Elections 2012 : Au Cœur Des Programmes

DEB1

Nous sommes le 22 avril 2012. C’est aujourd’hui qu’a lieu le premier tour des élections, et je me sens un peu obligé de vous rappeler ne pas oublier d’aller voter. Ca ne coûte rien, ça ne rapporte rien non plus, mais si vous trouvez qu’on prend déjà suffisamment de décisions comme ça à votre place, inutile de donner raison à ceux qui pensent encore qu’on n’en prend pas suffisamment.

Ceci dit, je ne vais pas essayer de vous faire croire que parmi les dix candidats qu’il va falloir départager, il s’en trouve un qui est plus indiqué que les autres. Il suffit d’ailleurs de lire leurs programmes pour s’en convaincre.
Seulement, il faut les lire VRAIMENT, ce que nous ne faisons pas, ou peu, tant parce qu’on a souvent déjà arrêté notre choix avant de recevoir les programmes que parce que l’on n’a pas tellement envie d’y découvrir quelque chose qui pourrait justement remettre en cause ce choix.
Et pourtant en dehors de nos sensibilités politiques, de nos sympathies ou antipathies pour tel ou tel candidat, ces programmes recèlent une multitudes de bourdes, de promesses irréalisables, de phrases obscures ou ambiguës, d’élans poétiques plus ou moins saugrenus.
Ce sont ces ratages que j’ai décidé de vous faire partager, car je les ai savamment recensés et très ironiquement commentés.
Attention ! Je ne juge pas le bien-fondé ou l’idéologie des mesures que vous lirez ci-dessous. Si je les cite, c’est parce qu’elles sont UNIVERSELLEMENT farfelues ou fort maladroitement exprimées. Vous en reconnaîtrez peut-être certaines qui vous ont sauté aux yeux. Vous en découvrirez aussi que vous n’aviez pas noté et qui vont vous étonner.
Mes commentaires sont sujets à débat, je le conçois, mais sachez que chaque phrase citée « entre guillemets en corps gras et italique, comme ici », est le plus fidèlement possible extraite de chaque programme. Je n’invente rien.
J’ai essayé d’être équitable, mais évidemment certains candidats sont moins brocardés que d’autre. C’est autant dû à la qualité rédactionnelle du programme qu’à parfois sa simple brièveté. Plus un programme est long, plus on a de chances d’y trouver une ânerie. En tout cas, une chose est sûre : chacun aurait pu faire mieux, et la dimension de leur marge d’erreur m’a aidé personnellement à faire mon choix. J’espère que cet article vous aidera également à y voir clair, ou à défaut, vous amusera autant qu’il m’a amusé à le rédiger.
Les candidats sont classés ci-dessous par l’ordre alphabétique de leurs noms de famille. Bonne lecture. 😉

 

  • NATHALIE ARTHAUD s’adresse entre autres « aux petits artisans et paysans qui n’exploitent qu’eux-mêmes » (L’artisanat et l’agriculture perçus comme un auto-esclavage, je ne sais pas si ça va leur plaire). Elle veut également « interdire les licenciements » en temps de crise (ce qui devrait permettre à chaque employé de gifler quotidiennement son supérieur ou n’importe lequel de ses collègues, s’il le souhaite, sans aucune conséquence pour sa carrière).
    Néanmoins, elle sait rester modeste, et après quatre pages de mesures radicales anticapitalistes, elle déclare : « Je ne dis pas qu’il suffit de voter pour ma candidature pour que ces objectifs se réalisent. J’affirme au contraire qu’il n’y a pas de ‘sauveur suprême’ pour les classes laborieuses ». Et plus loin : « Je n’ai évidemment pas la prétention d’être élue ».
    Pourquoi donc avoir eu celle de se présenter ?

