Manifeste Pour Un Renouveau Hippie

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Le pamphlet qui suit se veut le premier jalon d’une nouvelle démarche culturelle et sociétale sur laquelle je réfléchis déjà depuis de nombreuses années, et dont je définis aujourd’hui les bases sans pour autant souhaiter donner naissance à un dogme, une doctrine ou une quelconque philosophie visant à rassembler une communauté de personnes sous une même chapelle. Si la diffusion de ce pamphlet ne peut se faire évidemment que dans un contexte strictement communautaire, le manifeste en lui-même s’adresse avant tout à chaque individu – et j’aimerais dire à chaque individualité.
Pour bien faire, ce manifeste se devrait d’avoir une centaine de pages et d’être le plus possible documenté et argumenté, avec une importante bibliographie à laquelle se référer. Or, si je ne doute pas un seul instant qu’une telle entreprise me vaudrait d’entrée de jeu une certaine considération, je ne me vois pas publier un tel nombre de signes sur ce blog, et surtout je ne pense pas qu’il y ait tant de lecteurs suffisamment aventureux pour s’abîmer les yeux durant cinq ou six heures devant un écran pour découvrir une théorie entière. Je vous propose donc un texte relativement court, quoique assez dense, pour poser les grandes lignes de mon idée, avec laquelle vous êtes bien évidemment libre de vous découvrir des affinités électives ou non. Il sera néanmoins malvenu de me reprocher de faire preuve de simplisme ou de superficialité. A aucun moment, il ne faut perdre de vue que ce que vous allez lire relève à la fois du résumé et du premier jet, et que cela a été conçu dans ce seul objectif.
Néanmoins, commençons par le commencement. Puisque le titre annonce la couleur en parlant de renouveau, peut-être n’est-il pas inutile, avant d’aborder le pourquoi du comment de ce renouveau, de commencer déjà par définir ce que fut le mouvement hippie à la base.

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                    LA CULTURE HIPPIE EN QUELQUES MOTS

Apparu à la fin des années 60, comme un aboutissement du mouvement beatnik, initié près de quinze ans plus tôt, le phénomène hippie a touché l’Europe assez rapidement et s’est répandu en quelques années le monde entier, pour une durée hélas assez brève. Inspiré à la fois de tout un courant de rock psychédélique, de jazz, de folk music et de spiritualité orientale, le mouvement hippie a eu une énorme influence sur les années 70, tant sur le plan culturel que sociologique, plus par le caractère poétique et idéaliste de sa démarche que par une réelle sensibilité des gens à la profondeur de leur démarche.
Il faut avouer que le « flower power », tel qu’il s’était baptisé lui-même, était avant tout un mouvement spontané, une sorte de révolution pacifique qui ne cherchait ni à s’imposer, ni à renverser les institutions. D’une certaine manière, cette indépendance d’esprit et cette tolérance extrême, même dans le cadre d’une prise de position contre la guerre ou la morale, se sont révélées à la fois une force et une faiblesse. Une force, parce que le caractère engagé et pacifiste a tout de suite rencontré une certaine ferveur chez le grand public, autant parce qu’il se détachait du modèle contestataire traditionnel, généralement ancré dans l’extrême gauche et prenant la forme d’une certaine « colère » populiste, que parce qu’il renouait aussi avec le mythe des premiers chrétiens, ce qui ne pouvait que toucher l’inconscient collectif de la civilisation judéo-chrétienne.
Mais la faiblesse de cet état d’esprit, c’était précisément cette absence totale à la fois de militantisme agressif et de verbalisation théorique. Epicurien à l’extrême, le mouvement croyait suffisamment en sa sincérité pour ne pas chercher à étayer ses valeurs de manière stratégique ou théoricienne. Un mysticisme naïf, parfois trop radical dans sa démarche, qui, associé aux problèmes de drogues et d’overdoses, a petit à petit donné du hippie l’image d’un être irresponsable, déconnecté et réfugié dans un monde intérieur. De l’individu avide de retourner aux vraies valeurs de la nature, le hippie était devenu aux yeux du monde un « freak », un marginal incohérent, simpliste et décérébré. Or, si effectivement tout courant culturel marginal attire toujours son lot d’inadaptés et de laissés-pour-compte, qui cherchent en vain à se faire accepter dans une communauté quelconque, le mouvement hippie était avant tout une grande échappée de l’individu hors du carcan moral et social que la société des hommes devient peu à peu. C’était la volonté tout à fait noble de se sentir plus en phase avec la nature, avec la vie, qu’avec la société des hommes et son organisation névrotique, mondialiste et anti-individualiste.
La culture hippie a été d’ailleurs la dernière culture populaire à mériter réellement son appellation de « culture », car elle a engendré une véritable littérature, à la fois manifeste et poétique, à défaut de comporter réellement des essais ou des analyses, tout en assimilant des auteurs des générations précédentes comme Allen Ginsberg (ex-beatnik totalement converti au mouvement hippie), Aldous Huxley, Jack Kerouac ou Hermann Hesse.
Le fondement même de la culture hippie prend ses racines littéraires chez l’écrivain américain Henry David Thoreau (1817-1862), l’un des premiers intellectuels américains à prôner (déjà !) le refus de la modernité sociale et la fusion retrouvée avec la nature.
Toutefois, nous parlons là des origines américaines du mouvement hippie, que nul ne saurait contester, mais qui ont été développées par la suite en Europe avec plus ou moins de variantes, et ont connu un accueil différent selon les pays. Étant avant tout français moi-même, il me semble logique, pour illustrer cette disparité, d’ajouter quelques mots sur la façon dont la culture hippie s’est implantée en France, non qu’elle l’ait fait de manière exemplaire, bien au contraire, mais parce que cet exemple démontre à la fois le décalage qui a pu exister entre les États-Unis et l’Europe, et les acquis typiquement français en matière de culture hippie qui forment la base référentielle d’un renouveau hippie, tel qu’il pourrait se développer en France.

