugement de l’Histoire en a décidé autrement. Il en sera de même pour vous, les Manifestants, les Opposants, les Catholiques Intégristes, les Homophobes, que la haine et la rancœur rongent d’une rage indigne et immature.

Alors pour l’amour de vos enfants dont les yeux ont rougi ce dimanche par la faute de vos certitudes orgueilleuses, pour l’amour de la paix sociale et de cette République qui a bien des défauts mais qui nous permet à tous de vivre un minimum comme on le souhaite, pour l’amour même de ce Dieu en lequel vous croyez, mais qui n’exauce pas vos prières et ça n’est peut-être pas un hasard, je vous en conjure à tous :
Remettez-vous en question.
Rien de céleste, rien de grandiose, rien de sublime ne sera jamais le cloisonnement féroce de quelques hommes en colère.

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