 

  • FRANÇOIS BAYROU est un perfectionniste ! Être élu le préoccupe beaucoup moins que d’annoncer d’ores et déjà son calendrier de président de la République. Homme ouvert, il précise : « Je formerai un gouvernement d’unité nationale qui réunira des compétences de droite, de gauche, du centre et de la société civile ». Qu’est-ce donc que cette société civile, apparemment apolitique ? A moins qu’il ne s’agisse d’un terme sous lequel il range l’extrême gauche et l’extrême droite ? Bizarre…
    Il faut dire que François Bayrou est peut-être un peu névrosé en ce moment. Ne dit-il pas, un peu plus bas : « Je ferai de la production dans notre pays une obsession nationale » ? Une préoccupation ou un objectif auraient pourtant parus moins malsains…
    François Bayrou n’est pas pour autant un monomaniaque. Il connaît ses classiques : « Pour moi, la feuille de paie n’est pas l’ennemie de l’emploi », nous écrit-il en deuxième page de son programme. Très belle phrase que l’on doit à… Jacques Chirac, lors de ses candidatures en 1988 ou en 1995 (ou les deux).
    Mais Bayrou sait aussi faire preuve d’initiative : « Je nommerai dans chaque quartier difficile un sous-préfet chargé de coordonner tous les services de l’Etat, qui sera l’interlocuteur des habitants et de leurs élus, avec obligation de résidence dans le quartier ». « Sous-Préfet de Quartier Difficile », voilà un nouveau métier qui fera chic sur une carte de visite. « Concierge de Banlieue Chaude » aurait été moins classe, mais sans doute plus près de ce à quoi pensait réellement le candidat.
    Et sinon, vous pouvez voter pour François Bayrou, son planning est d’ores et déjà bouclé : « Le 10 juin, j’organiserai un référendum de moralisation de la vie publique pour faire ce que la gauche et la droite ont refusé de faire depuis des décennies. Ainsi, en quatre semaines et un dimanche, la démocratie française prendra un nouveau visage ».
    Quatre semaines et un dimanche, monsieur Bayrou ? Attendons déjà les deux dimanches à venir, et la semaine qui les sépare, afin de voir si ce nouveau visage sera le vôtre…
  • JACQUES CHEMINADE est un lyrique qui parle de « nettoyer les écuries d’Augias polluées par les parieurs », image ô combien lyrique mais peut-être un peu trop, car rappelons que c’est Hercule, fils de Zeus, demi-dieu lui-même qui, seul, a réussi à nettoyer les écuries d’Augias. Il faut dire que Cheminade se voit fort bien en sauveur du monde : « C’est pourquoi, après avoir assaini le système bancaire chez nous, je me rendrai immédiatement à Bruxelles, Washington, Moscou et Pékin pour réunir de toute urgence une vraie consultation mondiale, jetant les bases de la paix et de la justice sociale par le développement mutuel ». Que Washington et Moscou ne paniquent pas, Jacques Cheminade va bientôt aller régler tous leurs problèmes…
    Plus loin, il donne dans un style plus enfantin, au point même de ne plus être très compréhensible lorsqu’il évoque la mesure « d’interdire de jouer avec des produits financiers sur ce qu’on mange, ce qu’on respire et sur la vie elle-même » (ce qui est un peu restrictif pour jouer à la finance, et laisse entendre que ce que l’on mange et ce que l’on respire ne font pas partie de la vie elle-même).
    Autre pâté, et d’une qualité exceptionnelle : « Alors oui, on pourra sauver la médecine du travail et l’hôpital public, car être malade ne doit pas devenir un luxe ». Hélas, Jacques, trois fois hélas, être malade ne sera jamais un luxe, tant que tous les virus de la terre et les dysfonctionnements du corps n’auront pas été éradiqués. Par contre, se soigner lorsque l’on est malade, oui, cela pourrait devenir un luxe, et c’est sans doute ça que tu voulais réellement dire, Frère Jacques.
    En dehors de cela, Jacques Cheminade se considère comme un « gaulliste de gauche » (!!!), citant volontiers ses grands maîtres que sont Charles de Gaulle et Jean Jaurès (Tiens, pourquoi ne pas s’être qualifié plutôt de Jaurèssien de droite ? Y aurait-il seulement une nuance ?).
    Seulement voilà : ce candidat voulant « développer l’Afrique en remettant en eau le lac Tchad »; souhaitant, un an après l’accident de Fukushima, « arriver un jour à maîtriser la fusion thermonucléaire et les réactions matière/antimatière » puisque « sans le nucléaire, il faudrait accepter la décroissance physique (???), ce qui conduirait fatalement à la guerre et au dépeuplement » ; bref ce candidat qui mise une partie de son programme sur l’exploration spatiale, « car si on ne voit pas loin, on reste myope, et si on reste au berceau, on ne peut pas grandir » (Superbe citation, mais prenons donc le pari, ou même faisons l’expérience scientifique, puisque Jacques Cheminade aime la science, de laisser durant quelques années un enfant dans son berceau et voyons donc si ses pieds ne finissent pas tout de même un jour par pendre dans le vide); ce candidat ne trouve rien de mieux à citer de Jean Jaurès qu’un passage extrait d’un article intitulé « Défaillance Cérébrale »…  Ca ne s’invente pas…