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                      LE MOUVEMENT HIPPIE EN FRANCE

Dans notre pays, naturellement conservateur et réactionnaire, le mouvement hippie fut en fait plus discret qu’on a pu le croire. Le soulèvement étudiant de Mai 68, s’il fut libérateur, eût comme conséquences de politiser intensément la jeunesse, et de la faire adhérer au marxisme, au trotskisme ou au maoïsme, avec tout ce que cela sous-entend comme schismes internes et divisions diverses. De par cette conscience politique, la jeunesse française concernée s’insérait finalement assez bien dans la société qu’elle conspuait en y incarnant une force d’opposition. Il faut attendre 1970/1971, soit l’apparition et le succès de la revue « Actuel » fondée par Jean-François Bizot, pour que se crée véritablement un mouvement hippie en France, avec l’apparition de communautés et l’organisation de festivals pop.
1972 sera aussi une année importante, de par la publication d’une bande-dessinée, « L’An 01 » de Gébé, très rapidement adaptée en film, et qui aura une influence très profonde sur la jeunesse hippie de l’époque, tout en posant les premières bases d’une quête d’harmonie individuelle, d’un épanouissement de soi, en accord avec les autres, mais pas grâce aux autres. Une idée fondamentale, selon moi, mais qui ne sera pas développée plus avant à cette époque.
L’année suivante marquera l’apparition des communautés, qui s’implantent dans des départements assez ruraux, principalement l’Ardèche. La mobilisation des écologistes contre l’implantation de centrales nucléaires (Plogoff) ou de terrains d’entraînements militaires (Larzac) participera à la fois à souder les communautés entre elles, mais aussi à faire fraterniser les hippies partisans d’un retour à la nature avec une jeunesse plus politisée.
L’expérience hippie, en France, n’ira pas très loin. L’ombre écrasante de Mai 68 se marie peu avec la quête d’une existence rurale, les paysans se montrent assez ouvertement hostiles avec ces marginaux principalement issus de la ville, et surtout, bien des communautaires ont surestimé leurs capacités à s’adapter à la rude vie de la campagne, sans le confort de la vie moderne. Au final, les plus tenaces des communautés ont mis la clé sous la porte au début des années 80.
Dès 1976, la France commence à répandre une image très caricaturale du hippie. Rebaptisé « baba » ou « baba-cool », le hippie est présenté comme une sorte d’idiot du village, perpétuellement décérébré, toujours dans un nuage de fumée, et sur lequel on peut taper sans risque. Même la génération punk, qui apparaît dès la deuxième moitié des années 70, se rendra souvent coupable d’actes de violence envers les hippies, perçus comme des faibles et des utopistes détestables.

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                   POURQUOI SOUHAITER UN RENOUVEAU HIPPIE ?

On peut effectivement juger que le mouvement hippie a été un simple feu de paille, voire un échec terrible. C’est à la fois un peu vrai et totalement faux. Si les idéaux hippies n’ont effectivement pas résisté au temps, leur esthétique, leur culture, leur art de vivre, leur goût pour la liberté ou pour les drogues douces ont perduré jusqu’à aujourd’hui, en s’incorporant à pratiquement tous les mouvements culturels, musicaux et artistiques, et en devenant, au fur et à mesure des générations, des rituels permanents de la jeunesse et l’adolescence.
Sur ces acquis, il n’y a pas à revenir. Ils représentent les derniers éléments à ce jour de l’héritage hippie. Si je suggère aujourd’hui un renouveau, c’est pour plusieurs raisons fort distinctes.
– D’abord parce que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui, s’il diffère notablement de celui de la fin des années 60, persévère néanmoins dans une volonté délibérée d’étouffer l’individu et de l’exploiter au maximum. A la menace révolue d’un pouvoir d’état acoquiné avec la morale religieuse ou le patriotisme malsain, il s’est substitué, lentement mais sûrement, un libéralisme forcené, dénué de scrupules, mené principalement par des banques et des sociétés privées, ainsi que par des multinationales outrageusement ambitieuses, dont la plupart des stratégies de vente incluent un formatage mercantile des individus. Nous évoluons vers une société ploutocrate et ubuesque, dont le principal défaut, à mon sens, est de n’admettre aucune autre alternative.
– Ensuite, parce que nous vivons toujours sous le joug d’un carcan moral qui nous étouffe peu à peu. S’il n’est quasiment plus d’essence religieuse, il demeure en France une forme de pensée unique, induite autant par les médias que par les créateurs de divertissements, visant à conditionner les esprits pour en faire des consommateurs nés, c’est-à-dire des êtres sujets aux addictions, aux névroses, à un sentiment permanent d’insécurité et d’angoisse, propice à créer des réflexes de compensation, aisément orientables vers des actes de nature commerciale. Ces méthodes multiples et sournoises, appliquées avec une rigueur mécanique à tous les concepts existants de marketing, représentent un véritable danger intellectuel et culturel pour chacun d’entre nous, particulièrement pour les plus jeunes générations, qui n’ont pas connu d’autres formes de stimuli et pour lesquels l’exploitation commerciale et individuelle de chaque homme et chaque femme ne saurait être autre chose qu’une norme indiscutable.
– Enfin, parce que le mouvement hippie reste l’une des dernières manifestations de sincérité absolue et de quête de vérité que l’on ait pu connaître depuis un demi-siècle, et que le besoin de liberté, d’essentiel, auquel il tentait de répondre, est toujours là, au plus profond de nous, et se heurte quotidiennement aux diktats sociaux auxquels nous sommes soumis, sans qu’il nous soit à aucun moment donné le choix de ne pas appartenir à un système qui ne nous convient pas. Il y a donc une urgence à revenir aux impératifs même de la vie et de la nature, afin de prendre une distance nécessaire face à ceux de la société des hommes, cette dernière s’enfonçant de plus en plus dans une abstraction sociétale basée essentiellement sur le profit et le pouvoir.