 

  • NICOLAS DUPONT-AIGNAN a tendance à se prendre pour Tintin, et surtout, à s’imaginer vivre encore à son époque… 
    « Tous ont approuvé main dans la main les traités européens qui organisent la concurrence déloyale de pays où les salaires sont inférieurs à 50€ par mois… Il faut taxer les marchandises importées à partir de l’esclavage humain »
    : Diable ! Encore un coup de Rastapopoulos ? Mais non, Capitaine Haddock, un véritable esclave n’est pas payé, même pas 50€ par mois.
    « L’interdiction des machines à voter ! »  : Mille sabords, assez avec les inventions du professeur Tournesol !
    « Supprimer les péages sur les autoroutes déjà amorties » : Excellente initiative, mon cher Dupont (-Aignan). Je dirais même plus : une autoroute amortie n’a pas besoin d’être entretenue, son bitume est flambant neuf pour l’éternité, aucun accident ne s’y produit jamais, aucun hérisson n’y est jamais transformé en crêpe Suzette, il n’y a donc plus besoin de personne pour s’en occuper…
    « Un stage de 2 ans en zone de désertification médicale pour les jeunes médecins » : Mais dites-moi, Docteur Müller, un stage, ça a la vocation d’être formateur, non ? Il est censé acquérir quelle expérience, le jeune médecin, dans les petits villages du Creusot, face à une clientèle somme toute fort rare, vu que tous ses collègues devant suivre le même « stage », il risque d’y avoir un léger surnombre de médecins dans les campagnes ? Et ne serait-ce pas mieux d’y envoyer plutôt des médecins quinquagénaires, un peu fatigués d’avoir exercé ce dur métier toute leur vie, et qui apprécieraient largement mieux qu’un jeune carabin l’opportunité de quelques années d’un travail allégé au milieu d’une vie tranquille à la campagne ?
    À noter sinon que Nicolas Dupont-Aignan est le seul candidat dont le programme comporte une faute de frappe : il est présenté comme étant maire de la ville « WYerres » depuis 1995 (En fait, Yerres, ville de l’Essonne considérée comme tendant vers l’ultra-droite depuis son élection).

 

  • FRANÇOIS HOLLANDE trouve que « l’école et l’hôpital sont abîmés » (curieux emploi de cet adjectif). Mis à part ça, son programme est, en toute objectivité, le moins chargé en bourdes. Néanmoins quand il promet « Je reviendrai sur les cadeaux fiscaux accordés aux plus aisés et aux plus grosses entreprises », tout cela sent le redressement d’impôts brutal et saignant, qui va en pousser beaucoup à faire les valises. Il valait peut-être mieux le faire sans le dire avant. Mais sans doute n’a-t-il pas vraiment l’intention de le faire…
    Je reste perplexe cependant quand il annonce, dans le cadre de son projet pour l’éducation : « L’accueil des enfants de moins de 3 ans sera facilité; l’accès à la culture dès le plus jeune âge sera développé ». 3 ans, c’est peut-être un peu jeune pour une initiation à la culture, non ? J’ai beau être un intellectuel, je ne suis pas pour la culture « dès le plus jeune âge ». C’est à l’adolescence ou à la pré-adolescence qu’il faut intervenir dans ce domaine, ne serait-ce que justement, parce que l’on évacue une bonne partie des sottises que l’on nous a enseignées durant l’enfance, et qu’on est en quête de nouveaux repères.
    Autre mesure déjà plus rigolote : « C’est l’idée du contrat de génération : tout employeur qui embauchera un jeune en CDI et maintiendra un senior dans l’entreprise ne paiera plus de cotisations sociales sur les deux emplois ». Non, mais il payera deux salaires qu’il ne voulait peut-être pas payer à la base. Et en plus, est-ce déclinable si on embauche plusieurs jeunes et qu’on maintient plusieurs vieux ? Peut-on imaginer même une entreprise où il n’y aurait plus que des jeunes de moins de 25 ans et des vieux de plus de 60 ans ? Passerait-on alors les 35 années qui séparent ces deux tranches à se tourner les pouces chez soi ?
    Remarque… Ce n’est pas une si mauvaise idée.
    On travaille quand on est jeune pour gagner de l’argent, après on passe sa vie à le dépenser ou à le faire fructifier. Ensuite, on se préoccupe de se réaliser et de fonder une famille, et puis quand on devient vieux, on se remet au boulot pour rester en forme physiquement et mentalement. Pas si bête, finalement…
    « La lutte contre le terrorisme sera implacable, la tragédie de Montauban et de Toulouse nous le rappelle » : François Hollande est le seul candidat à faire explicitement référence à l’affaire Mohammed Merah dans son programme. Reste qu’on peut se demander quel intérêt il y a à dire que la lutte contre le terrorisme sera implacable, puisque, comme le fait fort bien remarquer le candidat, elle l’est déjà.
    « Je porterai haut la voix de la France dans le monde en rompant avec des pratiques d’un autre temps avec l’Afrique, en développant les relations avec la rive sud de la Méditerranée et en agissant pour la paix au Proche-Orient » : Très jolie phrase pour dire que Hollande ne fera plus d’affaire avec les Africains, pas assez discrets, mais qu’il en fera dorénavant avec les Arabes et les Juifs. Porter haut la voix de la France dans le monde, après tout, ça revient surtout à aller leur vendre des avions de combat, des armes made in France et des centrales nucléaires. Alors, comme ça se castagne plus à l’est qu’au sud, c’est normal de viser un nouveau marché, non ?

 