Donc, si le contexte sociologique n’est plus le même qu’au début de l’explosion hippie, il pose néanmoins les mêmes problèmes, et de manière plus dramatique encore, car à l’autorité procédurière, agressive et condescendante qu’il était facile de stigmatiser et de remettre en cause, le hippie moderne a comme adversaire une autorité bien plus sournoise, mensongère et manipulatrice, qui ne cherche plus à mater les hommes, mais à les abêtir et à les corrompre en flattant leurs bas-instincts. D’où la nécessité d’un « renouveau » hippie, c’est-à-dire non pas d’un remake à l’identique, qui n’aurait aucune pertinence à notre époque, mais d’une refonte, en repartant de la base même du mouvement hippie, et en le faisant évoluer intelligemment, de façon à gommer les défauts qui ont causé sa perte et terni son image, afin de permettre aussi à ce nouveau mouvement hippie de s’adapter plus librement aux problèmes de la société actuelle, et de pouvoir ainsi les combattre sur leur propre terrain.
Pour cela, il me semble nécessaire, même si ça peut apparaître arbitraire, de faire un premier écrémage, un premier tri de ce que l’on doit conserver ou non du mouvement hippie dans le cadre de sa refonte. Ainsi, on pourra avant toute chose dresser un premier portrait-robot de ce que doit incarner ou non le hippie du XXIème siècle – ou « Nouveau Hippie ».

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                    CE QUI DOIT ÊTRE REFORMÉ OU DÉCONSEILLÉ :