  • ÉVA JOLY n’en a pas l’air, mais c’est une vraie Brigade Verte : « Pour un environnement protégé, adopter une loi d’urgence écologique avec un moratoire : zéro OGM, zéro gaz de schiste, zéro construction d’autoroute ou d’aéroport. »
    Holà, holà, les autoroutes et les aéroports, ce n’est peut-être pas nécessaire de les interdire, surtout qu’il ne s’en construit pas dix par an. On rappelle qu’en ce contexte politique, un moratoire est presque une interdiction formelle, sans même possibilité de débat public. N’y a-t-il pas des usines crachant leur fumée ou des centrales nucléaires qui sont un peu plus inquiétantes pour l’environnement que la construction d’une autoroute ou la commercialisation de petits pois modifiés ?
    Dans le cadre de la préservation de la nature, Éva Joly, ancienne magistrate, rappelons-le, parle de « Modifier le statut juridique de l’animal ». Dommage qu’elle ne développe pas cette idée forte, j’en ai parlé à mon chat, et il était vivement intéressé, car il souhaite se pourvoir en cassation contre des pigeons qui viennent le narguer tous les matins au bord de la fenêtre.
    Au passage, on a beaucoup parlé du projet de François Hollande de taxer à 75% les revenus annuels supérieurs à 1 million d’euros, mais Éva Joly va pourtant plus loin ! Elle propose directement de « taxer à 70% les revenus supérieurs à 500 000 € par an », ce qui est plus rémunérateur et touche beaucoup plus de contribuables. Mais comment se fait-il que ça ne fasse trembler personne ?
    Autre mesure bizarroïde : « Lancer un grand plan d’action contre la souffrance au travail  (???), et accorder un droit de huit années de formation tout au long de la vie ». De formation à quoi ? À la souffrance au travail ? Pour qu’on la supporte mieux ? Ce n’est pas un peu sadique, ça ?
    Éva Joly est pour la légalisation du cannabis. C’est d’ailleurs la seule candidate à se prononcer sur ce thème. Peut-être est-ce dans l’optique de cet autre projet : « Rétablir la police de proximité. Décharger les policiers des tâches inutiles. » Est-ce une tâche inutile que de courir après les consommateurs de shit ? Oui, sans doute, mais déjà que la police ne s’occupe guère très efficacement des trafiquants, si en plus, on leur enlève ça…
    Une autre mesure me choque terriblement : « Alourdir les peines pour les crimes racistes, antisémites, sexistes et homophobes ». Extrêmement douteux, ça… S’il s’agit de meurtres, un assassin fera-t-il plus d’années de prison si sa victime est Noire ou homosexuelle ? La motivation du crime est-elle plus importante que le crime en lui-même ? Faire en ce domaine de la discrimination positive, comme disait ce cher Sarkozy, est-ce de bon goût ?
    J’ai du mal à croire qu’une candidate de gauche privilégie la répression à l’éducation sur un thème pareil. Bien sûr, Éva Joly pense peut-être aussi aux injures raciales directes ou aux profanations de cimetières, mais sont-ce là des « crimes » ? Tuer une personne demeure le plus grand crime que l’on puisse commettre, et après l’affaire de Toulouse, cette mesure à des relents sécuritaires assez dérangeants. Faire un plus grand cas de la mort d’un Juif ou d’une lesbienne que d’un individu lambda, est-ce réellement un bon moyen de combattre toutes les intolérances ? Éva Joly pense pourtant que oui : « La République doit être exemplaire face au racisme et à l’antisémitisme. Si l’on ne veut pas que les Français se déchirent et s’opposent les uns aux autres, il faut construire une société apaisée et réconciliée, une société de partage, de modération, de responsabilité et de tolérance. » En hiérarchisant les répressions sur le modèle pourtant fort décrié du « politiquement correct » ? En laissant entendre que la vie d’un gay ou d’un Noir vaut plus que celle d’un Blanc ou d’un hétéro ? Du pain béni pour Marine Le Pen et ses sbires…
    Le racisme, selon moi, se combat au quotidien dans l’éducation et l’apprentissage permanent de nos différences, c’est une mission pédagogique sociale bien avant d’être une mission répressive judiciaire. De cela, hélas, Éva Joly ne dit pas un mot…

 

  • MARINE LE PEN, elle, a la reconnaissance du ventre. Concernant les emplois, elle ne propose qu’une seule mesure concrète (partagée d’ailleurs avec Nicolas Dupont-Aignan, qui, lui, n’a constaté que 10 000 postes supprimés, mais propose d’autres mesures pour l’emploi) : « Je vais rétablir les 15 000 postes dans la police et la gendarmerie qui ont été supprimés ». Voila au moins une candidate qui a clairement bien ciblé la catégorie socioprofessionnelle majeure de son électorat.
    Elle dit aussi (mais qui s’en étonnera ?) : « Je vais restaurer la laïcité républicaine face aux revendications politico-religieuses qui font le lit du fondamentalisme et du terrorisme ». puis, deux lignes plus bas : « Je combattrai donc l’islam radical sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations » (Notez la volontaire absence de majuscules au mot « Islam »).
    J’en déduis donc que la « laïcité républicaine » selon marine le pen (C’est vrai que ça marche bien, le coup de supprimer les majuscules) n’est nullement opposée au christianisme radical, tel qu’il est pratiqué par l’association Civitas, qui s’est livrée à de nombreuses menaces de mort et à une agression physique sur Jean-Michel Ribes, directeur du Théâtre du Rond-Point, et a procédé à plusieurs interventions violentes durant la pièce « Golgota Picnic », programmée à ce même Théâtre du Rond Point. Marine Le Pen semble donc surtout être très ouverte à une « laïcité catholique »
    Enfin, la pédagogue Marine Le Pen déclare : « Je vais ramener l’école vers sa mission de transmission du savoir, en y rétablissant l’autorité, l’apprentissage des valeurs morales et civiques, ainsi que l’enseignement de l’Histoire de France ». Les enseignants seront donc ravis d’apprendre par ce biais qu’ils n’ont aucune autorité sur leurs élèves, qu’ils ne distillent aucune morale et que le programme de l’Histoire de France a été supprimé des cours…
    Enfin, elle conclut : « Si le système s’oppose à moi, c’est que je suis la seule à m’opposer réellement au système ». Marine Le Pen anarchiste !!! Qui l’eût cru ?
    En même temps, si le système s’oppose à elle, il ne l’empêche pas de se présenter, de faire campagne et éventuellement d’être élue (Elle est députée, d’ailleurs, me semble-t-il, non ? Il faut que nous soyons dans un système sacrément cool pour tolérer la présence d’une députée anarchiste).