La drogue : La première et la plus importante des réformes, car la drogue est aussi le reproche le plus courant, et quelque part le plus justifié, que le grand public ou les institutions en place puissent faire aux hippies. Néanmoins, s’il faut remettre la drogue en question, ça n’est pas seulement pour une question d’image. La drogue était surtout un moyen de sortir d’un monde grisâtre et de dépasser l’éducation morale encore très rigoureuse qu’un hippie avait subi dans sa prime jeunesse. Le caractère libérateur de la drogue, nécessaire à l’époque, n’a aujourd’hui plus d’intérêt. Les gens nés après 1968 n’ont, pour la plupart, pas subi de véritable éducation morale ou religieuse, et sont donc, en théorie, libérés de tout conditionnement profond.
Ceci dit, le hippie ne saurait être un moralisateur, sinon au travers du caractère exemplaire de son épanouissement personnel. Il ne saurait donc être un adversaire résolu contre les drogues. Il peut même en user s’il le souhaite, mais sans perdre le contrôle, et si possible, dans une optique expérimentale ou créative. Seulement, la drogue sera, dans ce cas-là, un outil au service de l’individu. Le Nouveau Hippie refusant d’être dépendant d’un système social, ça n’est pas pour le devenir d’une substance. Il faut maintenir la distance, donc garder l’esprit clair au maximum. Le Nouveau Hippie s’auto-désinhibe de son propre chef, il est maître de son destin, en dépit de son goût pour l’expérimentation.
– Le communautarisme : Revenir à une vie naturelle ne nécessite pas forcément de vivre comme l’on vivait il y a cinq siècles. Physiologiquement, déjà, nous n’en sommes plus capables. Nous n’avons plus les mêmes résistances physiques ou mentales face au froid, à l’humidité, à un travail pénible ou à une alimentation strictement végétale. Il ne s’agit pas de recréer un village de l’Antiquité, mais de former une communauté moderne, qui peut même être totalement virtuelle, puisque cette communauté se doit d’être, avant toute chose, une communauté d’esprits, une association d’individus conscients d’eux-mêmes, qui peuvent s’entendre sur une démarche de partage, d’échange, d’enrichissement réciproque. Le Nouveau Hippie ne cherche pas à se noyer dans un groupe ou à fuir la solitude. Il est une personne en interaction alternative avec une ou plusieurs autres personnes. En perpétuelle construction de lui-même, il se livre à la convivialité et à l’altruisme d’abord par principe et en dilettante, soucieux à la fois d’obtenir quelque chose et de donner quelque chose. Il ne saurait chercher uniquement à passer le temps. Il a bien mieux à faire.
En ce qui concerne son isolement social, le Nouveau Hippie doit laisser libre cours à sa fantaisie et à ses envies. Il peut choisir de vivre en ermite comme il peut préférer habiter dans une zone urbaine concentrée. L’idée étant qu’il ne saurait être juste un produit de son environnement direct. Son esprit est sa première maison, elle le suit partout où il va. Son souci doit être d’aspirer à l’idée qu’il se fait du confort personnel, idée qu’il ne doit pas calquer fatalement sur un modèle social. On peut se sentir à son aise dans une grotte et très gêné dans un château. Le Nouveau Hippie doit écouter ce que ses sens lui disent, sans, là non plus, considérer une ambition à partir du symbole qu’elle représente dans la société.
De même, le Nouveau Hippie ne doit pas se couper de tout élément de la société moderne, à partir du moment où il en a un usage pratique et ne développe pas une addiction vide de sens. On pourra toujours lui reprocher de mettre de l’eau dans son vin, mais je pense sincèrement que ce n’est pas le progrès technologique qui est une mauvaise chose, mais l’usage que l’on en fait. Et de ce fait, le Nouveau Hippie ne doit pas mener un vain combat contre les choses, mais il doit les utiliser à son gré pour combattre à son échelle les mentalités qui les détournent, ne serait-ce qu’en incarnant un usage alternatif.
– L’amour libre : Probablement la réforme qui sera la plus impopulaire, mais qui aura le mérite de chasser les vils profiteurs. Là aussi, il n’est pas question de pudibonderie, mais d’un simple changement de priorité. Quand la révolution sexuelle est apparue, la société était soumise à des tabous consternants et beaucoup d’interdits de toutes sortes. Le mariage était une institution incontournable. Il fallait même procéder à un constat d’adultère pour autoriser un divorce. Sur ce plan-là, le monde s’est totalement libéré depuis, même si évidemment l’épanouissement sexuel pour tous, ça n’est pas encore pour demain. Mais les raisons en sont aujourd’hui plus individuelles, plus psychologiques, que véritablement conséquentes à un discours moral. Le Nouveau Hippie vivra donc sa sexualité et sa vie sentimentale comme il l’entend, avec une personne ou dans le cadre de relations multiples ou partagées, mais toujours dans le respect du choix de l’autre.
– Le look : Dans les tristes et grises années 60, centrées sur la culture occidentale, il était logique que la jeunesse se pare de couleurs voyantes et de modes orientales. La société actuelle, ouvertement « jeuniste » et cosmopolite, rend relativement caduque cette démarche vestimentaire, qui peut toutefois être maintenue dans un esprit de nostalgie ou de goût personnel. Le Nouveau Hippie gardera une préférence pour des vêtements d’inspiration traditionnelle, voire folklorique, mais pourra choisir des teintes plus sobres ou des coupes plus occidentales, selon sa sensibilité propre. Toutefois, le Nouveau Hippie ne saurait être un vrai hippie s’il n’a pas une âme d’artiste et de poète. Son choix vestimentaire devra refléter cette affirmation de lui-même et d’une recherche plus poussée que celle du tout venant.

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                               CE QUI DOIT ÊTRE MAINTENU :

– Les cheveux longs : Au-delà du caractère esthétique ou traditionnellement poétique, porter les cheveux longs (pour un homme, naturellement) demeure encore un symbole fort dans une société qui considère la coupe de cheveux courte et impeccable comme une marque de soumission à la communauté, et de renonciation partielle à l’individualité. Porter les cheveux courts est une exigence de présentation, mais aussi une marque de reconnaissance des corporatismes d’état, et souvent des moins intellectuels (armée, police, pompiers). Par sa longue chevelure, le hippie affirme sa liberté individuelle et son refus d’appartenir à une caste ou de n’être qu’un rouage de la société. Pour les femmes, la coiffure à privilégier doit être avant tout libre, et ne se préoccuper ni de décence ni de sérieux. Il sera juste d’accorder à la femme la même liberté d’apparence qu’à l’homme, même si la coiffure de l’homme sera toujours moins bien considérée par la société en place. Mais le hippie doit savoir passer outre les critères qui ne sont pas les siens, aussi difficile cela puisse parfois être socialement. La liberté est souvent à ce prix-là.
– Les valeurs pacifistes et écologistes : elles sont d’éternels symboles d’harmonie, de paix et de civilisation. A travers elle, le hippie doit de plus en plus se projeter en tant que sage, en tant qu’homme qui sait choisir les vraies priorités de l’existence. Il doit se tenir loin du matérialisme, de la soif de pouvoir et d’argent, et bien entendu de toute forme de barbarie, fratricide ou non. Être bien avec soi-même facilite l’aptitude à être bien avec les autres – ou sans les autres. Il n’y a donc ni besoin de domination, ni besoin de rivalité ou de lutte d’influence. Le Nouveau Hippie doit pratiquer la non-violence, ce qui n’inclue pas de tendre obligatoirement l’autre joue en cas d’agression physique ou verbale. Il peut se défendre, mais s’il recourt à la violence, cela ne pourra être que dans un cas de légitime défense.
Concernant l’écologie, le nouveau hippie doit rechercher une symbiose avec la nature, sans pour autant tomber dans un animisme mystique. Issu de la terre, appelé à y retourner, le Nouveau Hippie considérera bien plus la nature comme son environnement de base que la société humaine, dont la mécanisation et le profit hiérarchisé à l’extrême ne peuvent que lui apparaître comme une perversion de la plus basique des lois de la jungle. Suivant son naturel et sa personnalité, il pourra choisir de privilégier son rapport personnel avec la nature, ou de militer pour une cause écologique.
– La tolérance : C’était l’une des plus grandes forces du mouvement hippie, cela doit le rester. L’acceptation et la compréhension d’autrui est la clé de voûte de la civilisation, on ne l’oublie hélas que bien trop souvent. Comprendre et accepter l’être humain dans sa variété et ses incohérences, c’est nécessaire pour lutter contre toutes les velléités de haine. C’est à dessein que je ne parle pas d’amour du prochain. L’amour est forcément élitiste, de par sa nature même. Il n’est pas possible d’aimer tout le monde, il n’est même pas possible d’aimer une masse d’individus. Ceux qui prétendent le faire sont des gens qui ont un sérieux problème dans leur tête, ou qui ne prêchent globalement l’amour qu’à la seule fin égoïste de le recevoir en masse.
En revanche, si l’amour ne peut être universel, le respect, la considération, la curiosité de l’autre peuvent tout à fait l’être. Accepter que l’autre ne soit pas comme soi-même, c’est le premier pas vers la compréhension, mais c’est aussi une affirmation de l’individu. En reconnaissant un étranger comme individu distinct, on admet tacitement que l’on est soi-même un autre individu distinct.
Suivant cette même logique, le Nouveau Hippie devra pousser plus avant sa capacité de tolérance jusqu’à la cohérence absolue. Ainsi, si les premiers hippies étaient vertement opposés à la société des hommes et souhaitaient la changer totalement – non sans raison, d’ailleurs, puisqu’on l’a vu plus haut, le carcan moral et les diktats sociaux étaient bien plus répressifs pour l’individu qu’aujourd’hui – , le Nouveau Hippie devra bien plus se cantonner à une indifférence ou un désintérêt pour la société actuelle. Ce qui peut être au final bien plus insidieux comme rébellion, puisque la société de ce début de XXIème siècle se veut essentiellement bâtie autour d’une morale participative et une structure totalement interdépendante. On devine les conséquences énormes que pourrait avoir le simple désintérêt des masses. On a bien vu récemment, par exemple, à quel point la ruine d’une seule banque aux Etats-Unis provoquait une crise financière mondiale, lourde de conséquences, sur toute la planète. C’est là l’immense faiblesse du système libéral et de la mondialisation. Si l’argent cesse de tourner, tout s’écroule. Et à défaut de vouloir faire écrouler brutalement l’économie, décider soi-même de ne plus en être un acteur, simplement à titre individuel, sans appel à la révolution ou aux manifestations, peut devenir un véritable acte militant. Imaginez des centaines, des milliers, des millions d’individus prenant cette simple décision. L’économie ralentit, se débat, et est finalement contrainte à s’adapter. Ceux qui s’en sont dégagés sont libres à jamais. Indéniablement, cela mérite réflexion…
Pour résumer, nous dirons que le Nouveau Hippie est dérangé par la mondialisation parce qu’elle empiète sur sa liberté. Mais sur le principe, il n’a rien contre. Il comprend que certaines personnes se retrouvent dans un modèle classique ou institutionnalisé. La seule chose qu’il demande, c’est la liberté de ne pas en faire partie, s’il ne s’y reconnaît pas. Il demande la possibilité de vivre autrement. Si la spéculation financière lui déplaît, il doit avoir le droit d’exiger que l’argent de son compte en banque ou de ses placements ne soit pas utilisé par les spéculateurs. Il doit avoir le droit de produire lui-même ses besoins consommables, s’il le désire (Produire lui-même son électricité, par exemple, ce qui en France est l’objet de beaucoup de contraintes). Le Nouveau Hippie doit avoir la liberté d’être un « outsider », qui n’estime pas avoir à choisir entre le rôle du loup ou celui du mouton. Il peut tolérer une société capitaliste, à partir du moment où la société capitaliste tolère qu’il vive à sa façon. Ainsi, de par sa tolérance même, le Nouveau Hippie influerait sur le monde en le poussant lui aussi à la tolérance, non pas en parlant au nom de ses valeurs hippies mais en employant les valeurs d’échanges et de diplomatie de ce même monde dont il veut se défaire. Ce qui serait là aussi une éminente preuve de liberté utopiste et de compréhension de l’autre
– Le refus du sexisme : Comme ses glorieux aînés, le Nouveau Hippie ne cherchera pas à avilir la femme à son rôle de ménagère ou d’objet sexuel fantasmatique. Il apprendra même plus encore à comprendre et à aimer sa compagne pour ce qu’elle est réellement. De même, la Nouvelle Hippie ne cherchera plus en l’homme la pierre fondatrice d’un foyer ou le responsable unique des rentrées d’argent. Hommes et femmes devront choisir par eux-mêmes ce qu’ils partageront, suivant l’inclinaison de leurs cœurs et de leurs talents réciproques, tout en respectant l’individualité de chacun. Les Nouveaux Hippies, hommes et femmes, ne pratiqueront jamais ni la jalousie, ni l’envie d’enchaîner, de posséder ou de contrôler un être. C’est ensemble, et dans un accord mutuel total, qu’ils définiront la vie qu’ils se feront, en associés, et non plus suivant les axiomes séculaires de ce que doit être un homme ou une femme dans un cadre social.