 

  • JEAN-LUC MÉLENCHON est un brin poète. Il ouvre son programme sur cette phrase énigmatique : « Dans cette saison des tempêtes qui déferlent sur le monde, c’est l’heure des caractères. », et le conclut sur cet étonnant vœu extatique : « Vienne le temps des cerises et des jours heureux ». Bienheureux Saint-Jean-Luc, priez donc pour nous !
    En dehors de cela, Mélenchon préconise une « interdiction du travail du dimanche ». On suppose donc que le pays sera totalement immobilisé tous les dimanches, les transports publics arrêtés, l’électricité coupée, les pharmacies de garde contraintes à fermer, et les marchés hebdomadaires voués à disparaître.
    Mélenchon souhaite également une « sortie de l’OTAN pour assurer notre indépendance et nous tenir à l’écart des stratégies guerrières des États-Unis » (mais pas à l’écart de leurs stratégies isolationnistes, apparemment). Il ordonne également « l’école obligatoire de 3 à 18 ans ». Ce qui signifie donc que l’entrée au collège se fera seulement à 19 ans, et surtout que ceux qui souhaiteront entrer en apprentissage le plus tôt possible devront obligatoirement se tartiner le programme général jusqu’à leur majorité.
    Une autre phrase de Mélenchon me laisse perplexe. Il demande à ce que « au moins 1% de la richesse du pays soit consacré à la culture ». Bon, avec Hollande, c’est le seul candidat à parler de culture, c’est déjà bien. Mais à quelle « richesse du pays » fait-il allusion ? Parce que s’il s’agit du budget de l’État, depuis 2005, on consacre chaque année environ 2,5% de ce budget à la culture, soit deux fois et demi de plus que ce qu’il promet… Bref, ce n’est pas bien clair tout ça… Mais quelqu’un comprend-t-il vraiment quelque chose au programme de Mélenchon, en dépit de sa présentation très minimale en liste d’idées fortes ? Trop avant-gardiste, peut-être ?

 