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                    QUELQUES MOTS SUR LE DANDYSME

Comme on l’a vu, le portrait que je brosse de ce Nouveau Hippie se veut, sur beaucoup de plans, assez inattendu, et l’on me reprochera peut-être de dénaturer le modèle initial, pour en faire une sorte d’élite marginale dont les objectifs vont finalement presque à contrario de ce qu’ils étaient au départ. Or, il ne s’agit pas de détourner, mais d’adapter une culture à son environnement social et à son époque. Il s’agit de partir du passé pour évoluer vers le futur, et de le faire non pas dans une optique primaire d’attitude « cool » ou de passéisme bohème, mais de renforcer idéologiquement ce qui manque le plus à l’homme d’aujourd’hui : la liberté. Je dirais même toutes les libertés.
De là découle l’aspect le plus volontiers iconoclaste de ma théorie : un rapprochement assumé avec le dandysme, tel qu’il est apparu à la fin du XIXème siècle, à la fois comme style de vie et comme doctrine.
Du dandy, la plupart des gens ont une image définitivement figée, quelque part entre le Dorian Gray d’Oscar Wilde et le mondain vénéneux des années 30. Cette image n’est pas fausse, mais terriblement limitative, tant elle cristallise uniquement ce que le dandy a de plus séduisant pour un public féminin : beauté physique, décadentisme élégant, aspiration à l’élitisme, fragilité sublimée et désespérée. Cette image a été de plus longuement reprise par des artistes populaires, qui n’ont eu de cesse de les incarner le plus parfaitement possible. On notera notamment les chanteurs britanniques Brian Ferry et David Bowie comme parmi les plus célèbres dandys « classiques », et probablement les derniers de leur espèce. Tout cela et bel et bien, mais ne représente que la surface d’un phénomène plus profond qu’il n’y paraît.
On oublie qu’avant tout le dandy est une des premières incarnations sociales du rebelle. Il est non seulement l’affirmation de l’individu en tant qu’élite, mais il est aussi le mécréant, le décadent qui sait s’échapper des règles sociales et renier la morale, tout en se sublimant, en s’arrogeant une beauté sombre, celle de l’homme qui doute, qui se met en danger, qui se regarde choir avec magnificence. Il est aussi l’une des formes les plus abouties du nihilisme. Le dandy ne croit à rien, sauf à lui-même et à sa capacité d’aller à l’extrême aboutissement de sa personne, et ce dans une finalité qui tient plus à un narcissisme torturé qu’à un hédonisme de bon vivant. Le dandy est un homme qui souffre autant qu’il peut faire souffrir. Il ne joue de la fausseté du monde que pour mieux la dénoncer, mais même cette dénonciation n’a pas pour but de moraliser. Le dandy est un révolté primaire qui ne cultive son individualité que par désir de n’être pas assimilé à une société qu’il condamne ou qu’il méprise, sans pour autant être certain de pouvoir vivre sans elle. D’où aussi chez chaque dandy un mépris de soi qui côtoie sans complexe la mégalomanie vertigineuse, et qui pousse à la perdition ou à la décadence.
Voilà, résumé en quelques idées majeures, l’essence même du dandy « classique », à la fois dans l’apparence et le métaphysique. Reste que ce modèle a pris naissance et s’est épanoui dans une société encore très rigoriste, dont il est évidemment le reflet déformant. Ainsi, l’inexistence de Dieu ou le caractère mensonger des mentalités humaines ne sauraient être perçus par le dandy autrement que comme des révélations dramatiques et des impasses spirituelles. Ainsi, également, sa rébellion ne peut se nourrir que d’art, et du seul art qui existe à ce moment-là : l’art figuratif, contemplatif, tourné exclusivement vers le culte de la beauté. Ainsi, enfin, le dandy ne peut se réaliser que dans la mondanité, puisqu’elle est, à ce moment-là, le privilège exclusif des grands de ce monde, ce qui n’est évidemment plus le cas de nos jours.
On mesure à quel point, tout comme le hippie un siècle plus tard, le dandy est le pur produit des excès de son époque, et à quel point, là aussi, l’histoire va stigmatiser la forme au détriment du fond.
Il existe beaucoup de définitions du dandy, mais l’une d’elles, émise par un auteur dont le nom m’échappe, m’a toujours semblé d’une extrême justesse. Elle dit que « le dandy est un homme qui fait de sa vie une œuvre d’art ». C’est effectivement la définition la plus fidèle et la plus globale, tant il est vrai que ce qui génère une œuvre d’art est presque toujours un positionnement d’une sensibilité individuelle par rapport à son environnement.

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 POURQUOI RAPPROCHER LE DANDYSME ET LE MOUVEMENT HIPPIE ?

Nous avons, d’un côté, une sorte d’attitude marginalisée qui apparaît dans un XIXème siècle où l’individu est écrasé par la religion. Nous avons de l’autre côté, un siècle plus tard, une révolte communautaire et générationnelle qui s’oppose à un carcan moral étouffant. Dans les deux cas, la forme change mais le fond reste le même : une tentative de libération de l’individu de l’oppression morale.
Du dandysme et du mouvement hippie, je rapproche donc essentiellement les philosophies exprimées, même – et surtout – si les caractères extérieurs par lesquels on perçoit ces deux émanations culturelles sont figées dans le temps, car liées intimement aux contextes de leurs époques respectives.
Malgré ces différences externes, dont il n’est pas aisé, je le conçois, de faire une abstraction totale, je vois une consubstantialité entre ces deux mouvements qui me semblent former ensemble un terreau idéal pour une nouvelle forme philosophique et sociologique qui permettrait aux catégories de personnes ne se reconnaissant pas dans les valeurs du monde d’aujourd’hui de coexister en toute indépendance d’esprit, et même d’influer sur la société libérale par son pouvoir d’inertie, sa capacité à refuser un formatage social et économique.
Cependant, il ne s’agit pas simplement de mélanger deux notions passéistes. C’est à dessein que je parle de terreau. De cette fusion entre les marginalités de deux fins de siècles, il s’agit de donner naissance à quelque chose de nouveau, qui ne garde de ces philosophies génitrices que les aspects les plus progressistes, les plus sains, les plus épanouissants.
Comme jadis, dans un monde divisé entre de riches mondains et de pauvres contraints à la discrétion et l’humilité, le dandy sut se tailler une place de trublion ; comme il y a encore peu de temps, les hippies surent apporter leur touche de gaieté et de cosmopolitisme dans une société grise, aigrie et renfermée sur elle-même, le Nouveau Hippie se doit d’apporter une opposition radicale et significative à la société d’aujourd’hui.
Nous vivons aujourd’hui dans un monde totalement névrosé, frustré, qui ne vit que dans l’addiction absurde ou dans l’adulation du pouvoir et de l’argent. L’esprit actuel sombre dans une forme d’illuminisme pervers et ignare, qui doit autant au retour en force de morales religieuses totalement désuètes qu’à un culte absurde pour le matérialisme le plus terre-à-terre.
Le Nouveau Hippie se doit donc d’être un individu totalement épanoui, non pas par l’addiction à différents miroirs aux alouettes (mysticisme, new age, occultisme, astrologie, etc…), mais parce qu’il consacre du temps à se construire, à s’accepter à la fois comme entité individuelle et partie d’une communauté humaine, et à se cultiver, se nourrir du passé, de l’intelligence humaine libre de tout snobisme élitiste et de toute préoccupation commerciale. Le Nouveau Hippie, en quête du cœur de l’être humain, saura le débusquer bien mieux dans des œuvres d’art des siècles passés ou dans des livres d’histoire que dans la mentalité de son voisin, toujours sujette à débat et à caution. Il lui faut privilégier qualitativement l’humain au vivant.
La rencontre du dandy et du hippie en un homme qui synthétiserait le meilleur de ces deux marginalités me semble aussi justifié par l’évidence d’une complémentarité éloquente : le dandy représente une forme d’absolutisme de l’individu. Le hippie incarne, au contraire, un épanouissement personnel au sein d’un esprit communautaire. Le dandy est un homme exagérément sérieux. Le hippie est souvent quelqu’un de pas assez sérieux. Le dandy se réalise dans la solitude, le hippie se réalise dans la multitude.
En associant ces deux façons d’être, parfois extrêmes dans leurs radicalités, on obtient un être passionné mais modéré dans ses actes, suivant la voie de la sagesse, mais d’une sagesse qui ne plane pas aux confins des cieux. Une réconciliation de l’individu métaphysique et de l’individu social, afin d’incarner des valeurs qui sont, sinon les plus belles, au moins les plus justes qui soient.
A ce titre, je pense que le Nouveau Hippie doit laisser « fermenter » en lui ces deux modèles, afin d’en retenir les aspects les plus positifs, les plus nécessaires et les plus intemporels. C’est de là que viendra le futur de l’être humain, quand il sera lassé de construire des gadgets et d’élever ses compatriotes comme du bétail.

Depuis de nombreuses années, je me désigne moi-même comme « dand’hippie auto-constructeur » sur la plupart de mes pages Internet. Cette appellation a parfois fait sourire, peut-être par sa surenchère d’expressions détournées, mais elle est assez juste quant à la façon dont j’ai essayé, depuis près d’une dizaine d’années, d’appliquer d’abord à moi-même les théories que je viens d’exposer, afin d’en mesurer la profondeur et la viabilité. Néanmoins, je considère cette expression comme une sorte de pis-aller, faute de trouver un terme plus novateur, qui soit plus indiqué pour qualifier une mentalité évolutive qu’une simple fusion de termes déjà éprouvés. Je continuerai donc à l’utiliser, mais je ne souhaite pas qu’elle demeure un véritable nom de baptême pour ce que je m’efforce de créer.

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                      QUELLE SUITE DONNER À CE MANIFESTE ?