  • PHILIPPE POUTOU, un poil mélodramatique, trouve que « le chômage et la précarité explosent » (Boum !) et que « la pauvreté fait des ravages » (comme la peste au Moyen-Âge).
    Il ne propose rien moins que « d’augmenter de 300€ tous les salaires de moins de 1700€ » (On va tous changer de tranche d’impôts, à ce niveau-là), il veut créer un million d’emplois, on ne sait pas trop comment ni où, et, comme Nathalie Arthaud, il projette d’interdire les licenciements – mais contrairement à cette dernière qui ne souhaitait que cette interdiction ne soit faite qu’en période de crise, Poutou ne donne aucun repère temporel, et suggère qu’une telle interdiction soit définitive. Ce serait bien pratique, assurément….
    Il a l’air gentil comme ça, Philippe Poutou, mais en fait, c’est un grand paranoïaque : « Après avoir étranglé la Grèce, Sarkozy et ses alliés veulent imposer à tous les peuples de l’Europe leur règle d’or de l’austérité. Ces classes dirigeantes, par leurs choix politiques, menacent l’équilibre écologique, comme l’ont rappelé la catastrophe nucléaire de Fukushima et les famines qui se développent en Afrique. Ce sont ces dirigeants qui engloutissent des milliards dans la guerre en Afghanistan, l’intervention en Libye ou le maintien de l’armée française en Afrique. »
    L’air de rien, en même pas cinq lignes, Sarkozy est tenu responsable de la crise, de la dette grecque, du tsunami qui a ravagé le Japon, de la catastrophe de Fukushima, de la famine et de l’ingérence militaire française en Afrique, de la guerre en Afghanistan et de la guerre en Libye. Je pense qu’au vu de ces accusations finement argumentées, il n’est pas disproportionné de porter plainte contre Nicolas Sarkozy pour crimes contre l’humanité.
    Ceci dit, c’est tout l’art de Poutou de fustiger la guerre en appelant à faire la révolution, preuve qu’il n’a rien contre une certaine brutalité, pourvu qu’elle reste prolétarienne : « EDF, GDF-Suez, Areva augmentent sans cesse nos factures d’électricité et de gaz. Ces entreprises doivent être réquisitionnées pour construire un grand service public. » Il est vrai que le grand capital sera déjà moins puissant si on lui prend tout ce qu’il a… Que voilà une stratégie hautement subtile !
    Mais Philippe Poutou ne veut pas que réquisitionner : il veut aussi restituer. Mais dans les deux cas, il évite de demander leurs avis aux personnes, aux pays ou aux institutions concernés : « Défendons le droit à l’autodétermination pour tous les peuples, à former leur propre état, à commencer par les Palestiniens. Ce principe s’applique également dans les départements et collectivités d’Outre-Mer et en Corse ».  Philippe Poutou doit avoir aussi sans doute sa propre autodétermination pour déclarer aussi candidement que la Corse ou la Martinique sont des territoires occupés.
  • NICOLAS SARKOZY, quant à lui et nonobstant son désir de faire populaire, chasse à nouveau sur les terres du FN et déclare que « le fait de se rendre à l’étranger pour y suivre un endoctrinement sera pénalement sanctionné ». Voilà un coup dur pour les Scientologues, les Témoins de Jéhovah ou les membres de l’Église Évangélique qui souhaitent faire un stage aux U.S.A auprès des maisons mères de leurs différentes chapelles.
    Par extension, vu que le mot endoctrinement n’est pas exclusivement religieux, un professeur de philosophie assistant en Allemagne à une conférence sur Schopenhauer serait donc passible de prison ou d’une forte amende. Intéressant concept…
    Sarkozy dit aussi « le communautarisme n’a pas sa place dans la République ». Diable ! Cela risque de forcer à l’exil les végétariens, les homosexuels, les membres du Rotary Club et même, bon sang, les fan-clubs de Justin Bieber ! Mauvaise nouvelle pour nos ados, mais qu’ils ne s’en fassent pas trop : Nicolas Sarkozy les aime, même s’il est plutôt favorable à l’éducation anglaise : « Nos enfants ont besoin d’amour, de protection et d’autorité. La famille doit être protégée ». On a pu constater, en effet, à quel point il a su protéger la sienne…
    D’ailleurs, tout l’art de Nicolas Sarkozy est de savoir protéger : « Les exilés fiscaux paieront un impôt en France parce que je n’accepte pas que l’on garde les avantages de la nationalité sans en accepter la contrepartie fiscale. Les expatriés qui travaillent et défendent nos valeurs à l’étranger ne seront pas concernés ». Oui, comme L’Oréal, par exemple ?…
    « Je souhaite que l’on réduise les normes. Je veux rétablir une société de confiance et de responsabilité. Aucune norme nouvelle ne sera créée sans que deux anciennes ne soient supprimées, en particulier au niveau européen » : Cette phrase est directement enchaînée à la précédente, et n’a pourtant aucun rapport. De quelles normes s’agit-il ? Pour l’essentiel, de normes d’exportations du bétail (taille, poids, âge). En supprimant quelques unes de ces normes, Sarkozy simplifie la gestion administrative des exportations de bétail, et notamment le contenu des formulaires à remplir. Inutile de préciser qu’une mesure aussi capitale méritait de figurer sur ce programme…
    Est-ce à dire que Sarkozy ne sait pas quoi dire au monde rural pour motiver son vote ? C’est mal le connaître… Il tient à combattre l’inégalité « des territoires ruraux où l’accès aux soins sera garanti et qui seront équipés en très haut débit ».
    Je n’aurais jamais crû que l’implantation de l’ADSL dans les campagnes fut un véritable enjeu électoral. Qu’est-ce qu’on fait ? On lui dit que le Wi-Fi passe partout en France ou on le laisse deviner tout seul ?

    C’est tout, et c’est déjà pas mal ! Bon scrutin à tous !

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