Dans l’immédiat, ce manifeste se veut une simple première pierre à un travail auquel je vais tenter de consacrer une bonne partie de ma vie. Il n’a donc pas d’autre prétention que de constituer une ébauche, un résumé de la base de ma théorie. Je ne parlerai pas de philosophie, car la philosophie se nourrit exclusivement de logique humaine. En ce sens, elle m’a toujours un peu ennuyé, même si je reconnais volontiers les structures de raisonnement qu’elle permet d’acquérir, offrant ainsi à chacun la possibilité de développer son intelligence.
Dans ce que je professe, il entre une bonne partie d’instinct – et même d’instinct animal -, car l’intelligence humaine, aussi grandes que soient ses capacités, recourt volontiers à une argumentation logique ou savante pour se conditionner elle-même. De là, par exemple, est né ce que l’on appelle le syllogisme, découvert par Aristote, et qui démontre que l’association de deux prémisses totalement vraies peuvent entraîner, avec la logique la plus indiscutable, une déduction irréelle ou farfelue, le raisonnement ne fonctionnant dans la rigueur la plus absolue qu’à partir du moment où absolument tous les éléments impliqués dans ce raisonnement sont pris en compte, ce qui, hélas, ne peut être réellement quantifié.
La société des hommes, en développant ainsi avec une certaine logique son intelligence, a commis bien des syllogismes, bien des absurdités, dont l’histoire peut encore témoigner de nos jours. Si d’abord la morale et la religion ont été les déclenchements d’une longue schizophrénie sociétale, c’est aujourd’hui à la fois à l’importance anormale accordée à l’économie et à l’enfermement des communautés humaines dans une existence urbaine totalement coupée de leurs origines que nous devons les déséquilibres profonds de la société moderne. Si nous nous acharnons à fuir notre animalité, nous sommes néanmoins toujours sous le joug de nos peurs animales. Elles sont même renforcées du fait que nous n’avons plus assez d’instincts de défense et de survie pour pouvoir les dominer. Il me semble donc urgent de retrouver nos racines vitales, et que nous arrivions à concilier en nous l’animalité la plus essentielle et l’humanité la plus intelligente. Car si nous essayons, en vain d’ailleurs, de chasser l’animal en nous, nous n’en sommes que plus aisément livrés à la bête sauvage, telle qu’elle se révèle de plus en plus dans l’individu, au travers de spectacles violents et d’un culte voué à la brutalité la plus barbare. C’est aussi la raison pour laquelle la bestialité et la sauvagerie ne sont hélas pas en voie de disparition, même dans une société aseptisée.
D’où le message que j’écris aujourd’hui, et dans lequel j’incite à une communion individuelle avec la nature – dans le sens le plus global du terme – et à une prise de distance avec les valeurs sociales actuellement en cours. Il est intéressant à ce sujet de se pencher sur l’exemple éloquent de la disparition des habitants de l’Île de Pâques, qui fut longtemps un mystère et qui a été élucidée il y a peu. Cette étrange névrose religieuse qui a conduit les autochtones à un long suicide collectif me semble une leçon capitale pour la société toute entière. Elle montre à quel point l’homme, même dans une optique de civilisation, est capable de s’isoler à un tel point du réel qu’il met sa propre existence en danger, au mépris de ses instincts de survie les plus fondamentaux.

En guise de conclusion, j’invite chaque lecteur, chaque lectrice à réfléchir aux idées développées ici, et à éventuellement apporter leurs grains de sels dans les commentaires, y compris pour discuter des points avec lesquels ils (elles) seraient en désaccord. J’apporterai des éclaircissements dans la mesure de mes possibilités. L’idée est de croiser virtuellement des gens se situant sensiblement dans la même perspective que moi, afin de partager et de discuter un certain nombre d’idées, avec peut-être aussi l’idée de faire, de tout ce que je viens de vous exposer ici, quelque chose qui soit un peu plus que le rêve utopique d’un homme isolé.
Merci en tout cas à tous ceux qui auront pris le temps de lire ce pamphlet jusqu’au bout. Cette année, vous avez été de plus en plus nombreux à visiter ce blog, et c’est un encouragement appréciable à poursuivre mon travail, même si je suis conscient que les idées que j’y exprime sont parfois très décalées par rapport à l’époque dans laquelle nous vivons, et donc de nature à susciter la perplexité plus qu’un intérêt franc. Merci donc pour ce petit bout de chemin en ma compagnie.

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 Iconographie :

1) et 10) : Pages extraites de la bande dessinée « En Douce Le Bonheur », par Linus (Pierre Christin) et Pierre Vern, éditions Dargaud. Publiée dans les années 70 dans le journal « Pilote ».
2) : Photo extraite de l’article « Vers Un Nouveau Romantisme » par Jean-Louis Curtis, publié dans le n°289 (Février 1970) de la revue « Réalités ».
3) et 4) : Gilles Corbière et Jacqueline Sanson, personnalités locales des Halles de Paris, au début des années 70. Photos extraites du n°320 (Septembre 1972) de la revue « Réalités ».
5) Photo anonyme tirée d’un vieux numéro de 1969 de la revue « Planète ».
6) Le groupe allemand Amon Düül II, l’une des premières communautés hippie à s’être fait connaître en Europe, en enregistrant plusieurs chefs d’oeuvre du rock psychédélique. Photos extraites de la session de l’album « Carnival In Babylon » (1972).

7) Portrait de David Bowie réalisé par le célèbre dessinateur Guy Pellaert, extrait de son livre « Bye Bye, Bye Baby, Bye Bye », co-signé avec Nick Cohn, et publié aux éditions Albin Michel.
8) Célèbre photo de hippies, par le photographe de mode Irving Penn. Droits réservés.
9) Le groupe américain Espers, un des meilleurs et des derniers groupes hippies apparus ces dernières années. Photo extraite de la session pour l’album « Espers II » (2006).   

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